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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Adopte un veuf (2016) de François Desagnat

Résumé : récemment veuf, Hubert, médecin à la retraite, vit seul dans son grand appartement parisien. Déprimé, il n'a même pas le coeur à suivre son ami Samuel en vacances, lui qui veut absolument le recaser avec une jeunette le plus vite possible. Pensant faire appel à une femme de ménage pour l'aider dans sa vie quotidienne un peu morne, il finit par tomber sur la jeune Manuela, en galère de tout, et qui le supplie de l'héberger quelques semaines, le temps pour elle de remettre sa vie à l'endroit. Mais après une soirée un peu folle, le vieil homme se laisse convaincre de lancer une colocation plus grande. C'est ainsi que débute une vie à quatre, avec la très timide Marion et le très relou Paul-Gérard aka PG. 

 

Critique : la comédie française et moi, c'est une longue histoire de désamour. Depuis quelques années, c'est même devenu un sport national de taper dessus et il faut dire que, parfois, le genre se cherche et empile les erreurs de casting, les idées de départ foireuses, les figures éphémères du genre ou bien, à l'inverse, la mainmise de certaines stars déclinantes qui ne font plus rire. Bref, un véritable champ de ruines selon certains même si, paradoxalement, le genre demeure encore le plus gros pourvoyeur d'entrées du cinéma hexagonal. De mon côté, inutile de vous dire que j'en vois peu, voire très peu, et je sélectionne de manière drastique ce qui peut éventuellement m'intéresser. 

 

Il est d'autant plus étonnant que je me sois intéressé à ce film qui compile tout de même de nombreux défauts cités plus haut avec pour commencer son casting. On y trouve en effet deux stars montante venue de la scène (une mode importée des USA mais qui n'est pas forcément source de grands comédiens, les deux univers étant différents), une vieille star qui vient s'encanailler avec les jeunes, une fille de comédienne, cet attelage brinquebalant étant dirigé par un réalisateur à la carrière chaotique (deux gros cartons pour commencer suivi de deux bides) mais il y a tout de même un bon sujet de départ, qui sent encore bon le regard parisiano-bobo sur le monde, mais qui repose sur une vieille ficelle qui peut se révéler efficace avec une écriture correcte.

 

Mais  le film m'a surtout plu à force de voir la bande-annonce qui passait alors avant chacune de mes séances de l'époque précédant sa sortie. Alors ce n'était certes pas hilarant mais au moins, c'était drôle et jamais abêtissant, ce qui le distingue déjà de 90% de ses congénères. Et la dernière bonne impression que m'avait fait une bande-annonce d'une comédie française, c'était celle de "La loi de la jungle" d'Antonin Peretjatko et je ne m'étais pas trompé (le film a fait un bide en 2016 mais elle fut aussi la plus appréciée d'une bonne part de la critique et, personnellement, ce fut également une bonne partie de rigolade). Donc, à l'occasion de son passage sur le bouquet satellite, je me suis "Pourquoi pas ?". Et mon instinct avait bien raison.

Alors certes, le film m'a plus fait sourire que rire à gorges déployées, les scènes de pur délire étant rares voire absente du métrage, mais il y a une vraie qualité dans l'écriture, dans l'interprétation et même dans la mise en scène (si, si) qui en fait un produit décalé par rapport au reste de la production qui fait rudement plaisir à voir. Mais commençons tout de suite par parler des acteurs, une petite troupe de cinq comédiens complètement disparate, un peu à l'image du groupe de gens dans le film. Le duo André Dussolier-Bérengère Krief, c'est la bonne vieille formule de l'eau et du feu, une recette vieille comme le genre mais qui fonctionne à merveille, grâce au talent des comédiens. Lui, c'est une légende du cinéma français, une voix reconnaissable entre mille, une diction parfaite, un jeu sobre mais puissant, une justesse constante tout au long de sa carrière (sauf "Vidocq" peut-être mais vu que tout le monde joue mal dans ce film, ça s'est pas vu) bref, c'est une Rolls, à l'aise dans le drame et la comédie. Un talent hors norme bien utile dans le cas présent car son personnage passe parfois du grave à la bonhomie (ou l'inverse) en quelques lignes de dialogue. L'acteur offre ainsi une prestation majuscule, sans forcément donner l'impression de forcer son talent, mais éclaboussant le film de sa classe.

 

En face, il faut donc du répondant et Bérengère Krief a ce qu'il faut. Révélée en plan cul qui s'accroche tout de même au héros de la série "Bref", la comique a derrière elle un bon parcours sur les planches et son one-woman show a très vite acquis une bonne réputation en région parisienne. Le film peut se voir comme un véhicule commercial à son attention, ce qui est probablement vrai, mais encore faut-il assurer. Jouant un personnage exubérant qui a la tchatche chevillée au corps (symbole de la génération stand-up), elle fait planer sur le film une folie douce qui irrigue chaque plan, ne refusant jamais les scènes un peu plus grave et elle joue avec beaucoup de naturel, ne forçant jamais ses phrases. Bref, une belle performance.

Autour, on retrouve donc l'autre star de la scène, le plus méconnu Arnaud Ducret, qui écume les plateaux depuis plusieurs années, qui a monté lui aussi son spectacle, et qui hérite du rôle difficile du relou de service. Blindé de tics agaçants (la façon dont il remet ses lunettes, sa naïveté désarmante, son régime sans gluten, son côté égoïste, son mariage qui foire), le type apparaît au final comme assez sympathique et parfois touchant. L'acteur joue là encore avec beaucoup de naturel. A ses côtés, on retrouve Julie Piaton, l'une des révélations de "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?". Fille de Charotte de Turckheim (elle a souvent jouée aux côtés de maman d'ailleurs au début), la jeune fille apporte beaucoup de fraîcheur et un charme discret, avec un rôle d'abord assez effacé qui finit par gagner en volume au fur et à mesure du film. Le duo qu'elle forme avec le jeune patient en attente de greffe (là encore, très belle écriture du personnage et excellent jeu du comédien) est particulièrement efficace et participe grandement à la réussite globale du film. 

 

Enfin, le 5ème larron, plus effacé dans la narration, est campé par Nicolas Marié. Alors son nom ne vous dit peut-être rien mais le lascar écume les plateaux depuis près d'un quart de siècle, avec là aussi une voix, un ton bien particulier (on l'a vu dans la plupart des films d'Albert Dupontel, dans "99 francs", dans pléthore de séries et de téléfilms, dans des polars, des comédies bref, il sait tout faire). Son personnage de vieux lubrique qui ne pense qu'à encanailler son pote est excellent et si les scènes dans lesquels il apparaît sont rares, c'est parce que son personnage évolue peu et que sa présence trop fréquente aurait alourdi le film. Reste que chacunes de ses apparitions sont magiques !

 

On croise aussi quelques bons 2nds rôles comme Blanche Gardin (issue du Jamel Comedy Club, on la croise aussi dans l'excellente série comique "Workingirls") ou bien ce brave Vincent Desagnat, frère du réalisateur (j'y reviendrai plus bas). Mais le tout fonctionne sans faute de goût, chacun apportant sa touche et participant à la réussite du film.

L'écriture est donc à féliciter car le propos n'est jamais abêtissant, convenu, maladroit ou encore moralisateur. C'est une pure comédie de situation à l'américaine, avec des gags, des quiproquos, des répliques qui fusent, un rythme soutenu, une dimension tragique qui ne prend jamais le pas sur le reste. Les personnages évoluent, alors certes de manière conventionnelle, mais cette logique que d'aucun pourrait trouver prévisible et dommageable, ne nuit pas au propos du film ou bien encore à sa qualité. Au contraire, je trouve ça presque rafraîchissant, à l'heure où il faut soit être lisse et consensuel ou bien multiplier les twists, quitte à perdre le fil de la narration. On a pas l'impression qu'il y a beaucoup d'improvisation, le texte est dit avec beaucoup de naturel, on sent que le tout a été bien bossé par les scénaristes bref, c'est de la bonne qualité à ce niveau là. Et puis surtout, il y a la réussite de la mise en scène, très rare dans le genre. Bon, on retrouve aussi certains tics d'écriture un peu agaçants, c'est parisiano centré mais le propos reste universel et plutôt pertinent, avec une vraie profondeur.

 

Car oui, le plus souvent, les comédies françaises (mais aussi beaucoup de comédies US) sont platement mise en scène, se distinguant à peine des séries TV ou des téléfilms, et l'on se demande bien pourquoi ça sort en salles du coup. Là, les plans ont du sens. Il y a tout d'abord cette visite en plan-séquence de l'appartement ou bien encore cette de repas qui commence avec un plan d'ensemble avec tout le monde attablé avant que la scène ne se termine avec André Dussolier seul, avec la même valeur de plan qu'au début de la scène ou bien encore ce joli plan, assez pudique, de son personnage qui vient consoler celui de Julie Piaton. Bref, régulièrement, je me suis dit que c'était quand même du beau travail, avec de belles lumières, des décors bien exploités et surtout, le film évite l'ennui en dépit du fait qu'on reste beaucoup dans l'appartement. Le montage est rythmé, avec un bon sens du timing comique, des running gags bien placés et qui ne garde que l'essentiel. Une bien belle réussite signée par un cinéaste qui avait commencé sa carrière en filmant les délires de son frère et de son pote Mickael Youn dans "La beuze" et "Les 11 commandements" ! 

 

Le film récoltera un joli succès à sa sortie, pourtant coincé au milieu d'un calendrier chargé ("Les visiteurs 3" et "Le Livre de la jungle" étaient sortit avant, il affrontera "Le chasseur et le Reine des Neiges" et "Les malheurs de Sophie" le jour de sa sortie avant de se coltiner "Captain America : Civil War" le mercredi suivant). Il démarrera tout de même à la 2ème place et poursuivra une belle mais courte carrière, lui permettant de franchir le cap du million de spectateurs et de s'afficher comme une belle réussite du genre. Et franchement, ça fait d'autant plus de bien quand c'est mérité !

 

Note : 8/10

Budget : 5 620 000 €

BO France : 1 089 748 spectateurs (49ème plus gros succès de l'année)

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