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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Préjudice extrême (1987) de Walter Hill

Résumé : Jack est Texas Ranger et il officie sur la frontière entre les USA et le Mexique. Depuis quelques années, sa paisible bourgade est devenue la plaque tournante d'un immense trafic de drogue à la tête duquel se trouve son ami d'enfance, Cash Bailey. Après une intervention ayant coûté la vie à un fermier qui se fait dealer afin de boucler ses fins de mois, Jack rentre chez lui retrouver sa fiancée, Sarita, une chanteuse de bar qui est aussi une ancienne maîtresse de Cash. Jack ressasse tout ça et sa volonté d'arrêter Cash se fait de plus en plus obsédante. Pendant ce temps, un groupe d'anciens militaires déclarés mort au combat arrivent en ville, placés sous l'autorité du Major Hackett. Agissant pour le compte du gouvernement, ces derniers ambitionnent de braquer une banque qui abrite les fonds et quelques dossiers compromettants de Cash. Mais le fait d'avoir un ennemi commun ne fait pas pour autant d'eux des partenaires.

Critique : je me souviens bien du moment où j'ai découvert ce film. Je cherchais un film à voir à la télé et j'avais repéré un film que les critiques avaient encensés mais qui me tentait moyen-moyen, si ce n'est par curiosité. Le titre me fait tilter et je regarde rapidement le casting de base du film : Walter Hill à la réalisation, Nick Nolte en héros dur à cuire et Powers Boothe en méchant charismatique. Le sujet me botte, je fais quelques recherches en plus et là, je tombe sur le casting des 2nds rôles : Michael Ironside (méchant de "Total recall" notamment mais aussi chef d'escouade de tueurs d'insectes dans "Starship troopers", véritable gueule du cinéma des 80's et des 90's), Clancy Brown (Kurgan dans "Highlander", sergent instructeur des jeunes bleus bites avide d'en découdre avec les insectes dans "Starship troopers"), William Forsythe (méchant de "Justice sauvage", allié de "John Doe", lui aussi est une gueule bien connue des productions du genre de l'époque), Maria Conchita Alonso en objet du désir, Rip Torn en guest star, Jerry Goldsmith à la musique, Matthew Leonetti à la photo, John Milius au scénario, n'en jetez plus, ça commence à quelle heure ? Comment un tel film, qui ressemble pour moi à un espèce de fantasme que je n'aurai jamais osé formuler, a-t-il pu se faire ?

Le scénario du film remonte en effet aux années 70 avec donc John Milius (co-scénariste de "Apocalypse Now", réalisateur de "Conan le barabare" et de "L'aube rouge") qui souhaitait faire un western moderne mais qui n'a jamais pu mener son projet à bien, préférant s'atteler à un autre projet qui venait de recevoir le feu vert des studios ("Graffiti party" en 1978) et il resta donc au fond d'un tiroir. Au milieu des années 80, Walter Hill le déterre et s'adjoint les services de Harry Kleiner, rencontré sur le tournage "Bullitt" sur lequel Hill était assistant mise en scène et Kleiner en était le scénariste. C'est d'ailleurs la capacité de Kleiner à écrire des scènes et des dialogues sur le tournage qui convainc le réalisateur à l'embaucher pour retravailler le scénario de Milius et Fred Rexer. Un tel projet ne pouvait trouver preneur que chez la Carolco, un studio culte des années 80 et 90, moins sulfureux que la Cannon mais également dirigé par deux tarés qui ont essayé de mettre Hollywood à leurs pieds : Mario Kassar et Andrew Vajna. Parmi leurs titres de gloire, on retrouve bien entendu "Total Recall" (film le plus cher de l'époque avec une star mondiale dans un film de SF classé R réalisé par un réal sulfureux, un truc qu'on est pas prêt de refaire à notre époque) mais aussi "Rambo III", "Music Box" de Costa-Gavras, "Basic Instinct", "Terminator II", "L'échelle de Jacob", "Cliffhanger", "Universal Soldier", "Showgirls", "Stargate" et bien sûr le film qui a fini par les couler, "L'île aux pirates". Bref, une bonne partie de mon enfance.

Pour Hill (collaborateur fétiche de la Carolco avec Verhoven), c'est l'occasion de rendre hommage à tout une frange du cinéma qu'il aime, celui des westerns des années 50, mais aussi à son grand maître Sam Peckinpah (ils avaient collaboré sur "Guet-apens" en 1972, film de Peckinpah sur lequel Hill effectua des travaux de réécriture). Le style de Peckinpah a toujours fait partie de celui de Hill et cela était particulièrement visible dès le 1er western qu'il signa en 1981 : "Le gang des frères James". Le western est un genre qui a marqué au fer rouge Hill et il voulait retrouver le goût de ces productions avec un héros droit, intègre, dévoué à son devoir, dans la droite lignée des Gary Cooper, John Wayne ou encore Randolph Scott. Et comment ne pas inclure dans ses influences le méconnu mais néanmoins important Budd Boetticher, qui a lui aussi grandement influencé Peckinpah (d'ailleurs, pour son "Coups de feu dans la sierra", il sortira de sa retraite Randolph Scott, l'acteur emblématique des westerns de Boetticher, pour un film reprenant de nombreuses thématiques chers à ce grand réalisateur de série B) avec cette exploration de la dualité gentil/méchant comme deux faces d'une même pièce, la frontière entre Jack et Cash étant surtout marqué par le fait que l'un porte un badge et que l'autre viole la loi. D'ailleurs, ne sont-ils pas aimés par la même femme ?

Walter Hill n'a jamais été un grand cinéaste de la femme, cette dernière étant souvent relégué au 2nd plan quand elle n'est pas carrément absente des débats. Si Maria Conchita Alonso ne sort par la prestation la plus aboutie de sa carrière, son rôle reste assez intéressant et presque moteur dans l'histoire. Son coeur hésite entre ses deux amants mais sa raison prendra finalement le dessus. Quant à Jack, la relation passée en Sarita et Cash lui pèse véritablement. Mais l'essentiel pour Hill est ailleurs, dans l'action et les déchirements philosophiques entre deux hommes que le temps a fini par séparer mais qui finissent inexorablement par se confronter. Powers Boothe hérite du rôle du méchant et c'était plutôt rare de voir un tel personnage campé par un acteur n'étant pas affublé d'un faciès disgracieux. Boothe, c'est un charisme animal, une gueule carrée, un pouvoir d'attraction certain et surtout, une belle intensité. C'est aussi un mec un peu fou qui exécutera la scène avec le scorpion en une seule prise et sans doublure ! Une autre époque...

En face, Nick Nolte s'investira beaucoup dans son rôle, suivant pendant trois semaines un authentique Texas Ranger, reprenant de ce dernier des tics de langages ou bien corporels mais aussi quelques conseils techniques sur les relations entre ce corps d'élite de la police US et les agences de représentants de l'ordre. De plus, il ira jusqu'à perdre une vingtaine de kilos et il apparaît ainsi affûté et particulièrement efficace dans les scènes d'action. Et il est grandement mis à contribution.

Le film est en effet un pur western aussi bien dans son décorum (son entrée dans le bar avec la porte battante, chapeau vissé sur le crâne et winchester à la main) que dans son découpage (pour la fusillade dans le bar, on retrouve les plans fixes sur les regards des hommes, puis le rythme des plans s'accélèrent, la tension monte et on dégaine à toute vitesse en plans américains) mais aussi dans les thèmes, avec cette fameuse recherche de la rédemption du hors la loi, ce jeu sur la frontière, la nécessité de faire parler les armes etc... Mais pour que ce soit un western moderne, il faut également cette touche de modernité.

Elle est apportée par la sous-intrigue relative aux barbouzes (présentés au début du film à la manière des membres de "L'agence tout risques" dans l'épisode pilote de la série). Une belle bande de psychopathes mené par Michael Ironside et qui poursuivent un objectif d'abord un peu flou (il faut dire qu'une grosse partie de cette sous-intrigue a été sabrée au montage) mais qui s'intègre plutôt bien au reste. On retrouve ainsi certains éléments du film de braquage, avec les préparatifs et l'exécution du plan. Ce mélange des genres est très efficace, maintenant ainsi une tension constante (on retrouvera un tel mélange des genres et de l'héritage dans le superbe "Comancheria").

Dans ses nombreuses scènes d'action, Hill assure le job et nous trousse des séquences bien découpées, avec force giclades de sang au ralenti, insistant ainsi sur la puissance des impacts sans oublier son hommage final à "La horde sauvage", un de mes films préférés, même si la séquence en question souffre là de quelques problèmes de continuité (les personnages sont disséminés aux quatre coins du décor et le montage en devient presque illisible au niveau spatial, avec des ellipses parfois dommageables , une conséquence du remontage express avec des plans tournés mais pas intégrés). Il en résulte un film brutal, bien écrit (même si ça manque un peu de punchlines), réalisé de manière efficace et porté par des acteurs aux gueules burinés qui s'éclatent visiblement dans cette série B. Pour tout amateur du genre, le film est un fantasme qui se matérialise miraculeusement sous ses yeux. Ce n'est pas un grand film mais c'est une bonne petite péloche qui se regarde avec plaisir et gourmandise, nanti d'un bon scénario et avec des acteurs qui s'éclatent. Un type de cinéma qui a un peu disparu et qui fait toujours plaisir.

Note : 8/10

Budget : 22 000 000 $ soit l'équivalent d'un peu plus de 47 000 000 $ en 2017

BO US : 11 307 844 $ soit l'équivalent d'un peu plus de 24 000 000 en 2017 (84ème plus gros succès de l'année)

BO France : 90 307 spectateurs (126ème plus gros succès de l'année)

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