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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

La manière forte (1990) de John Badham

Résumé : flic dur à cuire de New York, John Moss traque un tueur frappadingue qui se fait appeler le Trouble-Fêtes, ce dernier s'incrustant dans des soirées et abattant une cible bien précise. Prévenu comme à chaque fois par ce dernier, Moss et son équipe échoue pourtant à l'attraper, malgré toute l'implication de Moss qui ira jusqu'à s'accrocher à la portière d'une dépanneuse volée par le tueur et à se faire traîner sur plusieurs rues. Pendant ce temps-là, l'acteur Nick Lang, star d'Hollywood, désire changer de registre en jouant le rôle d'un flic dur à cuire et pour s'imprégner du rôle, il décide de suivre durant deux semaines l'inspecteur Moss, qu'il a repéré suite à une déclaration fracassante au journal télé. Ainsi débute une collaboration forcément houleuse.

 

Critique : ah, ce bon vieux cinoche des années 90, ça fait rudement plaisir d'en revoir certains exemplaires de temps en temps. Pourquoi ? Pour leur côté transgressif et fun, leur efficacité et leurs castings blindés de gueules plutôt que de minets métrosexuels qui veulent se faire passer pour des durs à cuire torturés ! C'est l'occasion aussi de parler de mon affection pour cet excellent artisan de la série B John Badham.

Originaire d'Angleterre, fils de l'actrice Mary Hewitt, John Badham s'est d'abord fait la main sur plusieurs séries TV et téléfilms, aussi bien dans son pays natal qu'aux USA, avant de franchir le cap du grand écran avec la comédie sportive "Bingo", inspiré par l'histoire véridique de joueurs de base-ball noir qui, dans les années 30, s'en allèrent monter leur propre ligue. Le film réunissait alors trois stars afro-américaines : Richard Pryor, Billy Dee Williams et James Earl Jones ! Ce coup d'essai sera suivi par un film qui restera sans doute comme son épitaphe, bien qu'il soit assez peu représentatif de sa carrière, à savoir la comédie disco "La fièvre du samedi soir". L'immense succès du film lui permettra d'enchaîner sur sa version de "Dracula" avec Frank Langella dans le rôle titre et Laurence Olivier en Van Helsing ! Il fera ensuite une honnête carrière dans la série B, avec pas mal d'action dedans, via "Tonnerre de feu", "War Games" ou encore "Etroite surveillance" avant de signer "Comme un oiseau sur la banche" avec le couple vedette Mel Gibson et Goldie Hawn. Le solide succès du film lui permet d'enchaîner avec ce buddy movie, genre très en vogue à l'époque, en réunissant un duo alléchant : Michael J. Fox et James Woods.

 

Mal assorti (le grand nerveux au langage châtié, le petit comique chouchou des minettes), ce duo est pourtant d'une efficacité incroyable à l'écran. Dans un rôle sur mesure, Woods s'en donne à cœur joie, jure, ronchonne, fait le dingue et surtout, il est drôle. Il n'y a qu'à voir ce plan hilarant où il essaie d'appeler le personnage de Fox "Susan" (pour les besoins d'un jeu de rôle permettant à Woods de mieux exprimer ses sentiments envers sa petite amie) pour se rendre compte combien son talent comique a été trop sous-exploité dans sa carrière. Quant à Fox, il se sort plutôt bien de ce rôle a priori difficile, cliché de la star hollywoodienne assisté au possible, déconnecté de la réalité, trop sûr de lui et parfois pitoyable. Il est d'ailleurs ironique de voir que c'est Woods qui sera le plus capricieux sur le tournage, toujours entiché de sa coiffeuse personnelle à 6 000 $ la semaine (le tournage dura 13 semaines par ailleurs, au lieu des 16 programmées, grâce à l'efficacité de Badham et son réalisateur de 2nde équipe, un certain Rob Cohen) tandis qu'il trouvera Fox étonnamment agréable à vivre.

Le casting est complété par des acteurs sympathiques et toujours impeccables comme Luis Guzman, Delroy Lindo ou encore la charmante Annabella Sciorra (on trouve aussi le déjà cabotin LL Cool J) sans oublier, dans le rôle du psychopathe, cette bonne vieille sale tronche de Stephen Lang. Ce dernier en fait des caisses dans ce rôle, tout en arrivant à se rendre véritablement inquiétant tout autant que grotesque. Il faut dire qu'il a une présence physique charismatique, en dépit d'une couleur de cheveux plutôt douteuse. A noter aussi la présence de le toute jeune Cristina Ricci, dans le rôle de la fille de Susan.

 

Un petit mot d'ailleurs sur ce rôle féminin, pourtant parent pauvre de ce genre de film, mais que j'ai trouvé intéressant, assez développé et parfois partie prenante de certains enjeux. Certes, le talent de son interprète y est pour beaucoup (Annabella Sciorra n'a malheureusement pas eu une carrière à la hauteur, plus connue par les sérivores pour son rôle de la volcanique Gloria dans "Les Sopranos") mais on a aussi droit à une femme indépendante, new-yorkaise typique qui sait aussi imposer ses vues. Son couple avec James Woods marche bien et elle a suffisamment de temps de présence à l'écran pour s'imposer face au duo masculin.

Ce que j'aime aussi dans le cinoche des années 90, c'est son côté subversif. C'est ainsi que l'on sent bien que la censure anti-tabac commençait déjà à poindre son nez, avec le héros qui cherche à arrêter de fumer, et pourtant, on les voit régulièrement avec des clopes à la main et à la bouche (Moss sort une clope de son paquet, la met à sa bouche et la jette car il veut arrêter, puis il recommence, le tout parfois dans la même séquence) tandis qu'on a droit à une statue géante du personnage de Nick Lang, jouant le rôle de Joe Gunn (alter ego parodique d'Indiana Jones et autres Allan Quatermain, avec une cigarette géante et fumante ! Bref, un cinéma de sale gosse, qui joue avec les codes de la censure et qui les retourne contre elle. Dans le même ordre d'idée, dans cette même décennie, on a "Demolition Man", qui se passait en grande partie dans un monde de paix où la vulgarité était interdite, ça ne l'avait pas empêché de multiplier jurons et scènes ultra-violentes avec un esprit libertaire.

 

On retrouve aussi ce rythme effréné, cette envie de mettre en avant les personnages, ce côté parodique mais jamais cynique, cet amour du travail bien fait, des cascades réellement impressionnantes et réalisées sans trucages numériques. Ainsi, on a droit à une poursuite en voiture bien énergique au début, des gunfights assez dynamiques et un face à face final au sommet d'un immeuble qui file de vrais frissons. Au niveau de la mise en scène, c'est du classique, tourné vers l'efficacité (Badham renverra par ailleurs le directeur photo Robert Primes, qu'il jugeait trop lent, pour le remplacer par l'australien Donald McAlpine, plutôt spécialiste du cinéma d'action puisqu'il avait signé notamment "Predator" pour John McTiernan), avec un montage bien rythmé et des plans de foule vivants (la fourmilière du commissariat, les scènes de rues avec une grosse foule de passants). 

Le ton du film est assez délicat, hésitant entre un certain réalisme (des rues crades du ghetto, un commissariat grouillant de vie, une envie de dégommer les codes du genre établi dans les 80's) et une invraisemblance parfois totale (l'incorporation de Lang à l'action, des cascades en pagaille), le tout au sein d'une intrigue qui a bien sûr quelques défauts. Oui, mais voilà, le film a beau être moins percutant dans son mélange des genres qu'un "Last action hero" qui suivra quelques années plus tard, il reste tout de même 100 fois plus réussi que le médiocre "Showtime" de Tom Dey, avec Robert de Niro et Eddie Murphy, et qui avait ce même principe d'opposer flic de cinoche/flic de rue avec un ton sarcastique, mais qui se ramassait à force de recycler les mêmes clichés qu'il dénonçait avec cynisme. 

 

Alors voilà, ce film est un bon représentant de la décennie, divertissement honnête et bien fait, qui recherche une certaine complicité avec le spectateur mais qui reste avant tout un film, au lieu de chercher à être plus malin que ça. Il aura un petit succès à sa sortie, tandis que Badham enchaînera ensuite avec une partie de sa carrière plus compliquée, avec déjà "Nom de code : Nina", remake du "Nikita" de Besson, la suite d'"Etroite surveillance", le sympathique "Drop Zone", l'expérimental "Meurtre en suspens" avec Johnny Depp et Christopher Walken, avec son déroulement de l'intrigue en temps réel, avant d'être relégué au rang de faiseur pour la télé, écumant depuis les plateaux où son efficacité est toujours très appréciée ("Esprits criminels", "Supernatural", "Constantine", "Enquêteur malgré lui", "Las Vegas", "Heroes", "The Shield" et même sur l'éphémère série "Nikita" !).

 

Note : 7/10

BO US : 25 895 485 $ soit l'équivalent de 54 681 900 $ en 2017 (49ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 39 700 000 $

BO France : 309 589 spectateurs (84ème plus gros succès de l'année)

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John 20/10/2017 17:51

Salut ! Je découvre à peine ce blog et le contenu me plait déjà. J’adore l’approche que vous avez en faisant la critique des films. J’ai hâte de découvrir les autres articles.

21/10/2017 09:15

Bonjour John,

merci beaucoup pour votre sympathique commentaire. Ravi de voir que l'approche vous plaît, et comme vous pouvez le constater, il y a pas mal d'autres contenus à votre disposition avec notamment les fiches stars (une nouvelle sera d'ailleurs publiée mercredi).

Encore merci pour votre commentaire et à très bientôt sur le blog.