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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Sur la route de Madison (1995) de Clint Eastwood

Résumé : Carolyn et Michael se rendent à l'enterrement de leur mère, Francesca. Dans la maison familiale, le frère et la soeur apprennent que leur défunte mère souhaitent voir ses cendres dispersées au-dessus d'un pont de la région. Scandalisé, Michael refuse de faire une telle chose et préférerai voir sa mère enterrée dans le caveau du couple, aux côtés de son mari. Carolyn, en fouillant dans les autres affaires du coffre de sa mère, finit par trouver une lettre et des photos montrant que le passé de leur maman recèle quelques zones d'ombres. Avec Michael, elle se lance dans la lecture de quelques carnets manuscrits de leur mère, racontant ce qu'il s'est passé durant les quatre jours où elle était resté seule à la maison. C'était durant l'été 1965...

 

Critique : ce film est assez exceptionnel sur plusieurs points, déjà quand on le replace dans la carrière fastueuse de son réalisateur, le grand, l'unique, l'inoxydable Clint Eastwood. Au début des années 90, après les échecs successifs de "Chasseur blanc, coeur noir" et "La relève", tous les deux sortis en 1990, on l'annonce fini, loin de sa splendeur passée. C'est en fait le début d'une période bénie pour lui, aussi bien au box-office qu'au niveau des critiques, le bougre signant ensuite cinq très grands films dont au moins deux chefs d'oeuvre définitifs : "Impitoyable" et ce film. Avec son western crépusculaire, il raflera enfin l'Oscar du meilleur réalisateur en 1993 avant d'enchaîner avec le très sensible "Un monde parfait", "Sur la route de Madison" puis l'excellent "Les pleins pouvoirs" et le troublant "Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal" (qui n'est pas mon préféré mais qui reste d'un très haut niveau artistique). Une autre période bénie suivra par la suite, au milieu des années 2000 mais c'est une autre histoire et revenons à celle qui nous intéresse.

Il s'agit donc de l'adaptation d'un roman signé par un auteur débutant, qui avait rédigé un manuscrit pour faire plaisir à des amis mais devant la qualité de ce dernier, Robert James Waller sera repéré par un agent littéraire et finira par être publié. L'adaptation est signée par Richard LaGravanese, l'une des plus belles plumes d'Hollywood, et le scénario finira par passer de mains en mains au sein de la Warner, avec notamment en lice l'inévitable duo Sidney Pollack-Robert Redford. Après que le studio ait abandonné l'idée de faire jouer le rôle de Francesca par une actrice plus jeune, et auditionné Catherine Deneuve, le choix de Eastwood se portera sur Meryl Streep, suivant notamment l'avis de sa chère maman. Quant à Meryl Streep, elle se révèle assez loin de l'univers de l'acteur-réalisateur puisque le seul film qu'elle ai vu de lui était alors "Un frisson dans la nuit", datant de 1971 !! Elle apprendra à connaître le bonhomme sur le plateau.

 

Tourné comme toujours en un temps record (36 jours seulement), avec des journées de travail assez courtes, le film se révélera au final un gros succès au box-office pour ses têtes d'affiche mais aussi comme un pur mélo à l'ancienne, sensible et juste.

Au cinéma, dans les comédies romantiques, j'ai souvent l'impression que l'amour reste au final assez secondaire. Il s'efface derrière le charme immédiat des comédiens, toujours jeunes, beaux et sexy, mais aussi riches et ayant de la réussite dans la vie. Ce constat est valable pour les films français également, qui se déroulent systématiquement dans des milieux aisés ou bien artistiques. Ceci étant posé, en quoi ce film parle-t-il plus d'amour que les autres ? L'amour étant à la base assez peu visuel puisqu'il s'agit d'un sentiment ineffable.

 

Mais au juste, de quel Amour parle-t-on puisque le film aborde différentes formes d'amour ? Il y a déjà l'amour filial, celui de Francesca envers ses deux enfants. Bien sûr, dans le film, ils sont ados et sa relation avec sa fille est loin d'être idyllique mais on sent, au fil du film, qu'elle les aime profondément, même si elle savoure ces quatre jours en solo, loin de la routine du quotidien. Et au final, elle veut leur bonheur, y compris après sa mort, et elle leur transmet plein de bonnes choses à travers cette histoire d'amour vécue avec un autre homme que leur père.

L'amour marital est d'ailleurs l'autre genre évoqué ici mais d'une façon presque bienveillante. Le couple formé par Francesca et Richard est bien sûr un vieux couple, encroûté dans sa routine. Elle a pourtant quitté sa ville natale de Bari pour suivre celui qui était alors un libérateur chez lui. Leur couple tient par habitude mais aussi parce qu'elle l'aime d'un amour véritable (voir la dernière scène entre eux, d'une délicatesse touchante). Surtout, le personnage de Robert Kincaid ne dépréciera le mari de Francesca, il n'aura jamais de mépris pour ce dernier et ne cherchera pas à se montrer supérieur à lui. Ce fait n'est guère étonnant de la part d'un cinéaste humaniste comme Eastwood qui, contrairement à ses friandises de type série B ("La relève", "Sudden impact", "Space cowboys", "Jugé coupable"), ne fait jamais dans la punchline efficace mais il quête plutôt la vérité des sentiments. Reste que la notion de couple telle que l'envisage la société US n'a que peu de grâce au regard du personnage de Kincaid, à l'image de la vie de couple de Clint Eastwood, libertin qui s'assume puisqu'il vivra plusieurs histoires d'amour avec d'autres femmes tout en restant marié 31 ans avec la même femme (il a d'ailleurs de nombreux enfants "illégitimes"). 

 

Et puis il le dernier grand sujet du film, cet amour qui naît peu à peu entre deux êtres qui n'auraient jamais dû se rencontrer, mais que les hasards de la vie ont mis l'un en face de l'autre. Le coup de foudre n'est pas immédiat et le plaisir de la chair reste secondaire. Non, là, on parle, on s'effleure presque naturellement, on se fait des idées, on parle encore, on se raconte des histoires, on se fait rire mutuellement, on se rapproche presque par hasard et surtout, ça reste à échelle humaine. Dans cette campagne de l'Iowa, où tout le monde se connaît et aime colporter des rumeurs, il faut être prudent (tétanisante scène du diner). Streep est parfaite dans ce rôle de femme au foyer, naturelle, frustrée forcément, mais encore amoureuse de son mari et de sa famille. Son évasion, elle l'aura via Richard mais lui se sentira aussi accrochée à elle, attiré malgré sa banalité apparente. Le plus réussi dans l'histoire étant que le scénario évoque deux différentes formes d'amour, et que l'amour naissant entre les héros se fera sans jamais rabaisser celui entre Francesca et son mari. 

Certaines scènes du film touchent au sublime, les jeux de regard sont magnifiques, le jeu des acteurs est assez subtil, avec un Eastwood tout en retenue et en sensibilité cachée (lors de la scène de la dispute, il pleurera dos à la caméra et ne laissera pas apparaître ses larmes de manière ostentatoire, afin de servir le film au mieux, provoquant l'admiration et le respect de Streep, surprise par l'humilité de l'artisan). En face, Streep est au top, comme souvent, jouant une partition fine, moins subtile dans l'expression de ses sentiments mais qui se révélera encore bien meilleur quand la caméra d'Eastwood viendra la saisir au plus près via quelques gestes ou quelques regards.

 

Le cinéaste étant un grand classique, il est comme toujours assez ardu d'analyser sa mise en scène dès le 1er coup d'oeil. Inutile de dire que ses cadres sont toujours bien pensés, ses lumières toujours justes (et un peu plus lumineuses que d'habitude, dans la lignée de "Un monde parfait", même si les scènes de nuit ont toujours des noirs profonds et que les scènes en intérieur ont beaucoup de contrastes), le timing de chaque plan est chirurgical, il mène sa narration avec soin, sans provoquer d'ennui excessif enfin bref, c'est du très haut niveau, celui d'un artiste qui maîtrise son art à la perfection.

Par contre, en discutant récemment avec un ami, je m'étais fait la réflexion de savoir quand est-ce que cet économe stylistique avait usé d'un ralenti dans sa carrière et bien, voilà ma réponse ! L'ultime plan du film en est un (il y en un autre avec le départ de nuit de Richard) et il s'agit sans doute du plus beau plan de sa carrière, aussi bien au niveau du sens que de la réalisation. La décharge émotionnelle qu'il provoque restera longtemps dans vos mémoires.

 

Un mélo superbe, qui fait appel à beaucoup de clichés du genre, dont l'inévitable plan du regard amoureux sous la pluie, mais ni mièvre ni ridicule, un film qui parle de la vraie vie, avec simplicité (je lui reprocherai juste d'être un poil trop bavard parfois mais c'est un écueil fréquent quand on adapte un roman), un film qui vise juste, qui parle avec son cœur et qui s'adresse au cœur des spectateurs. Un film bouleversant, presque une anomalie dans le filmo de son auteur mais ça reste un film humaniste, qui questionne en creux un des grands thèmes de l'Amérique, le couple. 

 

Note : 9/10

Budget : 21 000 000 $ 

BO US : 71 516 617 $ soit l'équivalent de 146 156 900 $ en 2017 (21ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 110 500 000 $

BO France : 1 457 496 spectateurs (23ème plus gros succès de l'année)

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