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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Bad Moms (2016) de Jon Lucas et Scott Moore

Résumé : depuis ses 20 ans, Amy Mitchell passe sa vie à courir. Elle passe ainsi de sa maison à l'école puis son travail puis le supermarché puis à nouveau l'école avant de revenir à la maison et de retourner à l'école. Bref, elle a l'impression de passer à côté de sa vie afin de se conformer aux diktats de la mère parfaite. Mais peu à peu, elle craque : son patron l'insupporte de plus en plus, elle se rend compte que sa fille de 12 ans est stressée à cause de son avenir, son ami se masturbe devant une fille en webcam et l'association des parents d'élèves ressemble de plus en plus à une dictature. Trop, c'est trop. Avec deux autres mères, elle décide de rentrer en résistance et de s'affranchir des carcans de la mère modèle... quitte à casser quelques conventions.

 

Critique : j'avais déjà beaucoup apprécié le film précédent de ce duo de réalisateurs qui signaient avec "21 & over" un teen movie au postulat classique mais proposant un développement plutôt intéressant, posant un regard bien tranché sur une certaine frange de la jeunesse américaine. C'est en m'intéressant aux projets à venir du studio STX Entertainment que j'ai retrouvé la trace de ce duo qui se retrouvait alors à la tête de cette comédie comptant au casting une tripotée d'actrices talentueuses : Mila Kunis, Kristen Bell (inoubliable "Veronica Mars"), Christina Applegate et surtout Kathryn Hahn, une comédienne spécialisée dans la comédie et dont vous avez croisé la figure dans, au bas mot, une bonne vingtaine de comédies ("Les Miller, une famille en herbe", "Frangins malgré eux", "C'est ici qu'on se quitte", "The Dictator", "7 ans de séduction", les séries "Girls", "Parks and recreation" et bien d'autres). Surtout, son postulat de base était propice à un bon gros délire made in USA... à condition d'être conscient du fait que ce genre de comédie a ses propres limites. C'est d'ailleurs un article de Slate qui m'a donné envie de parler de ce film et plus généralement, d'une certaine frange de la comédie US et de la façon dont on l'appréhende en France.

L'article en question pointait du doigt (un doigt accusateur, cela va sans dire) le fait que le film était bien trop sage et bien trop moralisateur, à l'instar de "En cloque, mode d'emploi". Pour moi, le film de Judd Apatow est un chef d'oeuvre, tout genre confondu, une comédie à l'écriture fine, brossant le portrait de personnages attachants, avec une mise en scène incroyable, un humour réjouissant, des acteurs au top bref, un film comme le cinéma français ne saura jamais complètement faire. Et si certains pointent du doigt le fait que le film est moralisateur envers les futures mamans ou bien qu'il se révèle frileux en brossant le portrait de gens à la marge qui vont finir par rentrer dans le rang, je les renvoie vers une réponse formulée par Appatow lui-même : si à la fin du film les personnages, semblent rentrés dans le rang, il n'est pas forcément écrit qu'il y resteront ou que tous leurs problèmes sont pour autant réglés. C'est aussi à nous, spectateurs, de continuer à les faire vivre et imaginer la suite de leur parcours. De plus, la comédie US a toujours eu pour thème central le passage de l'adolescence à l'âge adulte, ce moment où l'on siffle la fin de la récré et que l'on embrasse le monde plus sérieusement. 

 

"Bad moms" ne déroge pas à cette règle, proposant certes quelques scènes bien délirantes et faisant fi à la fois des conventions du monde des adultes et des responsabilités, mais il est loin d'être figé et rigide dans sa morale. De mon côté, je trouve cette réflexion un peu absurde car j'aurai du mal à cautionner un film qui dit, en substance, qu'être une mauvaise mère qui délaisse ses enfants pour taquiner la boisson avec ses copines est un modèle éducatif qui devrait un peu plus suivi de par le monde. Et de plus, il est délicat de distinguer le point de vue des auteurs au sein d'un film qui est, pas essence, le résultat d'un travail collectif et de la vision de plusieurs personnes (le réalisateur, le(s) scénariste(s), les producteurs, les acteurs qui défendent leur personnage). La vision globale est parfois déformée et je pense que les auteurs expriment leur point de vue sur la question à travers plusieurs personnages différents, faisant exister tant bien que mal leur avis au milieu des impératifs fixés par les exécutifs du studio (qui ont souvent une vision plus étroite, plus moralisatrice envers le public).

Au contraire, je trouve que le film participe à sa façon à la prise de parole d'une certaine génération de parents, fatigués par un rythme de vie effréné, enfermés qu'ils sont par les carcans d'un modèle sociétal à bout de souffle. Ainsi, l'héroïne a l'impression de passer à côté de sa vie entre une vie de famille éreintante, un travail trop prenant et une multiplication invraisemblable des activités extra-scolaires. Une charge acide envers le modèle WASP qui a d'abord trouvé sa source sur le net, avec les nombreux blogs tenus par ses fameuses "bad moms" et qui ont sans doute donné l'idée à des producteurs opportunistes de surfer sur le phénomène.

 

Le film dresse en creux le portrait de plusieurs mères de famille et s'il ne rend pas compte de toute la diversité des modèles familiaux (ce qui a sans doute déplu à Slate aussi), il y fait référence à travers un dialogue hilarant dans lequel les personnages campés par Hahn et Bell énumèrent à Amy (Mila Kunis) les différents "clans" de mamans attachés à la cause de son "ennemie" (campée par Christina Applegate). Ensuite, soyons réaliste, le personnage campé par Hahn est le prototype de la mère indigne, attachante certes, mais juste impossible à revendiquer comme modèle. Et son évolution finale est certes frustrante pour quiconque aurait rêvé de voir le film centré autour de ce personnage (qui fonctionne mieux selon comme personnage secondaire au sein de la narration), je tiens à rappeler les propos de Apatow plus haut : ce n'est pas parce que le personnage est ainsi à la fin du film qu'il le restera toute sa vie. Et le changement, l'évolution, fait partie intégrante de la narration. Quel intérêt de raconter la vie d'un personnage qui ne change pas d'un bout à l'autre du film ? Et puis je trouve un peu dur l'avis de la journaliste qui dit que chacun réintègre ses pénates sereinement à la fin. Amy a connu une vraie amélioration dans sa vie et Kiki (Kristen Bell, exquise de bout en bout) a vécu une véritable révolution ! Sans être hyper féministe (je doute que le film passe avec succès le test de Beschdel qui est d'ailleurs à mon sens un mauvais test mais je pense que je reviendrais dessus à l'occasion d'un article plus détaillé), le film propose le portrait de six personnages féminins, six femmes très différentes, forcément traitées de manière inégale, mais qui existent d'abord et avant tout par elles-mêmes à l'écran.

 

D'ailleurs, et je trouve que c'est un comble, l'article de Slate déplorait le fait que les hommes soient les grands absents du film ou bien qu'ils soient dépeint de manière assez peu glorieuse (débile immature, veuf sexy qui fait figure d'objet sexuel, ado pas bien malin, pères absents ou bien mari macho). Mais bon, il faut savoir ce que l'on veut au final car si c'est pour ensuite reprocher au film d'avoir des personnages masculins trop envahissants dans un film intitulé "Bad moms" ! 

Afin de contenter tout le monde, voilà la liste des ingrédients à ne pas utiliser pour faire un gâteau. Vous êtes prêts, pâtissez !

 

Quant à sa vision de la mère de famille, le film propose une vraie piste de réflexion, une piste progressiste qui consiste à laisser plus de responsabilités aux enfants, de moins les materner tandis qu'il faut aussi relâcher la pression (la fille de 12 ans de l'héroïne stresse déjà pour son entrée à l'Université, avec des choix anodins qui conditionneraient sa vie future). Quant aux passages montrant la parole libérée de ses femmes qui revendiquent désormais leurs failles (toujours compensés par d'autres célébrant leurs qualités d'amour infini envers leur progéniture), ils sont assez réjouissants et sentent le vécu. Le phénomène des bad moms a pris tellement d'ampleur qu'il a fini par devenir aussi moralisateur que celui des "mères parfaites", les manquements à la règle devenant aussi chiants à entendre que le respect de ses dernières. En fait, je pense que, comme toujours, l'idéal se situe en juste milieu mais dans notre monde tellement attiré par une définition claire des choses et le bi-partisme, c'est difficile à faire entendre.

 

Mais revenons un peu au film en lui-même. Les gags proposés sont plutôt réjouissants, certains délires sont bien trouvés et bien illustrés (ah, ce passage au supermarché sur fond de "I don't care" scandé par Icona Pop, la soirée entre parents d'élèves qui vire à l'orgie estudiantine), les gags font souvent mouche, les répliques fusent et les acteurs sont convaincants (toutes les actrices sont des vraies mères dans la vie et la séquence avant la générique résume parfaitement l'essence du projet, avec quelques anecdotes vraiment surprenantes), les personnages sont bien dessinés, le ton est parfois assez irrévérencieux et dresse en creux le portrait d'une nouvelle génération (celle de la boîte de Amy) qui fait bien peur à voir (et pour côtoyer certains jeunes gens à mon travail, ils sont parfois vraiment comme ça) mais la réalisation reste un peu trop générique, voire parfois effacée derrière soit une avalanche d'effets, soit une platitude de mise en scène de type télévisuelle. 

 

Au final, je dirais que ce film est amusant, propose un bon point de vue sur le sujet qui ne surprendra guère ceux et celles qui lisent la multitude de blogs qui traitent du sujet, c'est une bonne comédie qui détend, qui ne fait pas toujours preuve d'audace certes mais qui parle avec une certaine authenticité tout en restant une pure fiction (les ficelles d'écriture sont un peu grosses et on nage parfois en plein rêve). Reste une vision assez acide de la société US contemporaine, avec des personnages féminins forts.

 

Le film sera un gros succès à sa sortie à l'été 2016 aux USA, malgré une concurrence féroce. Il deviendra le 1er film estampillé STX Entertainment (jeune studio qui entend proposer un cinéma différent et plus adulte) qui devrait engendrer un spin-off ("Bad dads", prévu pour juillet 2017 même si j'ai un gros doute vu qu'il n'y a encore ni casting ni réalisateur) et une suite ("Bad mom's Christmas", programmée pour novembre 2017 aussi). Et comme ça, on verra si tout est vraiment rentrer dans l'ordre pour nos mères gentiment délurées.

 

Note : 7/10

Budget : 20 000 000 $

BO US : 113 257 297 $ (25ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 70 678 777 $

BO France : 341 379 spectateurs (134ème plus gros succès de l'année)

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