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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Chantons sous la pluie (1952) de Stanley Donen et Gene Kelly

Résumé : à la fin des années 20, à Hollywood, les acteurs Don Lockwood et Lina Lamont forment l'un des couples les glamours du milieu, à l'écran comme à... euh, en fait non, pas à la ville, mais le producteur entretient cette légende pour continuer à faire des entrées. En vrai, Lamont et Lockwood ne s'aiment pas vraiment, l'un se servant toujours de l'autre. Après une première triomphale de son nouveau succès, Lockwood fait la rencontre de la charmante Kathy Selden. Cette dernière lui avoue qu'elle n'aime pas trop ses films, le trouvant trop limité comme acteur, et lui conseillant de se pencher du côté du théâtre. Quand Lockwood retrouve la jeune femme à une soirée, il devient obsédé par elle. Si bien que son meilleur ami et partenaire depuis ses débuts, le déluré et inventif Cosmo, lui conseille de suivre son coeur. Mais alors que le duo Lamont-Lockwood sort un nouveau film, Hollywood s'apprête à vivre une révolution : l'arrivée du cinéma parlant. 

 

Critique : les grands classiques ont ceci d'intimidant que si on les regarde, et qu'on les apprécie, il deviendra très vite fastidieux voire difficile de s'enfiler d'autres films du genre, soit ceux qui l'ont précédé et qui ont été dépassé, soit ceux qui ont suivis dans la foulée en voulant copier le succès en dupliquant la recette mais en mettant soit des ingrédients plus fades, soit en zappant certains de ces ingrédients soit en mettant tous les ingrédients mais dans n'importe quel sens. Ce que je veux dire via cette métaphore culinaire, c'est qu'après avoir vu "Chantons sous la pluie" pour la première fois de ma vie récemment, et à plus de 30 ans donc, j'ai l'impression d'avoir vu le film terminal, total, définitif et indépassable du genre alors que c'est presque la première grande comédie musicale classique que je vois. En effet, je vois mal ce qui pourrait surpasser cette explosion de joie, de bonne humeur, de couleurs, de chansons, de mélodies immortelles et de chorégraphies endiablées. Car soyons lucide, des films comme "Dancer in the dark" et son image moche, "Mamma Mia" et ses entrechats mous ou encore le ridicule "Les Misérables" version 2012 sont loin d'être des rivaux potables dans l'histoire récente (il me reste encore à visionner "Moulin Rouge" pour éventuellement trouver un digne successeur).

Pourtant, si le film est un pur shot de bonne humeur, le tournage fut particulièrement difficile et éprouvant, comme une métaphore du monde du spectacle. Gene Kelly avait un style de danse ultra-physique, éprouvant, il demandait beaucoup à ses partenaires (véritable tyran sur le plateau, hurlant sur ses partenaires, multipliant les prises, usant d'un langage abusif, réduisant les corps des acteurs en miettes) mais il en faisait également beaucoup lui-même, dans une quête éperdue de perfection. C'est ainsi qu'il fera de nombreuses fois pleurer la toute jeune Debbie Reynolds (la maman de Carrie Fisher !!!), le budget sera largement dépassé (un cinquième du budget initial servira à filmer la séquence de rêve type Broadway, pour un résultat à l'écran tout simplement somptueux), le gros fumeur Donald O'Connor frôlera la mort en tournant de nombreuses fois son numéro "Make 'em laugh" (on le voir d'ailleurs complètement épuisé à la fin de la prise), Cyd Charisse devra s'adapter au style de danse de Kelly pour sa séquence, devenue mythique, du rêve type Broadway, certaines journées de travail pouvait durer 19 heures et j'en passe. Mais Kelly était un travailleur insatiable, infatigable, perfectionniste et qui tournera la séquence devenue culte qui donne son titre au film alors qu'il avait plus de 39° de fièvre (le tout en extérieur s'il vous plaît et en une prise). 

 

Le film est donc, par contraste, un enchantement à voir, qui demeure encore un véritable chef d'oeuvre intemporel plus d'un demi-siècle après sa sortie. Narrant la fin du muet et les débuts houleux du parlant à Hollywood (à la manière d'un "The artist", qui s'inspire beaucoup de ce film), il fait presque figure de document tout comme de film post-moderniste. En effet, le film fait référence à cette époque avec beaucoup de soin, aussi en reconstituant certains passages typiques de l'époque, montrant l'envers du décor avec bonheur (l'ambiance de tournage, les débuts d'une technique encore balbutiante, le ton des films et le jeu des comédiens de l'époque), virant parfois à la parodie (le style de Lockwood se rapprochant de celui de Fairbanks, certains personnages étant construit à partir de personnalités de l'époque) tout en se montrant respectueux. "Chantons sous la pluie" est également un film qui mixe différents genres, à la fois pure comédie musicale, screwball comedy et comédie romantique. On a ainsi des dialogues d'une drôlerie insensée, qui rebondissent à la vitesse de la lumière, les chorégraphies sont d'une précision incroyable, l'histoire d'amour est bien racontée bref, c'est du travail impeccable à tous les niveaux. Les acteurs sont aussi très bons, jouant parfaitement sur tous les registres, entre un Kelly affable et charismatique, un O'Connor impayable en débrouillard à l'esprit vif, Reynolds exquise en jeune actrice un peu naïve sans oublier une Jean Hagen inénarrable en actrice à la voix nasillarde et au langage châtié mais à la présence physique classieuse.

Mais ce qui m'a le plus emballé dans ce film, au delà de son rythme soutenu, de la perfection de son timing comique, de son hommage plein de déférence au cinéma muet (blindé de références pertinentes sur l'époque comme le film muet retourné en film sonore, comme ce fût le cas à l'époque comme avec "Hell's angels" de Howard Hughes, ou bien encore de la fin de règne parfois brutale de certaines stars dont la voix était incompatible avec les micros), c'est la mise en scène de numéros musicaux. Comme je le disais en intro, on est loin de l'indigence des mises en scène de Lars von Trier, Phylidda Lloyd ou encore Tom Hooper. Non, là, les mouvements de caméra mettent en valeur les mouvements des danseurs, donnant parfois l'impression que ces derniers flottent dans les airs, les plans sont longs et permettent d'apprécier la complexité des chorégraphies tandis que certains passages deviennent de véritables morceaux de bravoure, magnifiquement photographiés, mettant en valeur les décors et les couleurs. Aussi bien lors de la scène dans le studio avec Kelly qui allume tous les éclairages pour draguer Reynolds, la fameuse scène sous la pluie (une pluie composée d'eau mais aussi d'un peu d'encre, afin de la rendre plus visible et réaliste à l'écran, parfaite synthèse du paradoxe du cinéma qui doit tricher avec la réalité pour être vraisemblable à l'écran) ou bien sûr la scène type Broadway, véritable chef d'oeuvre au milieu du chef d'oeuvre, ou bien encore ce passage d'une grâce infinie entre Kelly et Reynolds avec ce drapé de folie qui fait de cette scène un véritable joyau à l'éclat inégalé. 

 

En définitive, un spectacle grandiose, tout simplement beau, un regard cinéphilique et pointu, la narration d'une époque bénie où tout était encore à inventer, une comédie souvent très drôle, un condensé du style Kelly qui propose plusieurs mouvements remarquables, alliant force physique et grâce naturelle tout en montrant un visage radieux (avec des vêtements masquant les bleus aux chevilles et les pieds en sang des acteurs et des actrices). Bref, un spectacle total, vibrant, magique et qui vous remet d'aplomb immédiatement. Un classique parmi les classiques qui n'a pas usurpé sa réputation. 

 

Note : 10/10

Budget : 2 540 800 $

BO US : 12 360 000 $ soit l'équivalent d'un peu plus de 114 M$ en 2017 (5ème plus gros succès de l'année)

BO France : 1 866 822 spectateurs (53ème plus gros succès de l'année)

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