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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Spy (2015) de Paul Feig

Résumé : le super espion Bradley Fine est en mission afin d'empêcher un super méchant de détruire notre fabuleux Monde Libre avec des bombes super nucléaires. Sa mission accomplie tant bien que mal, il rentre au pays se faire débrieffer et il retrouve sa fidèle assistante Susan Cooper qui, bien évidemment, en pince pour lui. Ce n'est évidemment pas réciproque et quand cette dernière le comprend avec un cadeau décevant offert lors d'un petit dîner. Quant à Fine, il doit repartir en mission et se retrouve piéger par la fille du super terroriste. Fine exécuté en mission, Cooper se décide à prendre le relais, à se faire confiance et à renouer avec son entraînement initial sur le terrain. Une mission qui l'amènera à visiter Paris et Rome tout en faisant amie/amie avec celle qui se révèle être une adversaire redoutable. 

 

Critique : j'ai une bonne relation avec le cinéma comique US en dépit d'une tendance récente à laisser trop de places à l'improvisation, ce qui nuit véritablement à la mise en scène des films qui se résument bien trop souvent à une enfilade de champs/contre-champs, tournés avec deux caméras et montés n'importe comment en priant pour qu'au milieu des cinquante prises il y est une vanne valable. Ainsi, les dialogues sont moins ciselés, l'inventivité est moins présente, la subtilité est rangée au placard et le rire est variable. Au milieu de ce marasme, je trouve qu'il y a quand même quelques grandes stars du genre, aussi bien devant que derrière la caméra. Pour moi, des types comme Judd Apatow, Adam McKay ou encore Paul Feig sont les vrais maîtres du rire US, avec une vraie personnalité au niveau de la mise en scène et surtout des principes rigoureux alliés à une vraie écriture des personnages qui leur permet de sortir du tout-venant du genre. 

 

Paul Feig est en soi une petite anomalie. Déjà, il a une belle dégaine de dandy anglais (il dirige ses tournages en costume/cravate) et pourtant, il est né dans le Michigan. Après avoir tenté sa chance comme acteur, il est embauché comme scénariste sur la série "Freaks & geeks", création Judd Apatow au casting incroyable (Seth Rogen, James Franco, Jason Segel soit trois grosses stars actuelles de la comédie US mais on y retrouvera aussi le temps d'un ou plusieurs épisodes Lizzy Caplan, Jason Schwartzmann, Shia LaBeouf, Ben Foster et bien sûr Leslie Mann, future épouse de Apatow). La série ne durera qu'une saison mais Feig poursuivra sa carrière de réalisateur en signant quelques épisodes sur d'autres séries ("Arrested developement", "The office" ou encore "30 Rock", soit quelques uns des plus beaux fleurons du rire US à la télé) avant de se voir offrir sa grande chance sur grand écran avec "Mes meilleures amies", avec un scénario signé par Kristen Wiig, figure du "Saturday Night Live", et au casting féminin ravageur : Wiig bien sûr, Maya Rudolph (autre star du SNL), Rose Byrne (j'y reviendrai plus bas), Melissa McCarthy (star de la série "Mike and Molly", inédite en France) et Ellie Kamper (impayable standardiste de "The office"). Le film est un carton et Feig consacre McCarthy en star du genre avec "Les flingueuses" en 2013. Le voilà donc avec les mains libres et un beau budget pour mettre en scène ce qu'il sait inaccessible pour lui, un James Bond. Quand je vous dis que ce type est un Anglais dans l'âme !

 

Autour de McCarthy, il recrute essentiellement british avec Jason Statham (Feig adore ses films), Jude Law (qui rêvait sans doute lui aussi de faire des James Bond mais qui n'en fera jamais), Rose Byrne (qui impose également son mari, Bobby Cannavale, excellent acteur au demeurant et qui est plus connu pour ses rôles à la télé comme en antagoniste de Nucky Thompson dans la saison 3 de "Boardwalk Empire" ou bien comme producteur de rock déjanté dans l'éphémère "Vinyl") ou encore le 2nd rôle Peter Serafinowicz (impayable en dragueur italien lourdingue) et Miranda Hart (acolyte de McCarthy dans le film, à l'accent londonien très marqué et vraiment hilarante). Toute cette petite bande bien hétéroclite va quand même parvenir à donner le meilleur de soi-même au sein d'un film qui varie les tons, les univers et les références.

Ce que j'aime dans la comédie US, c'est la pertinence du point de vue. En effet, au lieu d'en faire une parodie cynique, Paul Feig choisit de faire une vraie pure comédie d'espionnage, mâtinée d'action. Plutôt que la condescendance, une certaine révérence dans laquelle transparaît son amour sincère du genre. On ne rit pas des personnages mais on rit avec eux. Et surtout, il laisse un peu moins de place à l'improvisation (tous ses acteurs ne sont pas des génies du genre) et on sent tout de même qu'il y a une bonne base de dialogues, avec une vraie attention apportée aux situations. Dès l'introduction, on est dans un Bond typique. Law est immédiatement crédible en espion dandy arrogant avant qu'un gros gag ne vienne enrayer la machine. S'ensuit alors une grosse scène d'action, avec moult ralentis, qui démontre un vrai savoir-faire de Feig dans le genre (ou bien une grosse application de la 2nde équipe, dirigée par J.J Perry et Garrett Warren, qui ont oeuvré sur de nombreux blockbusters des années 2000 et 2010). Vient ensuite le générique bondien qui conclut cet hommage.

 

La narration est bien sûre orientée vers la comédie, se servant d'un décorum et des codes du film d'espionnage, et son intrigue n'est pas d'une folle originalité, l'idée n'étant pas de révolutionner le genre. Au contraire, il se conforme à un classique du genre, à savoir trouver une bombe atomique au milieu de l'Europe. Au niveau des défauts, je dirai qu'il d'abord un certain côté brouillon à l'intrigue, avec des personnages qui ne sont pas assez exploités, le film se recentrant surtout autour de la confrontation entre le personnage de McCarthy et celui de Byrne. Les autres sont un peu trop délaissés et l'intrigue principale est parfois reléguée au 2nd plan (à moins qu'en fait, ce ne soit l'histoire d'espionnage qui soit un prétexte dès le départ). Ensuite, certaines scènes sont un peu longues, avec des gags en trop ou bien des répliques pas toujours pertinentes qui nuisent un peu au rythme de l'ensemble. Et puis il y a surtout le twist du dernier tiers, désormais un peu trop commun et qui est dit du "un personnage n'est pas mort tant qu'on ne l'a pas vu mourir à l'écran" (enfin que, parfois, même si c'est le cas, ce n'est pas forcément vrai non plus) et que l'on voit venir à des kilomètres. Là encore, on reste dans le pastiche et le fait d'être prévisible ne nuit pas fondamentalement au film, si ce n'est qu'il reste un peu trop attendu.

 

Le reste, c'est quand même une belle enfilade de gags parfois pas très finauds, des répliques bien senties, des numéros d'acteurs assez réjouissants et je dois dire que l'on rit assez souvent. Les canons du genre sont respectés, le timing comique est très bon et surtout, le film fait le bon choix en faisant de son personnage principal non pas une imbécile incompétente qui réussit sa mission malgré tout (un écueil trop récurrent et flemmard) mais bien une super-espionne, certes maladroite et pas toujours bien maligne, mais d'abord et avant une agent de terrain qui manque de confiance en soi, rabaissée et éclipsée par ses collègues masculins (propos féministe en soi) pourtant guère plus malins et brillants. La palme revient à Statham, qui roule des mécaniques et sort des répliques complètement improbables, toujours aussi à l'aise dans l'action mais au final assez ridicule et limite benêt. Et puis il y a Rose Byrne.

J'avais découvert l'actrice anglaise dans la série "Damages", dans un rôle autrement plus sérieux, avant que sa carrière n'emprunte plus régulièrement les chemins de la comédie à partir de "American trip" en 2010, dans son rôle d'ex de rock star un brin délurée. Depuis, son sens comique s'est imposé dans plusieurs comédies du genre et ses prestations sauvent souvent certains films de la médiocrité (comme par exemple dans "Nos pires voisins 2", où elle écrase sans forcer ses comparses, y compris un Seth Rogen plutôt moyen pour le coup). Ici, son visage imperturbable est parfait, tout comme son accent qui accompagne à merveille ses répliques cinglantes et vachardes. Et son duo du feu et de la glace avec McCarthy fonctionne toujours aussi bien. Bref, même si elle n'est pas la plus drôle du film, elle le sublime grâce à sa classe et son talent. 

 

Quant aux scènes d'action, elles se révèlent assez correctes, bien réalisées, bien chorégraphies, assez spectaculaires et mettant plutôt à l'honneur les interprètes et les cascadeurs. La fight dans la cuisine reste d'ailleurs un véritable morceau de bravoure épique du genre, à la fois burlesque, intense et spectaculaire. Grâce à cela, à des bonnes saillies verbales, quelques délires assumés et à une bonne dose de savoir-faire typiquement US, le film se suit avec plaisir jusqu'au bout.

Produit pour un budget plutôt raisonnable (pour s'y conformer, le film est majoritairement tourné en Hongrie, y compris pour les passages très clichés à Paris et à Rome, le reste du film se déroulant beaucoup à Budapest également). le film sera en plus un solide succès à sa sortie, confirmant la bonne réputation au box-office du duo Feig-McCarthy (qui en est à quatre films qui ont tous rapporté plus de 100 M$ au box-office dont le dernier opus, "SOS Fantômes", qui est considéré comme un semi-échec mais c'est une autre histoire). Il faut dire que pour sa sortie, la concurrence était forte avec la sortie de "San Andreas" le weekend précédent, celle de "Insidious 3" le même weekend et l'arrivée de "Jurassic World" le weekend suivant ! Oui, l'été 2015 était chaud mais "Spy" sera l'un des rares films originaux à finir en tête le weekend de sa sortie. Ce qui est franchement mérité pour cette bonne comédie US, assez fun et parfois jouissive.

 

Note : 8/10

Budget : 65 000 000 $

BO US : 110 825 712 $ (27ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 124 840 507 $ (33ème plus gros succès de l'année)

BO France : 784 346 spectateurs (62ème plus gros succès de l'année)

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