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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Diên Biên Phù (1992) de Pierre Schoendoerffer

Résumé : fin mars 1954, les troupes vietminh encerclent la position de Diên Biên Phù, en Indochine. Sur place, à Hanoï, un journaliste américain d'origine britannique mais parlant français vient rendre visite à son ami, le capitaine de Kergueven qui accompagne sa cousine violoniste qui doit se produire prochainement devant un parterre de bourgeois locaux et coloniaux. Les premières positions défensives françaises commencent à tomber et le brave capitaine décide d'aller porter secours à ses camarades. Pour l'honneur de la Légion plus que pour la patrie ou bien pour sauver l'Indochine. Les combats font rage et l'état-major français étale une fois de plus son incroyable incompétence, en dépit du courage insensé de ses troupes.

Critique : ce film est l'occasion pour moi de parler du point de vue d'un réalisateur, de ses intentions, ce qui permet au final de juger la qualité intrinsèque d'un film. En effet, un film réussi est un film dans lequel le réalisateur parvient à donner corps à sa vision, en utilisant au mieux ses moyens techniques et humains tandis que l'on pourrait dire qu'un film raté est celui dans lequel les intentions de départs sont trahies ou bien incomplètes. C'est ce qui ressort principalement des blockbusters modernes qui ont des ambitions affichées largement vendues dans la presse ou bien via les différentes visuels servant à assurer la promotion. Ces intentions sont souvent perverties et faussées par le concept de fabrication d'un film à Hollywood actuellement, ce qui aboutit à des résultats décevants. Bien sûr, il existe aussi d'autres critères pour définir ce qu'est un bon ou un mauvais film, des avis techniques ou bien liés à quelques ressentis. Ce qui m’intéresse ici, c'est le concept du film de guerre et la façon de l'aborder.

Le film de guerre ne doit pas obligatoirement représenter les combats et l'histoire du genre regorge de films ayant évité cet écueil. Bien sûr, on attend d'un film de guerre qu'il soit spectaculaire ou bien qu'il représente la guerre, cette abomination humaine, sous un genre peu flatteur. Et si Steven Spielberg a déclaré que tout film de guerre est anti-militariste, une affirmation avec laquelle je ne suis pas trop d'accord vu que certains films glorifient certains actes ou bien se montrent moins regardant sur la morale, éclipsant certains faits qui pourraient entacher leur point de vue. Et puis, le film de guerre cristallise aussi les différentes positions de chaque spectateur, un même film pouvant être perçu différemment, certaines scènes pouvant choqués ou non, bref, ça reste un film ouvert au regard subjectif de chacun. Et du coup, vient la question de savoir ce qu'a voulu faire Pierre Schoendoerffer avec la reconstitution de cette célèbre bataille qui marqua le début de la fin de l'époque coloniale française. Le réalisateur était en effet cameraman à cette époque et il couvrit le siège de Diên Biên Phù. Son ambition est de reconstituer, à partir de ses souvenirs mais aussi de bases documentaires solides, le désastre qui aboutit au retrait français de l'Indochine, futur Viêt-Nâm.

A dire vrai, peu de films français couvrent cette période de notre histoire contrairement au cinéma US par exemple qui a signé de nombreux films sur la guerre au Viêt-Nâm peu de temps après la fin du conflit. Cela vient aussi d'une différence de cultures entre nos pays, l'histoire américaine se basant plus sur les films et plus largement les symboles pour raconter son histoire. Il y eut tout de même quelques films sur le sujet avant celui-ci, dont certains déjà signés par Schoendoerffer comme "La 317ème section", mais qui restent largement méconnus. Il y a quelque temps, j'ai vu le très rare "Patrouille de choc" de Claude Bernard-Aubert (un réalisateur à la trajectoire intéressante, qui signait là son 1er film, qui signera plus tard "L'affaire Dominici" avec Jean Gabin avant de finir sa carrière en réalisant des pornos à la fin des 70's et une partie des 80's sous le pseudo de Burd Tranbaree), un film complètement oublié (11 notes sur Imdb dont la mienne, c'est dire...) et qui est sortit en 1957 soit trois ans après le retrait de la France. Ce film dépeignait le quotidien d'une garnison en poste dans un fort isolé qui tentait de mener cette guerre coloniale en formant des troupes locales pour traquer et neutraliser les troupes rebelles. La patrouille sera plus tard décimée, le fort finira par être assiégé et la garnison sur place, massacrée, les survivants se lançant dans un ultime assaut qui m'a rappelé une des cases de "Camerone", épisode de la bande dessinée MacCoy qui a bercé mes lectures de jeunesse. Camerone n'est pas une référence innocente puisque ce fait d'armes constitue une des bases de la légende de la Légion Etrangère, qui a combattu en Indochine et plus particulièrement à Diên Biên Phù puisque c'est le 13ème Régiment qui était en poste à ce moment-là et que la date anniversaire de Camerone, le 30 avril, fut célébrée durant la bataille. Le film de Bernard-Aubert proposait une lecture intéressante du conflit, narrant l'échec français (le colonel du fort n'a pas le soutien de son état-major et se trouve complètement dépourvu en territoire hostile) tout en représentant le conflit et le courage des soldats français, englués dans une guerre sans espoir et voué à un sacrifice inutile.

Autant le dire tout de suite, le film de Pierre Schoendoerffer ne montre guère les combats, pour ainsi dire pas du tout même, se concentrant sur le récit en voix-off du quotidien des soldats ainsi que quelques scènes dans les états-majors de Hanoï, ceux qui transmettent des ordres reçus d'en haut par des stratèges qui brillent par leur absence. Le film glorifie bien le courage de ces hommes (et ces quelques femmes) dans des conditions défavorables (pluie battante, manque de moyens matériels, ordres idiots, conditions sanitaires déplorables) mais c'est aussi un récit ennuyeux et parfois répétitif de ce calvaire. Les exploits des hommes du lieutenant-colonel Bigeard, qui mène presque seul la résistance française, ne sont pas montrés et le réalisateur s'attarde sur des plans magnifiquement photographiés à montrer des ombres déambulant au milieu d'un semblant de base militaire avec en fond sonore les bruits des bombardements incessants des forces viet-minhs. Alors certes, plastiquement, le film est beau, magnifique, comptant de nombreux plans sublimes et bien significatifs mais il souffre aussi de cette représentation presque abstraite et anti-spectaculaire de la guerre. Est-elle plus juste et conforme à la réalité ? Sans doute mais je ne peux en juger. Est-elle cinématographique ? Indéniablement, oui, il y a du sens dans les plans et, même si je regrette ces travellings parfaits qui nuisent un peu au style documentaire du récit, ça reste très intéressant. Seulement voilà, le film est aussi plombé narrativement et provoque parfois un ennui poli.

 

Les personnages nous sont présentés succinctement et très vite, on entend parler de choses dont on ne saisit pas tous les tenants et les aboutissants. Comme le journaliste campé par Donald Pleasance (qui s'exprime assez bien en français mais ça nuit aussi à sa prestation d'ensemble car il se concentre plus sur son articulation que son jeu), nous voilà bombardés d'infos et on a du mal à vraiment s'immerger surtout que, à l'instar d'une mise en scène au rythme très lent, les acteurs manquent singulièrement de punch ! Difficile en effet de s'attacher à des personnages incarnés sans souffle ni passion, déclamant d'un ton presque monocorde des répliques pourtant très cinglantes et très significatives. On retrouve pourtant quelques noms connus voire réputés de la scène française comme Maxime Leroux, Patrick Chauvel, Raoul Billerey, Jean-François Balmer ou encore Ludmila Mickaël mais ils sont trop figés, trop peu charismatiques pour qu'on se passionne pour leur destin, la palme revenant à Patrick Catalifo, insipide en capitaine courage. Le ton trop solennel du film, un choix évident du metteur en scène, finit par nuire à l'ensemble qui s'enferme dans une représentation sage et une reconstitution certes ponctuée de plans spectaculaires ou bien iconiques mais ça reste un peu maigre au final. Pourtant, le récit ne souffre pas d'erreurs historiques majeures, y compris dans sa reconstitution voulu la plus fidèle possible et le réalisateur fait également le bon choix en ne montrant presque jamais les adversaires viet-minhs, renforçant ainsi le côté insidieux et insaisissable de la menace, et si le tout ne constitue pas vraiment un mauvais film, ça n'en fait pas un grand film pour autant.

Ça reste pourtant une tentative louable et intègre de représenter le conflit, un conflit à l'issue amère et douloureuse qui anticipe la défaite française en Algérie huit ans après Diên Biên Phù. C'est aussi l'occasion de parler du destin tragique des hommes capturés à l'issue de la bataille, les volontaires indochinois combattant auprès des Français étant sans doute déportés et exécutés loin des regards des français tandis que les 7 000 militaires français seront conduits à 700 km de là, à marche forcée, vers des camps de redressement. Un calvaire dont très peu reviendront puisque les trois-quarts d'entre eux mourront en route, exécutés sur le chemin par leurs geôliers, succombant à leurs blessures (les blessés les plus graves ont été remis à la Croix-Rouge mais d'autres, "choisis" par les rebelles viet-minhs, seront du voyage) ou bien à la malnutrition, aux maladies tropicales et autres joyeusetés, le tout dans l'indifférence totale d'un pays qui n'a pas grand chose à faire d'eux. Un sujet qui pourrait largement faire l'objet d'un autre film, une suite à celui-là.

Reste enfin la question de la légitimité du conflit, une question qui agite toujours les débats et plus particulièrement les critiques bobs de Télérama ou bien des Inrockuptibles. Visiblement, ce genre de débat n'agite pas Schoendoerffer et du coup, ce n'est pas un point faible du film. Il regrette cette fracture avec le peuple viet, il regrette sincèrement la défaite et le départ honteux de ce pays et il donne, au détour de quelques répliques, son sentiment sur la question mais sans s'appesantir. Cette défaite est une cicatrice dans son cœur et ça reste indéniablement une grosse tâche dans notre Histoire mais c'est aussi la conséquence de la gestion indigne d'un état-major dirigé par des incompétents qui n'ont jamais pris les bonnes décisions. Et comme le futur le prouvera, aucune réelle leçon ne sera tirée de cet échec. C'est surtout ça, qui reste encore aujourd'hui, le plus grave.

Note : 7/10

BO France : 915 807 spectateurs (32ème plus gros succès de l'année)

A noter également la magnifique partition signée Georges Delerue !

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