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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

The Jane Doe identity (2016) de André Ovredal

Résumé : quatre personnes ont été horriblement assassinées dans une maison en apparence bien tranquille du petite commune de Virginie. Au sous-sol, la police découvre le cadavre presque immaculée d'une jeune femme, enterrée dans le sol. Le sherif décide alors de l'emmener en urgence pour une autopsie chez les Tilden, père et fils. Dans cette entreprise familiale, le père se remet lentement de la mort de sa femme tandis que le fils a comme des envies d'ailleurs mais n'arrive à la dire à son père, quand bien même sa petite amie Emma le presse de le faire. Et ce soir-là, en voyant arriver le cadavre, il décide de rester pour aider son père. Ce qu'ils vont découvrir peu à peu pour découvrir l'identité de cette jeune femme va très vite les emmener sur un jeu de pistes dangereux et probablement mortel.

 

Critique : je l'ai déjà dit à de nombreuses reprises sur mes billets concernant le box-office, le cinéma de genre et plus particulièrement d'horreur va mal. La faute à une succession de modes qui ont vu débouler les torture porn puis les found footage et c'est désormais le film d'horreur ésotérique qui refait surface sous l'impulsion des "Conjuring". Toutefois, le genre a aussi vu débouler des vraie propositions cinématographiques avec "The Witch" récemment mais le succès a fuit cette bête de festivals. Alors, qu'est-ce qu'il reste ? Il y a bien quelques produits plus ou moins défendus par la presse spécialisée et quelques auteurs un peu plus doués que les autres qui parviennent à s'incruster (dernier exemple en date, Mike Flanagan, qui a réussi à rendre la franchise "Ouija" intéressante et qui pourrait bien être un chef de file important). On l'oublie un peu, mais faire un bon film d'horreur ou fantastique requiert aussi le fait de faire un bon film tout court. C'est peut-être un peu con à dire mais ça reste vrai. Et pour faire des bons films, il faut aussi des vrais réalisateurs à la base des projets et non pas des serpillières aux ordres des castards-cravates adeptes de diagrammes qui dirigent les studios.

De l'autre côté de l'Atlantique, on tente aussi de faire autre chose. La nouvelle vague venue du froid avait vu éclore le plutôt doué Jalmari Helander et son sympathique "Père Noël : Origines" et aussi André Ovredal et son "Troll Hunter" en mode found footage. Sauf que l'un comme l'autre n'ont pas vraiment cédés aux sirènes hollywoodiennes, quand bien même Helander a signé "Big game", une série B cool et sans prétention. Quant à Ovredal, après six ans sans projet, le voilà plus ou moins contraint de signer un film de commande. Le film a beau être produit en indépendant par 12 compagnies différentes et avoir écumé les festivals (y glanant quelques prix au passage), il reste un produit fragile, rare et donc intéressant.

 

Pour tout dire, j'ai vu ce film lors d'une double séance avec en ouverture le très hype "Get out" de Jordan Peele, qui a déclenché une foultitude de réactions positives, étiqueté 1er film anti-Trump avec son personnage afro-américain qui vit un calvaire au sein d'une famille WASP BCBG. Si le film n'est pas une purge qui ne mérite pas son succès, je dois dire que son adoubement aveugle m'a laissé un brin dubitatif, surtout que le film ne compte aucun personnage caucasien positif. Ah ça, si ça avait été l'inverse, je pense que ce brave Spike Lee serait monté au créneau pour défendre la cause noire et demandé immédiatement un Oscar d'excuse. Bon, on plaisante mais si le film de Peele était plutôt réussi et proposait quelques bons moments de cinoche, avec une photo soignée, de l'humour noir bien placé et quelques plans forts, il se reposait beaucoup sur des jump scares de supermarché, un défilé de clichés et une conscience politique de circonstance mais amoindrie par une morale hyper conformiste qui ne laisse pas un souvenir impérissable.

Avec "The autopsy of Jane Doe" (qui bénéficie forcément d'une traduction débile que vous pouvez admirer en titre plus haut), on est vraiment dans un pur film fantastique et d'horreur qui propose une belle mise en scène, des jump scares un peu faciles aussi mais qui s'appuie sur un duo d'acteurs impressionnant, arrivant à faire vivre des personnages pourtant perclus de clichés.

 

Car oui, contrairement à "Get out" et à pléthore de films du genre, "... Jane Doe" s'appuie sur des personnages vraiment incarnés. Ils sont donc clichés, avec le veuf un poil bougon et le fils qui désire rompre avec la tradition familiale, mais putain, au moins, ils vivent, interagissent et captivent bien plus que n'importe ado attardé fumeur de joint ou n'importe quelle bimbo mâcheuse de chewing gum qui pullulent dans les autres productions du genre. Il faut dire qu'en confiant les rôles principaux à Brian Cox et Emile Hirsch, on s'enlève une épine du pied (bon, encore faut-il les diriger et c'est très bien fait par Ovredal).

 

Brian Cox, c'est une brutasse de l'acting, un type qui récite du Shakespeare comme d'autres du Nabilla, une carrière remplie de bousasses de série B mais aussi de rôles marquants, c'est le 1er Hannibal Lecter de cinéma (dans le fabuleux "Le Sixième sens" de Mann, sous le nom de Lektor certes mais ça compte), il meurt souvent dans ses films mais bon sang, chacune de ses intonations est juste, son jeu est vibrant et il peut provoquer n'importe quelle émotion en faisant vibrer un sourcil. En face, Emile Hirsch est un des acteurs les plus doués des années 2000 mais il n'a pas eu de chance. Si on l'a remarqué dans "Girl next door", "Alpha dog" ou encore "Into the wild", la plupart de ses films ont été des échecs tandis que son incursion dans le blockbuster a été marquée par le "Speed racer" des Wachowski. Un bide colossal et un retour au cinéma indé ou bien à des 2nds rôles dans des productions mainstream ("Savages" ou "Du sang et des larmes"). Bref, il y a du niveau et leurs personnages bénéficient grandement de leurs talents, parvenant à captiver le spectateur ou bien à vivre dans les silences.

Niveau mise en scène, c'est du très bon niveau avec des plans significatifs, une atmosphère bien posée, des acteurs bien dirigés, des décors bien pensés (ah, ce miroir du coin du couloir !!) et une bonne gestion de la tension. Le personnage de Jane Doe, ce corps nu allongé sur cette table de dissection, deviendra ainsi une menace constante et changera de caractère grâce à la force des cadrages. Les mouvements de caméra sont rares, le montage fait la part belle à la montée en tension, avec une attente angoissante, des effets certes vieux comme le monde mais utilisés de manière efficace. On ne pisse pas dans son froc certes mais le film exploite avec malice un bruit aussi insignifiant qu'une clochette pour faire monter la pression ! Diablement efficace.

 

Assez court, le film se veut comme un huis-clos angoissant, qui nous permet aussi de plonger au coeur de la relation qui unie ce père et ce fils, le tout sans sentimentalisme outrancier mais avec une vraie envie de nous les rendre attachants. La dernière partie, qui lorgne carrément vers le fantastique, pourra en laisser certains sur le carreau, d'autres pourront facilement se moquer de certains petits détails mais ça serait passer à côté d'un film intègre, bien foutu et surtout hyper cinématographique qui respecte le genre, ne s'enfonce pas dans une quête de twists abrutissante et futile. C'est du bon cinoche de genre, captivant et assez malin. Bref, c'est un truc intéressant qui mérite qu'on se penche dessus ainsi qu'un peu plus de soutien de la part des amateurs du genre. 

Note : 8/10

BO Monde : 5 972 942 $

BO France : 189 323 spectateurs 

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