Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

SODA (1987-prochainement) de Philippe Tome et plusieurs dessinateurs

Résumé : "On m'appelle SODA, mais mon vrai nom, c'est Solomon. David Elliot Hanneth Solomon. Si elle savait, ma mère vous dirait sans doute que je suis policier, mais à New York, il n'y a pas de policiers, juste des flics. De toute façon, elle ne sait pas, ça l'inquiéterait, elle m'a toujours cru pasteur... Depuis l'an dernier, elle habite avec moi ; elle ne sort jamais et ne lit pas les journaux qui sont pleins de violence. C'est pas plus mal : les types que j'arrête sont parfois un peu morts..." (Texte du 4ème de couverture de chaque tome de la série)

 

Critique : à l'époque où l'on m'a fait découvrir la BD, j'avais un peu de mal à trouver de nouvelles séries emballantes et c'est donc avec une saine curiosité que j'ai ouvert le 4ème tome des aventures de Soda sur les conseils d'une de mes cousines. Un étonnement tout d'abord que de retrouver ce graphisme semi-réaliste fortement inspiré par celui de Janry dans les "Spirou et Fantasio" dont il s'occupait alors avec Tome au scénario. Ce 4ème tome portait un titre magnifique, "Dieu est mort ce soir", avec une couverture qui donnait le ton et promettait un chouette spectacle. Je suis donc sous le charme du dessin, un peu déstabilisant car d'abord réservé à des histoires qui s'adresse plus à des enfants qu'à des ados. Ensuite, il y a le scénario, assez sombre et réaliste, là encore très éloigné dans le ton de ce qui pouvait se faire habituellement pour le jeune public. Et puis, en apothéose, il y a le monologue final en voix off qui reprend la phrase d'accroche "Dieu est mort ce soir" et la décline durant plusieurs cases en forme de conclusion, liant toutes les histoires entre elles. A la fin de l'album, je suis conquis et je me met en quête de trouver les autres tomes de cette série dans la bibliothèque dans la ville où je réside à l'époque (et je crois que c'était Decize, je ne souviens plus trop de l'année de ma découverte de SODA).

SODA (1987-prochainement) de Philippe Tome et plusieurs dessinateurs

Très vite, je retrouve tous les autres tomes et ma fascination se transforme en adoration. Pourtant, je dois dire que je suis assez récalcitrant à lire les deux premiers épisodes car je ne suis pas trop fan du graphisme. Car oui, si Bruno Gazzotti signe le fameux épisode 4, ce n'est pas lui qui a crée la série (bien que ce soit lui qui l'est vraiment installé d'un point de vue graphique).

Une planche du tome 1 de SODA, sous le crayon de Luc Warnant.

En effet, quand Philippe Tome se lance dans cette aventure, il écrit son scénario pour un autre dessinateur, alors débutant : Luc Warnant. La pré-publication des aventures de ce nouveau héros, avec "Un ange trépasse", débute dans le journal de Spirou en avril 1986 avant de débarquer au format album en octobre de la même année. Le 2ème épisode, "Lettres à Satan", débarque plus d'un an après et on peut déjà dire qu'il se révèle très différent du 1er. Dès le début, Tome a l'intention de ne pas installer sa série dans une routine, et si l'univers dépeint varie peu (tendance sombre, cynisme, regard acide sur notre monde moderne, exploration des bas-fonds new-yorkais et de l'âme humaine), on ressent bien l'envie de ne pas répéter des schémas narratifs pré-mâchés.

 

Toutefois, Luc Warnant jette l'éponge au milieu de la réalisation de la 11ème planche du 3ème volet, "Tu ne buteras point". Désireux de vivre de la bande dessinée depuis sa plus tendre enfance, le dessinateur ne parvient pas à s'épanouir dans ce métier, travaillant trop dur à son goût. Il préfère alors partir vers d'autres horizons. Toutefois, Philippe Tome a toujours envie de faire vivre son héros et son choix se porte alors sur un autre jeune dessinateur qui travaille en tandem avec son complice Janry sur "Spirou et Fantasio" d'une part (il s'occupe des décors) et qui file également un coup de main sur les aventures du Petit Spirou que le duo venait alors de créer. Bruno Gazzotti, belge comme ses compères, accepte volontiers de prendre la suite et commence son aventure avec Soda à la 12ème planche. L'album débarquera en 1990 et la production des tomes suivants suivra un bon rythme tandis que le style Gazzotti finit par se démarquer petit à petit de celui de son maître Janry.

Le dessinateur se distingue par ses cadrages dynamiques, des décors fourmillant de détails, un sens du mouvement assez impressionnant sans oublier une représentation de New York assez prégnante s'appuyant sur une solide documentation composée de milliers de photos provenant de divers séjours. Le choc du 11 septembre sera rude pour les deux hommes qui tenteront de dépeindre les aventures de leur héros en prenant en compte cet événement à l'impact planétaire.

 

L'art du découpage et du détail de Gazzotti.

D'ailleurs, Philippe Tome commence à prendre de plus en plus de temps pour rédiger ses scénarios, l'exigence des lecteurs étant grande, tout comme sa volonté de ne pas installer la série dans une certaine routine. C'est ainsi qu'en 2005, après le 12ème tome "Code Apocalypse", il se retrouve sans scénario à dessiner. Et déjà, il avait dû patienter plus de 3 ans entre le 10ème et le 11ème tome. C'est alors que Fabien Velhmann se présente à lui pour une collaboration sur un autre projet à savoir "Seuls". Cette série gagnant peu à peu un très large lectorat (jusqu'à devenir un des plus grands best-seller de Dupuis et de se voir adapté en film récemment), Gazzotti a de moins en moins de temps à consacrer à Soda. Quand, enfin, Tome lui présente un scénario, le dessinateur  s'avoue assez peu emballé par le projet, la thématique de ce diptyque ne lui donnant pas envie de s'y pencher. Il déclare néanmoins rester le dessinateur titulaire de la série.

Pour autant, Tome doit trouver un remplaçant et son choix se porte à nouveau sur un jeune auteur, à savoir Dan Verlinden. Là encore, il s'agit d'un belge qui, là encore, a travaillé comme assistant de Janry sur plusieurs tomes du Petit Spirou. Il signe donc le dessin du 13ème tome "Résurrection", qui paraît donc en 2013. A noter qu'à ce jour, Tome en est encore à l'écriture de la 2ème partie de ce diptyque, et qu'il faudra donc prendre son mal en patience avant de le voir débarquer dans les pages de Spirou pour sa pré-publication. De mon côté, étant depuis peu abonné à ce journal, je trépigne d'impatience à l'idée de découvrir la suite des aventures de Soda. 

Il faut dire que cette série m'a offert de très nombreux grands moments de lecture, la collaboration entre Gazzotti et Tome restant comme un sommet du genre. Difficile en effet pour moi de ne pas oublier certains passages de la série comme cet enchaînement muet de presque 30 cases dans "Fureur chez les saints" ou bien mon émotion à la fin de la séquence d'ouverture de "Lève toi et meurs" (là encore, un titre génial). Je ne compte plus les heures passées à me délecter des décors fouillés de Gazzotti, celles passées à décrypter son trait, sa façon de rendre le mouvement, les plis des vêtements, son style unique de dessiner la poussière ou la pluie, de rendre vivant certains détails anodins ou encore à retrouver le chiffre "13" dans chaque planche du tome 10 "Dieu seul le sait".

La superbe planche d'intro du tome 12, le dernier signé Gazzotti à ce jour.

Quant aux scénarios de Tome, quel plaisir de lecture ! Une langue magnifique, des dialogues brillants, des punchlines en pagaille, des intrigues toujours bien ficelées, toujours étonnantes et surtout une galerie de personnages incroyable ! Faisant fi des clichés, creusant ses personnages, arrivant toujours à faire surgir l'humour au milieu de situations complexes, l'auteur a également crée de nombreux tueurs professionnels marquant : le tueur à l'ampoule électrique du tome 5 "Confession express", le tueur à gages dans "Dieu est mort ce soir", la galerie de tueurs tous plus déjantés et originaux dans "Tuez en paix" ou bien encore le passé mystérieux de son héros, jamais vraiment exploré (si ce n'est dans "Lettres à Satan" et surtout dans "Et délivre-nous du mal") et surtout comportant encore quelques belles zones d'ombre.

L'auteur s'est toutefois attiré les foudres de certains fans avec son 13ème tome, donnant son avis de manière un peu trop limpide sur sa vision du 11-septembre et troussant une intrigue qui se révèle certes dans la continuité des deux tomes précédents, mais qui finit par éloigner notre cher lieutenant de ses aventures du début. Pour ma part, je trouve que si on ne retrouve pas toujours le charme d'avant, on reste quand même dans de la BD franco-belge de haut niveau, avec un ton toujours aussi unique et une capacité étonnante à surprendre le lecteur, à le déstabiliser. Ce n'est pas toujours facile et l'attente est souvent payante. Bref, j'ai hâte de lire la suite des aventures de SODA.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article