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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Que sont-ils devenus ? Episode 11 : Val Kilmer

Véritable melting-pot vivant, symbolisant à la perfection l'incroyable métissage de la nation étatsunienne, Val Kilmer a été une immense star dans les années 80 et au début des années 90, incarnant plusieurs figures cultes de la pop culture (et de mon enfance) à savoir le pilote de chasse Iceman, le guerrier Madmartigan, le chanteur Jim Morrison ou bien encore Batman ! Hélas, comme souvent, certains écarts de conduite le mèneront vers un parcours trop chaotique avant que sa déchéance physique ne finisse d'en faire (définitivement ?) un has-been. Reste le parcours intéressant d'un acteur jamais complètement estimé à sa juste valeur.

Parcours : Val Edward Kilmer est né le 31 décembre 1959 à Los Angeles. Sa mère, d'origine suédoise, s'occupe de ses enfants à la maison (la famille Kilmer compte déjà un garçon et s'agrandira quelques années plus tard d'un autre garçon) tandis que le père travaille dans l'immobilier (ce dernier a de multiples ascendances : anglaise, écossaises, irlandaise, française et Cherokee). La fratrie s'épanouit dans la petite ville de Chatsworth, en banlieue de Los Angeles.

Le premier événement marquant de son enfance, c'est d'abord le divorce de ses parents, qui se séparent quand il n'a que neuf ans. Le jeune Val ne comprendra vraiment ce que ça veut dire qu'en regardant la télévision (le divorce étant au coeur de quelques épisodes de séries télé), à une époque alors très différente d'aujourd'hui, où le divorce est globalement plus rentré dans les moeurs. Lui et ses frères suivent leur père tandis que le jeune Val commence petit à petit à se faire repérer pour quelques castings. C'est ainsi qu'il est embauché pour apparaître dans une pub pour hamburgers. Toutefois, le jeune garçon se distingue déjà par son non-conformisme ainsi que son perfectionnisme extrême puisqu'il quitte le plateau avant la première prise, prétextant qu'il n'arrive pas à rentrer dans la peau de son personnage (il n'aime pas le burger qu'il doit manger dans le spot). Il n'a que 12 ans !

Au lycée, la passion pour le jeu commence à se faire plus pressente et c'est à la fin de ses études qu'il décide de postuler à Juillard, accompagné de son ami des années lycées, Kevin Spacey. Il est alors le plus jeune élève admis dans la célèbre école de formation au métier de la scène située à New York. Toutefois, durant son cursus, un drame survient et finira de façonner son caractère difficile, solitaire et mélancolique. Son jeune frère de 15 ans meurt noyé dans la piscine familiale et le jeune Val quitte temporairement Juillard pour assister à son enterrement. 

En 1981, il écrit et joue sa première pièce, "How it all began". Deux ans plus tard, il refuse de jouer dans le "Outsiders" de Francis Ford Coppola (qui réunit pourtant une bonne partie de la nouvelle génération d'acteurs qui s'épanouira durant les 80's) car il préfère se consacrer à la scène, et notamment à la pièce "The slob boys" dans laquelle jouent aussi Kevin Bacon et Sean Penn. La même année, il rencontre une jeune Michelle Pfeiffer sur le tournage d'un épisode de série télé et il lui consacrera même un recueil de poèmes ("My edens after burns", que l'on peut trouver à des prix délirants sur différents sites internet anglo-saxons). Mais sa carrière au cinéma va finir par décoller assez vite.

En effet, il est engagé pour incarner le rocker Nick Rivers, embauché par la CIA pour se rendre en RDA afin de permettre à l'agence d'espionnage de mener à bien sa mission de réunification du pays. Signé par les auteurs de "Y a-t-il un pilote dans l'avion", à savoir le trio Zucker-Abrams-Zucker, le film lance sa carrière avec brio. Profitant d'un tournage en Europe, le jeune acteur en profite pour passer quelques mois sur le continent avant de rentrer aux USA. C'est là qu'il refuse "Blue velvet" de David Lynch (il trouve le scénario trop pornographique, un comble pour celui qui est alors un véritable homme à femmes). Lié par contrat avec la Paramount, le voilà contraint d'apparaître dans "Top Gun" de Tony Scott. Ses relations avec la star du film, Tom Cruise, sont à l'image de celles entre leurs personnages dans le film, mais le succès colossal de ce dernier lui permet tout de même de se faire un nom.

C'est deux ans plus tard qu'il se retrouve catapulté en haut de l'affiche avec "Willow" de Ron Howard, dans lequel il n'a certes pas le rôle titre mais qui lui permet d'une part de rencontrer celle qui deviendra sa femme, Joanne Whalley, puis de s'installer un peu plus dans les esprits du public avec un look et une image radicalement différente. Il jouera ensuite aux côtés de sa femme dans le polar "Kill me again" de John Dahl avant d'incarner Jim Morrison dans le biopic consacré au chanteur des Doors par Oliver Stone (il interprète d'ailleurs les chanson du film et les anciens membres du groupe déclareront qu'ils auront du mal à faire la différence entre la voix de Morrison et celle de Kilmer). Acteur rare et exigeant, véritable perfectionniste qui prépare énormément ses rôles, il espace ses apparitions au cinéma et revient en 1992 pour le polar "Coeur de tonnerre", incarnant un agent du FBI d'origine amérindienne enquêtant dans une réserve indienne du Dakota du Sud. 

Il apparaît ensuite dans "L'affaire Karen McCoy" aux côtés de Kim Basinger avant d'incarner Doc Holiday dans le "Tombstone" de 1993, au tournage extrêmement compliqué suite au renvoi du scénariste-réalisateur Kevin Jarre après quelques jours de tournage (et qui qualifiera Val Kilmer d'acteur très difficile à gérer). C'est d'ailleurs une constante qui revient de plus en plus souvent au fil des tournages, d'autant plus irritante que les films où il apparaît ne marchent pas vraiment.

Kilmer retrouvera Scott pour un petit rôle dans son "True romance" avant de décrocher la timballe grâce à "Batman forever" et aussi "Heat", film de perfectionnistes maniaques du détail puisque qu'on y retrouve aussi Robert De Niro et Michael Mann (les deux diront plus tard beaucoup de bien de leurs relations de travail avec l'acteur au contraire de Joel Schumacher, qui s'embrouillera souvent avec lui sur le tournage du Batman). Hélas pour Kilmer, cette année 95 est aussi marquée par le décès de son père qui ne sera pas forcément sans quelques conséquences sur sa vie personnelle tandis que sa vie professionnelle connaîtra un grand tournant l'année suivante.

Point de rupture : L'île du Dr Moreau

Le tournage de cette nouvelle adaptation du roman de H.G Welles est initié par la réalisateur Richard Stanley, alors surtout connu pour des séries B dans le cinéma fantastique et d'horreur. Le studio avait moyennement confiance en lui puisqu'il chercha à le remplacer avant le tournage par Roman Polanski avant que Marlon Brando n'intervienne en sa faveur. Le tournage est toutefois très vite rendu compliqué par le comportement de Val Kilmer qui, d'une part, s'entête à vouloir porter une coudière bleue à l'écran (sans doute pour masquer le reste d'une fracture du coude mal réparée, blessure datant du tournage de "The Doors") au grand dam du réalisateur tandis qu'il apprend son divorce avec Joanne Whalley-Kilmer à la télévision de sa chambre d'hôtel. Déprimé, l'acteur demandera à ce que son rôle soit réduit dans le film et il laissera plus de place au personnage joué par David Thewlis. Malgré cela, le comportement erratique de Kilmer (qui arrive deux jours en retard sur le tournage, ne connaît pas son texte, brûle le visage d'un technicien avec une cigarette, demande à réduire le rôle d'un autre acteur pour ne pas qu'il lui vole la vedette) finira par coûter le poste de Stanley, viré au bout de quatre jours par un studio qui s'inquiète de la bonne tenue des délais.

John Frankenheimer, vétéran d'Hollywood, est embauché (au passage, le réalisateur mercenaire empochera un gros chèque ainsi qu'un contrat de trois films avec la New Line, productrice du film) et son style à l'ancienne (tyrannique, abusif, vociférant pour obtenir ce qu'il veut) ne conviendra que très peu à l'équipe technique et aux acteurs. D'ailleurs, quand ce n'est pas un ouragan qui dévaste les décors ou bien les réécritures intempestives réclamées par Frankenheimer, ce sont les acteurs qui font n'importe quoi. Ainsi, une journée de travail sera perdue car Brando et Kilmer jouent à celui qui sortira le dernier de sa caravane... et aucun n'aura envie de perdre ce jour-là.

Val Kilmer et son fameux bandage bleu qu'il refusa de quitter de tout le tournage, au grand dam du réalisateur Richard Stanley

Le tournage s'éternise mais il finit par être bouclé, au grand soulagement des personnes impliquées. Marlon Brando déclarera plus tard que faire ce film revenait à faire un puzzle dans un ascenseur en chute libre. Toutefois, Kilmer n'a pas laissé un grand souvenir à Frankenheimer non plus (sa dernière prise sera ponctuée par un cinglant "Maintenant, virez moi ce bâtard de mon plateau" du réalisateur) et si l'acteur s'excusera ensuite auprès d'un Stanley dévasté, et dont la carrière ne se remettra jamais de cet invraisemblable échec, le mal semble bel et bien fait.

Inutile de dire que le film, produit pour la bagatelle de 40 M$, ne rapportera que 27 M$ à sa sortie tout en étant mis en pièces par la critique. Mais si ce film n'est pas le seul accroc dans la carrière de Kilmer (ni son pire échec de l'année), il reste celui de la bascule selon moi, celui où il passe définitivement du mauvais côté, avec un public et une profession lassés de son comportement fantasque.

Après : L'année 96 sera également marquée par l'échec, assez injuste, de "L'ombre et la proie" de Stephen Hopkins, film dans lequel il devait occuper le devant de la scène mais qui souffrira un peu de l'omnipotence de Michael Douglas, alors co-producteur et qui refera le montage avant la sortie pour mettre son personnage un peu plus en avant. Ensuite, Kilmer pensait rebondir avec son interprétation du rôle culte de Simon Templar dans l'adaptation de la série TV "Le Saint" mais le film sera un échec cuisant (il refusera d'ailleurs de reprendre son rôle de Bruce Wayne pour le "Batman et Robin" afin de faire ce film). En fait, son seul bon succès de la décennie sera sa participation vocale dans "Le Prince d'Egypte", véritable rampe de lancement de Dreamworks Animation dans sa course effrénée pour mettre Disney par terre (un credo motivé par une vieille rancune d'un des fondateurs du studio, Jeffrey Katzenberg, ancien de Disney viré sans ménagement quelques années plus tôt, mais c'est une autre histoire). La romance "Premier regard" sera, en 1999, un autre de ses bides spectaculaires avant le coup de massue final, le film de SF "Planète rouge", véritable cas d'école du film mal pensé, avec un novice derrière la caméra à qui on confie 80 M$ et qui se ramasse un bide intersidéral à sa sortie, le tout doublé d'un échec critique retentissant.

Par la suite, les studios tournent définitivement le dos à Val Kilmer, qui se réfugie dans le cinéma indépendant et qui tourne bien quelques films assez recommandables tels que "Salton sea", "Spartan" ou encore "Wonderland", mais il n'apparaît plus comme une star. On le retrouvera à l'affiche de quelques films mainstream signés par des amis fidèles comme "Alexandre" d'Oliver Stone ou encore "Déjà vu" de Tony Scott, mais à chaque fois, les films se vautrent. Et quand il fait la paire avec un autre has-been (Robert Downey Jr) dans le "Kiss kiss, bang bang" de Shane Black, c'est l'autre qui est rappelé par les studios pour être "Iron Man". 

Il enchaîne ensuite les films très confidentiels, à l'exploitation quasi-nulle et pour la plupart inconnus du grand public (qui connaît "2.22", "American cowslip", "The Thaw", "Hardwired", "7 bellow" ou encore "Riddle" ?). Et quand il se décide enfin à tourner pour Coppola, c'est pour jouer dans l'épouvantable "Twixt" (encore un bide spectaculaire). Bref, le bonhomme apparaît comme complètement largué.

Peut-il revenir ?

 

Clairement, au vu de sa filmographie des années 2010, ça m'apparaît comme bien compliquer. Sa traversée du désert aurait pu prendre fin , peut-être, avec "Top Gun 2" puisque son ami Tony Scott était à la barre. Le suicide de ce dernier a rendu le projet incertain (bien que toujours vivant dans les cartons de la Paramount) mais il ne fait désormais plus aucun doute que Tom Cruise aura encore plus la mainmise sur le projet. Il y a bien d'autres de ses projets à surveiller mais au vu de l'état du marché, il est peu probable que son come-back prenne forme. Pour moi, c'est non à 95%

Et pourtant...

 

En dépit d'un talent indéniable doublé d'une implication parfois totale, la carrière de Val Kilmer n'a jamais été marquée par des récompenses majeures (aucune nomination aux Oscars ou aux Golden Globes, deux nominations aux Saturn Awards et trois aux Razzie Awards). De plus, il n'a jamais vraiment été une grosse star de la A-List car il lui manquait sans doute ce fameux facteur X qui sépare les bons acteurs des stars de cinéma (les deux n'étant pas incompatibles).

Quant à son caractère jugé difficile, on lui trouve autant de détracteurs (Joel Schumacher, John Frankenheimer, Kevin Jarre, Tom Sizemore) que de personnes louant sa disponibilité, sa gentillesse et son professionnalisme (Warwick Davis, son partenaire dans "Willow", Michael Mann, le producteur Jeffrey Katzenberg ou encore Irwin Winkler).

Personnalité insaisissable, acteur investi, homme à femmes, solitaire avide de grands espaces qui sourit sans avoir l'air heureux, Val Kilmer est un énigme, qui traîne son spleen et ces cicatrices, intérieures comme extérieures, sur les plateaux de cinéma et les planches de théâtre, un personnage connu, réputé mais qui demeure mystérieux pour la majorité du grand public. 

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