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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Waking Slepping Beauty (2009) de Don Hahn

Résumé : l'histoire de la résurrection d'un studio d'animation à travers les voix et les images de ceux qui y ont participé. Une décennie fabuleuse qui aura émerveillé des dizaines de millions d'enfants et d'adultes et qui continuent encore de fasciner les nouvelles générations de spectateurs. Cette histoire, c'est celle du studio d'animation Disney de 1984 à 1994, entre luttes de pouvoirs et désirs de créer des dessins animés à l'ancienne qui resteront pour toujours.

 

Critique : à chaque fois que j'en ai eu l'occasion sur ce blog, j'ai évoqué avec bonheur la fameuse promo 79 de CalArts, celle qui comptait en son sein certains des plus grands artistes sortis de la mythique école californienne dédiée aux Arts et qui ont oeuvré de près ou de loin au sein du studio Disney. Il est donc logique que je consacre un billet au documentaire qui retrace cette fabuleuse décennie pour le studio et qui lui a donné l'occasion d'exploiter au mieux les différents talents de cette promo mais aussi de toutes les autres.

 

Disney est un studio qui s'était fait connaître grâce à l'animation, qui a repoussé les limites de ce médium dès les années 40 sous la houlette de son créateur, producteur et entrepreneur de génie, le grand Walt. Sauf que si le génie est éternel, l'être humain reste mortel et sa disparition en 1966 plongea le studio dans une crise artistique dont il peine encore à se sortir en 1984. Entre-temps, si les films d'animation ont continué à avoir du succès et si les quelques films live produits par la firme ont parfois continué à entretenir le mythe, les années 80 s'annoncent comme la fin de l'aventure. Les ados et les enfants se détournent des nouveautés, le dessin à la main semble passé de mode et surtout, le studio a vu certains de ses talents choisir l'exil plutôt que de rester au sein d'une maison qui ne leur donne pas leur chance. C'est le cas de Don Bluth, qui s'en va fonder son propre studio et tenter de damer le pion à la maison mère. Il quitte la production de "Taram et le Chaudron Magique" pour signer "Brisby et le Secret de Nimh" (qui sera un gros échec mais Bluth reviendra en force quelques années après avec "Fievel et le Nouveau Monde" et surtout "Le petit dinosaure et la Vallées des Merveilles" sous la houlette de Amblin). "Taram..." sera d'ailleurs le film qui amènera Disney Animation au bord du précipice, ce projet très coûteux se plantant gravement au box-office, qui plus est dominé par le film sur "Les Bisounours" . Le début de la fin ? Plutôt le début de la renaissance.

 

C'est presque invraisemblable de se dire aujourd'hui qu'un tel géant a bien failli disparaître mais sans le retour providentiel de Roy Disney et la nomination de plusieurs exécutifs venus d'ailleurs, tout aurait pu s'arrêter là. Michael Eisner vient de la Paramount, Frank Wells de la Warner, et leur mission est de redresser la barre très vite. Les équipes sur place sont démotivées et pensent que leur aventure au sein du studio va s'arrêter brutalement. Sauf que voilà, une équipe menée par John Musker et Ron Clements se voient valider un projet autour d'une souris détective (c'était décidément la décennie de la souris après "Brisby ..." et "Fievel..." de Don Bluth). Un projet qui obtiendra un succès décent et qui permettra au duo d'enchaîner avec "La petite sirène". Entre-temps, Disney lancera une variation autour du roman "Oliver Twist" avec "Oliver et Compagnie" avant d'expérimenter de nouvelles techniques sur "Bernard et Bianca au pays des kangourous" (les débuts de l'infographie, de l'animation assistée par ordinateurs via une petite start-up du nom de Pixar crée par un ancien de la maison, John Lasseter).

Une histoire passionnante, un bouillonnement de talents à tous les étages, un thriller en coulisses et le tout est narré par Don Hahn, collaborateur et surtout producteur (le mec se présente en disant qu'il a produit "Le Roi Lion" avant d'embrayer sur le nombre de millions de dollars qu'il a accumulé à sa sortie) qui a donc assisté de près à tout ça. Le documentaire est produit par Disney, et c'est bien normal vu que le tout est quand même tout à la gloire du studio. Pour autant, en dépit de ces quelques écueils ou réserves, est-ce si peu recommandable ? Non, bien évidemment.

 

Déjà, j'aime le parti-pris de Hahn qui consiste à éviter de faire défiler différents visages. L'accent est mis sur une impressionnante base d'archives filmées qui nous proposent des extraits d'émissions et de journaux télés de l'époque, quelques vidéos internes de la boîte (félicitations des producteurs et quelques rushes instructifs), des dessins des artistes de l'époque (avec quelques caricatures croustillantes), des extraits de making-of avec les artistes au travail et surtout quelques bouts d'images signées par les employés. Et là, on tient quelques pépites.

 

On est introduit au sein d'une salle d'animation dans laquelle évolue les pensionnaires de la classe A113, avec notamment un tout jeune Tim Burton retranché derrière sa table à dessin. On voit ensuite l'inséparable duo mentor/élève Clements/Musker, le tout filmé par John Lasseter. On a ensuite une petite séquence qui nous montre les animateurs, pensant qu'ils allaient être virés à la fin de la semaine suite à la délocalisation de leurs bureaux à Burbank, se dire que foutu pour foutu, autant jouer à "Apocalypse Now" dans les couloirs de la boîte ! Un moment de pur délire hallucinant et qui représente bien la folie douce et insouciante qui habitait ces artistes à l'époque.

Alors, sa tête ne vous dira rien, pas plus que son nom (Howard Ashman) mais sachez que c'est à lui que vous devez les paroles des chansons de "La petite Sirène" et "La Belle et la Bête".

Le documentaire est aussi très instructif car on apprend plein de petits trucs sur la fabrication des films à l'époque, avec quelques secrets de tournage de succès comme "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" de Robert Zemeckis, resté fameux pour ses trucages et ses animations signées par la crème de Disney mais aussi par un rapprochement inédit entre les héros de la Warner et de Disney. C'est l'occasion aussi de lever le voile sur certains hommes de l'ombre comme Howard Ashman, parolier de "La petite sirène" et "La Belle et la Bête", tragiquement décédé à cause du SIDA avant la sortie de son dernier bébé (une scène déchirante dans le film). "Waking Sleeping Beauty" remet dans le contexte et appuie bien l'extraordinaire réception critique des films, qui ont pour la plupart remis le studio en selle et continue encore de lui offrir de gros succès (le film live de "La Belle et la Bête" a récolté plus d'un milliard de dollars cette année dans le monde, celui du Roi Lion devrait en faire autant bientôt et une nouvelle version d'"Aladin" est bien sûr à prévoir). 

 

J'ai vraiment été captivé par ce documentaire, qui est parfois un peu noyé sous les intervenants mais qui parle avec justesse du difficile travail d'animateur (ce passage où Jeffrey Katzenberg demande aux employés ce qu'ils ressentent du fait de travailler pour Disney et qui, à la place d'une pluie de louanges, se prend une belle claque en comprenant VRAIMENT ce que ça implique de travailler nuit et jour sur un film, en négligeant sa vie de famille, sa santé et le bon sens, le tout pour voir un tel énergumène vous spolier votre travail en s'accordant tout le mérite et les bonus qui vont avec, oui, ce passage là est vraiment déchirant) et puis il y a bien sûr les guerres d'égos au sommet de la pyramide, entre Katzenberg et Eisner, les deux anciens de la Paramount, un duo qui explosera au soir de la première de leur plus grand triomphe, à savoir "Le Roi Lion", ce qui poussera Katzenberg à partir et à participer à la fondation de Dreamworks et plus particulièrement du département animation, le tout dans le but avoué de faire tomber Eisner et Disney mais ça, c'est une autre histoire. 

Dessin parodique signé par un animateur Disney, suite à ne entrevue houleuse avec un collègue.

Le tout est admirablement monté, bien narré, avec de multiples intervenants pertinents. En bref, c'est un documentaire impeccable, instructif et assez émouvant, qui a le bon goût de nous offrir en guise d'adieu un générique qui remet en lumière ces artistes de l'ombre et aussi un bout de la fameuse cession d'improvisation de Robin Williams pour le rôle du Génie dans "Aladin". Une belle découverte pour les amoureux des films de cette époque mais aussi pour ceux qui aiment voir les coulisses de la création.

 

Note : 8/10

 

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