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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

L'empire des sens (1976) de Nagisa Oshima

Résumé : Sada est une jeune femme qui vient d'être embauchée dans une propriété cossue afin de faire le ménage. Rapidement, les autres employées de la demeure lui montre le couple bourgeois qui possède la maison en plein ébat. Toute émoustillée, la jeune femme se retrouve bientôt dans le viseur du maître de maison, très intéressé par ses courbes et sa bouche sensuelle. Sada succombe au charme assez rustre de son patron et enchaîne les ébats avec lui. Petit à petit, le couple devient fou amoureux et se vautre dans une succession d'orgies.

 

Critique : tout commence au début des années 70 quand le producteur Anatole Duman décide d'embaucher le sulfureux cinéaste japonais Nagisa Oshima afin de signer un film sous sa bannière. Oshima a déjà une longue carrière derrière lui à l'époque, avec notamment sa "trilogie" autour de la jeunesse japonaise qui lui aura coûté de nombreux déboires comme le renvoi de la compagnie Shochiku, celle qui l'avait formé à ses débuts et qui le fit débuté. Peintre pessimiste et acide du Japon moderne, ses films scandaleux défrisent les bonnes mœurs de façade et il part fonder sa propre compagnie de production en 1961, lui permettant ainsi de développer avec plus de latitude ses thématiques fétiches : le crime et le sexe.

Ce sale gosse, leader d'une Nouvelle Vague cinématographique au Pays du Soleil Levant (on peut également cité Kinji Fukasaku dans ce courant désireux de secouer le cocotier, mais aussi le déjà très expérimenté Akira Kurosawa qui signait à l'époque des films importants et en colère comme "Les salauds dorment en paix", fait en totale indépendance de la Toho), est donc accueilli à bras ouvert en France où Duman lui fait cette proposition alléchante : carte blanche pour un film dans le genre de son choix. Oshima choisit le porno.

 

Alors oui, ça fait bizarre de dire que «L'Empire des Sens» est un bête porno, surtout à l'ère d'Internet où il suffit d'un gonze armé d'une caméra HD et de quelques ami(e)s pour faire du sexe non simulé devant la caméra (ce qui est la définition du genre) pour obtenir un film classé X. Oui, sauf que rien ne vous oblige à vous cantonner à cette base. Et c'est là toute la différence entre un tâcheron et un artiste.

Le porno est, comme tous les genres, régi par des codes et seul les plus grands arrivent à embrasser ces mêmes codes, les comprendre puis s'en affranchir pour, au final, accoucher d'une oeuvre qui transcende ce même genre (parfois, il y parvient aussi en allant piocher dans d'autres genres). Et il en va de même pour le porno.

 

Dans le film, le sexe est frontal certes, les scènes de sexe sont nombreuses (mais souvent très courtes), la nudité est bien là tout comme certaines pratiques devenues «normales» dans le genre mais en fait, ce qui fait toute la différence, c'est la transgression. Et quand je dis transgression, ce n'est pas tant au niveau des pratiques plus ou moins répugnantes, c'est la transgression par l'image et par le sens de cette image au sein de la narration.

 

Ainsi, on peut dire que «L'Empire des Sens» est un vrai film, qui raconte une vraie histoire, avec de vrais personnages, au sein d'un cadre réaliste, et qui aboutit à un film qui a du sens parce que les scènes du genre font évoluer la psychologie des personnages, ce qui procure une émotion. C'est en cela qu'il s'agit d'une œuvre d'art et non d'un simple film aux vertus masturbatoires, vaguement sexy dans les années 70 et qui aurait mal vieilli.

Là, tout le monde est habillé, mais ça va bientôt dégénérer.

Bien évidemment, le tout n'étant pas signé par un tâcheron daltonien, les images sont sublimes, les cadres sont travaillés, les couleurs ont du sens, on ressent bien le côté charnel du sexe (le corps féminin a rarement été aussi bien filmé, quand bien même l'actrice Eiko Matsuda est magnifique), il y a des plans osés et sulfureux mais il y a surtout une vraie volonté de montrer ça de manière plus «artistique».

 

Alors certes, le film a quelques problèmes de rythme, le propos visait plus clairement la société japonaise de l'époque (même si le film fera scandale partout dans le monde à sa sortie), le personnage masculin est parfois réduit à un simple godemiché qui parle et qui marche mais ça reste incroyablement puissant, parfois assez excitant, ça dit beaucoup de choses sur l'amour fou et passionnel et c'est vraiment un film qui marque la rétine.

Bon, évidemment, il y a cette fameuse scène de l'émasculation qui fera mal aux spectateurs masculins (pour ma part, j'aurai du mal à regarder une femme trancher un concombre désormais sans repenser à cette scène) mais ce n'est pas gratuit et c'est définitivement un classique entre les classiques... même s'il œuvre dans un genre bien particulier et qui mériterait d'autres œuvres de cette trempe.

 

Note : 9/10

BO France : 1 743 883 spectateurs (18ème plus gros succès de l'année)

C'est pas dans les productions Dorcel que l'on voit des plans d'une telle beauté picturale.

 

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