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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Les adaptations de BD franco-belge par le cinéma français : c'est quoi le problème ? (1ère Partie)

Vous avez sans doute remarqué que cette année 2017 aura été riche en adaptation de BD française, le tout au sein de productions prestigieuses, avec l'accord des ayants-droits et au sein de films live, une combinaison a priori intéressante et légitime mais qui n'est jamais vraiment parvenu à convaincre le public.

 

Mais avant de se pencher sur les adaptations cinéma, petit détour historique par la merveilleuse époque des périodiques BD.

 

Commençons par le plus ancien encore en vente, le journal de Spirou. Spirou est un totem de la culture franco-belge, crée en 1938 en Belgique, et son héros a été imaginé par Rob Vel, qui cédera ensuite la main à Jijé puis ce sera André Franquin (ancien assistant de Jijé) et qui sera aidé vers la fin par son fidèle Jidéhem (sur les décors, comme sur les premiers albums de Gaston Lagaffe) et Greg (pour le scénario), le breton Jean-Claude Fournier, l'éphémère duo Nic-Raoul Cauvin, l'excellente période assurée par Tome et Janry (qui redynamiseront l'univers, créeront de nouveaux antagonistes et moderniseront de belle manière le héros) qui se terminera en forme d'échec avec le très expérimental «Machine qui rêve» avant de revenir avec le duo Jean-David Morvan/José Luis Munuera pour quatre albums, et enfin, le duo actuel, Fabien Vehlmann au scénario et Yoann au dessin.

 

Le journal de Spirou a connu une période dorée, marquée par la collaboration massive de créateurs uniques qui ont porté les ventes du journal à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires vendus chaque semaine en France et en Belgique. Le journal pouvait se targuer d'avoir dans son catalogue des héros comme Spirou et Gaston bien sûr mais aussi les créations de Peyo (Les Schroumpfs, Johan et Pirlouit, Benoît Brisefer), Morris (Lucky Luke), Roba (Boule et Bill), Jijé (Jerry Spring), Eddy Paape (Jean Valhardi), Raoul Cauvin (Les femmes en blanc, Les tuniques bleues, Sammy, Cédric, L'agent 212 et bien d'autres), Maurice Tillieux (Gil Jourdan) et bien d'autres créateurs de héros mythiques comme Natacha, Yoko Tsuno, Tif et Tondu, SODA, Jérôme K. Jérôme Bloche, Kid Paddle, Les petits hommes, Buck Danny, Sybilline, Docteur Poche, Papyrus ou plus récemment Louca, Harmony, Ralph Azham, Magic 7, Zombillenium, Les nombrils, Seuls, MélusineDent d'Ours et bien d'autres.

 

Le style Spirou, au-delà d'une certaine prédilection pour l'humour, c'est avant tout une ligne graphique dite de Marcinelle, du nom de la ville belge où habite Charles Dupuis, le patron des éditions à son nom, et qui distribue le journal et les albums. Ce style, dit aussi gros nez, se démarque par un encrage plus dense, avec une utilisation du trait large et hachuré, des couleurs vives et primaires (au grand dam des dessinateurs) et un graphisme souple. Ce style s'oppose donc à celui de son principal concurrent de l'époque : le journal de Tintin.

 

Adossé aux éditions du Lombard de Raymond Leblanc, cet hebdo est crée en 1948 et il a comme héros emblématique le Tintin d'Hergé. Au sommaire de ce journal au ton un peu plus adulte, on retrouve des créations de Tibet (Ric Hochet avec André-Paul Duchâteau, Chick Bill en solo), Jacques Martin (Lefranc, Alix), Raymond Macherot (Chlorophylle, Clifton), Jean Graton (Michel Vaillant), Uderzo et Goscinny (Oumpah-Pah), Hermann et Greg (Bernard Prince et Commanche), Eddy Paape (Luc Orient, avec des scénarios de Greg), William Vance (Bruno Brazil avec Greg), Dupa (Cubitus), Derib (Buddy Longway), Cosey (Jonathan), Hugo Pratt (Corto Maltese), le duo Turk/De Groot (Robin Dubois) et bien d'autres encore. Au contraire de Spirou, l'hebdo a moins bien géré l'arrivée d'autres concurrents et la baisse de ventes au début des années 80, finissant par disparaître en 1988.

 

Le style graphique, c'est d'abord celui de la ligne claire, ce dessin épuré à l'extrême, lisible et un peu plus dur (très peu d'ombres et de noirs). Ce style a toujours droit de cité de nos jours, avec de nombreux repreneurs et défenseurs. Ce style n'était pourtant pas la norme dans le journal, qui verra s'épanouir de nombreux autres style, dont certains issus d'anciens de Spirou qui viendront faire un tour à Tintin.

 

Le 3ème gros vendeur de l'époque, c'est le journal Pilote. Crée par, entre autres, Charlier, Uderzo et Goscinny, le journal est très vite rattaché à Dargaud afin de lui permettre un meilleur développement, notamment avec ses ventes d'albums. Volontiers tourné vers un public adulte et mature, ses pages verront naître Valérian (Pierre Christin et Jean-Claude Mézières), Astérix (Goscinny et Uderzo), Blueberry (Charlier et Jean Giraud), Tanguy et Laverdure (Charlier et Uderzo), Barbe-Rouge (Charlier et Hubinon, duo de Buck Danny chez Spirou), Achille Talon (Greg), Le grand Duduche (Cabu), Iznogoud (Goscinny et Tabary), Rubrique à brac (Gotlib), Léonard (Turk et De Groot), la reprise de Lucky Luke (Morris avec l'aide de Goscinny) et bien d'autres encore. L'hebdo verra sa marche en avant freinée en 1968, avec notamment la crise d'adolescence de certains auteurs qui viendront se plaindre à Goscinny afin d'avoir plus de liberté (certains regretteront plus tard ce geste, admettant qu'ils étaient plus libres qu'ailleurs). Certains partiront fonder leurs propres hebdos ou mensuels par la suite comme L'hebdo des savanes, Fluide Glacial ou encore le très culte Métal Hurlant.

 

Ce dernier fera s'épanouir les talents de Philippe Druillet (ancien de chez Pilote), Moebius (pseudo de Giraud, qui signe L'Incal avec Alejandro Jodorowski au scénario), Serge Clerc, Franck Margerin, Enki Bilal, Yves Chaland, Jacques Lob, René Petillon et j'en passe.

 

D'autres hebdos ou mensuels BD existeront durant cet âge d'or, le plus connu étant Pif Gadget, qui se distinguait de ses concurrents en proposant des histoires complètes d'une vingtaine de planches. C'est dans ce journal que naîtront Rahan, Corto Maltese (qui ira ensuite chez Pilote) et quelques autres, mais la base du journal, c'était la publication de séries parfois étrangères et d'autres francophones. Ce qui permet d'aborder le cas Journal de Mickey et Picsou Magazine, deux périodiques essentiellement à base de séries venues de l'étranger (massivement l'Italie, des strips et comic books parfois) ainsi que de centaines d'autres titres tels que Swing, Yuma, Cosmos, Yataka, Kiwi et bien d'autres petits formats qui traînent dans les greniers de nos grands-parents, vendus à peine 10 francs et qui publiaient en noir et blanc des histoires venus d'ailleurs ou bien, rarement, servant de galop d'essai à des dessinateurs débutants.

 

A la fin des années 90, Zep a décidé de créer son propre périodique, le fameux Tchô (avec les éditions Glénat), qui verra alors éclore une multitude de séries au graphisme similaire comme Captain Biceps, Franky Snow, Lou !, Mamette, Malika Secouss et quelques autres. Une aventure éditoriale qui durera jusqu'en 2013. Aujourd'hui, il subsiste encore des périodiques comme l'historique Spirou ou Fluide Glacial, il y a le Lanfeust Mag des éditions Soleil (au catalogue là encore assez impressionnant), un mensuel de Bamboo Editions (et ses multiples séries liées à des métiers ou des activités comme Les Gendarmes, Les Fonctionnaires, Les Rugbymen, Les Profs ou Les Campeurs) mais ils n'ont plus la même fonction qu'avant.

 

La fonction du périodique BD, c'était de publier des planches, une ou deux, qui seraient ensuite regroupés pour être éventuellement éditées en album. Cela était décidé en fonction de la popularité des séries, à travers les fameux référendums et qui récompensaient les auteurs qui se voyaient ainsi dotés de revenus plus confortables. A noter que la publication était alors prise au sérieux puisque Morris quitta Dupuis car il ne se trouvait pas assez considérer vu que les aventures de Lucky Luke étaient édités dans des ouvrages souples et brochés (et non relié avec une couverture cartonnée comme les autres best-sellers).

 

 

Depuis, la BD francophone révèle toujours un grand nombre de talents et demeure un art au patrimoine et à l'histoire d'une grande richesse (oui, parce que je n'ai pas cité toutes les grandes séries ou héros de son histoire et encore moins tous les grands créateurs comme Tardi, Loisel, Andreas, Sattouf ou Mandryka) qui mérite donc un peu plus de considération, surtout quand on voit la multitude de talents qui sont encore en exercice aujourd'hui.

 

En effet, il reste déjà la trace de nombreuses séries, pour la plupart reprises par d'autres (Blake et Mortimer, XIII, Thorgal, Boule et Bill, Lucky Luke etc) mais aussi des scénaristes hyper talentueux qui ont réussi à reprendre le flambeau : Jean Dufaux (Niklos Koda, La complainte des Landes Perdues, Barracuda, Murena, Jessica Blandy), Scotch Arleston (les différentes séries dans le monde de Troy, Les naufragés d'Ythaq, Eckö monde miroir, Léo LodenXavier Dorison (Le Troisième Testament, Les sentinellesUndertaker, Long John Silver), Fabien Nury (Tyler Cross, Il était une fois en France, Silas Corey), Stefen Desberg (Le Scorpion, IR$, Black Op), Eric Corbeyran (Le chant des Stryges, Château Bordeaux, 14-18, Kid Korrigan), Jean Van Hamme (XIII, Thorgal, Wayne Shelton), Patrick Cothias (Les 7 vies de l'épervier et ses séries dérivées, Ambulance 13, Le vent des Dieux), Fred Duval (Carmen McCallum, Jour J, Travis) ou les prometteurs Joris Chamblain, Vincent Brugeas, Luc BrunschwigZidrou, Wilfrid Lupano pour les scénarios et un grand nombre de talents graphique.

 

Toute cette litanie de noms pour une question : comment se fait-il que la bande-dessinée et le cinéma européen n'aient jamais réussi à s'entendre ?

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