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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Point Break (2015) d'Ericson Core

Résumé : Johnny "Utah" Ute et son pote font des cascades dangereuses destinées à être vues sur YouTube par leurs millions de fans. Mais l'excursion tourne mal et le pote de Utah finit par mourir. 7 ans plus tard, Johnny postule à un examen pour être agent du FBI. Lors d'une classe portant sur une enquête en cours, le jeune Utah trouve un petit détail qui permet à son tuteur de progresser dans son enquête. Ce dernier l'envoie alors en mission en France afin de suivre cette piste, accompagné de l'agent Pappas. Sur place, il trouve des surfeurs qui vivent aux crochets d'un riche prince de la péninsule arabique, passant du bon temps dans des soirées privées sur des yachts somptueux tout en domptant de grosses vagues. C'est là que Utah fait la connaissance de Bohdi, leader charismatique d'une bande qui est prêt à tout pour s'éclater. Y compris à faire des braquages hyper spectaculaires dans le but d'atteindre le Nirvana ? Fuck yeah !

 

Critique : mais pourquoi ???????????????? Mais oui, pourquoi, alors que je viens de consacrer une chronique à "Independance Day 2", un des blockbusters les plus mauvais que j'ai vu de ma vie, pourquoi me suis-je lancé, à peine 48 heures plus tard, dans le visionnage du remake tant redouté de "Point Break". De mon plein gré en plus, en sachant très bien que le film avait fait un bide et en dépit du fait que la Warner a réussi à confier un film de 105 M$ à un acteur encore moins expressif que Keanu Reeves ? Alors déjà, pour moi, "Point Break", le vrai, l'original, celui avec Keanu Reeves et Patrick Swayze, c'est un totem, un repère. Je l'ai revu il y a quelques années et c'est toujours une tuerie, un film brillant, un chef d'oeuvre du film policier et d'action. L'annonce du remake n'était pas très surprenante, surtout qu'une suite avait d'abord été envisagée puis compromise suite au décès de Swayze. Pour la Warner, il ne restait donc plus que la solution du remake (pour les autres habitants de la Terre, il restait aussi la solution de se dire que c'était une mauvaise idée et qu'il fallait peut-être mieux ne rien faire du tout). Et voilà donc comment on se retrouve avec un film signé par un scénariste incapable d'écrire un truc cohérent, confié à un réalisateur débutant, avec un casting rempli d'éphèbes têtes à claques le tout pour un budget faramineux de 105 M$. Oui, cent cinq MILLIONS de dollars. Et alors, c'est aussi pourri que ça en a l'air ?

Dans un premier temps, je ne me suis pas trop préoccupé de ce qui se disais sur les internets vu que primo, c'était inévitable et que secundo, il valait mieux attendre les premières images. Et je dois dire que le trailer m'a plutôt plu (sans ça, je n'aurai pas perdu mon temps devant ce truc) puisque j'avais le sentiment que les types avaient décidés de ne pas faire un remake littéral mais plutôt d'accentuer le délire et de partir dans une direction différente, qui exploiterait le sujet de manière plus personnelle. Du coup, on aurait pu se retrouver devant un bon film d'action dont le seul tort serait de s'appeler "Point Break". Et après tout, "Fast & Furious", l'original, le vrai, celui de 2001, était lui aussi un remake de "Point Break" légèrement déguisé, mais qui reprenait le canevas narratif du film de Bigelow. Le film a fait son bide comme prévu (sortit pour les fêtes de Noël, well done Warner) mais je me suis dit qu'il valait mieux le voir à tête reposée, loin du fracas de la sortie (le mantra de ce blog) et sans a priori. Et alors ?

 

Et bien, exception faite du postulat de départ avec notre biker de l'extrême redbullisé qui décide de devenir agent du FBI après la mort de son pote, je dois dire que la première demie-heure est assez sympa, le film propose des séquences d'action hallucinantes, avec ce lâcher de billets dans les airs et un saut en parachute bien réalisé. L'esprit de l'original est là, le schéma aussi mais ça fonctionne pas mal je trouve, surtout que la mise en scène est jolie, assurée par Ericson Core, ancien directeur photo plutôt doué (à l'oeuvre sur "Daredevil", "Payback", "187 : code meurtre", "Dancing at Blue Iguana" et... "Fast & Furious") et qui fait le taf avec sérieux et application, bien aidé par un joli montage. Le tout fait la part belle aux prises de vues réelles, sans oublier d'être un poil onirique avec la superbe plongée sous-marine qui met en scène Luke Bracey et Teresa Palmer. Le film est même assez passionnant à suivre jusqu'à la scène en wingsuit, véritable exploit technique qui file quelques frissons. Et puis, et puis... patatras.

C'est bien simple, la séquence qui suit m'a complètement fait sortir du film. On se retrouve donc, après l'étalage de luxe, la vision crasseuse de la banlieue française et une mise en avant des décors naturels sublimes, avec une bande de hippies qui rigole au coin du feu tandis que la Barbie de la bande vient tranquillement se blottir avec son plaid multicolore (sans doute fabriqué par des sympathiques quechuans de Bolivie qu'elle a rencontré lors de ses voyages) auprès du bellâtre et futur petit copain qui commence doucement à fondre pour la belle. Les types allument un feu avec deux bouts de bois, on rigole près du chalet, la vie est belle, on oublie qu'on est des braqueurs et on retrouve notre lien avec Mère Nature. Le délire du film sur ce côté hippie/hipster/écolo/mystique est un poil abusé, surtout qu'on enchaîne après avec une séquence d'action autrement moins écolo friendly et lui laisse pas mal de types sur le carreau. Combien, on ne le saura pas car le film préfère toujours nous dire combien de millions de dollars ça a coûté aux multinationales spoliées par les méchants braqueurs plutôt que de donner le bilan humain. C'est ainsi qu'une fusillade dans la montagne laissera de nombreux morts dans la rue, pour la plupart des policiers qui portent sans doute des gilets pare-balle mais qui s'avèrent moins efficace que les vitres des voitures ou une simple table en bois dans d'autres films. A partir de là, le film épouse beaucoup trop le schéma du film de 1991, reprenant des éléments inutiles et déjà trop parodiés (Utah qui décharge son flingue dans les airs plutôt que sur Bohdi !!!!). 

 

Et surtout, on s'aperçoit que le pauvre Luke Bracey, s'il a bien le physique adéquat, est bien trop limité pour tenir certaines scènes. L'acteur a pourtant été à son avantage dans un film tel que "Tu ne tueras point" récemment mais là, il est au bord du ridicule, s'occupant plus de la sa mèche blonde que de son jeu à proprement parler. Il a surtout la chance d'avoir en face un Delroy Lindo et un Ray Winstone en mode cachetonnage, qui viennent encaisser un gros chèque sans trop bouger (à eux deux, ils doivent marcher 25 pas à tout casser dans le film). Et puis, voir ce brave Utah tracer deux traits à la craie sur un tableau, prendre cinq photos et les mettre côte à côte en se prenant pour Sherlock Holmes avant d'énoncer une théorie qu'on a deviner depuis le début, c'est un peu ridicule. Quant à ce brave Edgar Ramirez, on a l'impression qu'il s'en fout et son interprétation est loin d'être convaincante. Ne parlons même pas de la pauvre Teresa Palmer (elle aussi excellente récemment dans "Tu ne tueras point" et surtout "Message from the King"), desservie par un rôle qui ne lui permet jamais d'exister. 

Alors donc, que reste-t-il ? Kurt Wimmer est un scénariste médiocre, qui a eu un peu de chance avec ses scénarios au début (adaptation de "Sphere", remake de "Thomas Crown", "Equilibrium") avant de voir sa carrière chuter vers le nanar avec "Au bout de la nuit" (où il massacre le travail de James Ellroy), "Que justice soit faite", "Salt" ou encore le "Total Recall : mémoires programmées". Là, il s'avère incapable de tenir son intrigue sur la durée, s'embourbant dans sa mystique écolo et ne réussissant jamais à faire de son intrigue policière un élément captivant de sa narration. Ericson Core est donc hyper doué avec les images, moins avec les acteurs, et on est surtout hyper déçu de voir les bonnes intentions de bases ruinées par si peu d'efforts artistiques. Les séquences de sports extrêmes ont beau rassembler ce qui se fait de mieux dans chaque discipline et être bien mises en valeur par certains plans, ça reste trop superficiel et trop peu. Et si le film est crédité d'une durée de 1h52, sachez que le générique dure lui plus de 13 minutes, ce qui écourte un peu votre calvaire. Même au 2nd degré, le film n'est pas plaisant à suivre. 

 

Un film d'action fort coûteux donc mais qui se prend trop au sérieux, qui ne raconte pas grand chose en dépit de certaines idées philosophiques pas trop débiles, un beau produit bien emballé mais trop peu savoureux, un remake inutile de plus qui gâche ce qui faisait le sel de l'original (à savoir l'écartèlement moral de Utah, partagé entre le respect qu'il a pour Pappas, l'amour qu'il a pour Tyler et l'amitié qu'il développe envers Bohdi sans oublier son devoir moral de flic). Bref, c'est sympa par moments mais agaçant à la longue. J'ai beau dire qu'on ne m'y reprendra plus, je sais que je replongerai pour une autre bouse du genre prochainement. En attendant, je vais me laver les yeux avec du Samuel Fuller et du Hitchock, ça ira mieux après !

Note : 3/10

Budget : 105 000 000 $ (Wimmer, rends l'argent, il est où ton budget bon sang !!!)

BO US : 28 782 481 $ (85ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 104 936 230 $

BO France : 524 087 spectateurs (101ème plus gros succès de l'année)

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