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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Les professionnels (1966) de Richard Brooks

Résumé : au début du XXème siècle, quatre aventuriers sont recrutés par un homme d'affaires souhaitant récupérer sa femme, enlevée par des révolutionnaires mexicains. Il y a là un instructeur de l'Armée, spécialiste des armes lourdes et qui a participé à cette même Révolution quelques années auparavant, aux côtés de Pancho Villa. Il y a aussi un éleveur de chevaux qui a pas mal bourlingué et exercé tous les métiers de l'Ouest Sauvage. On retrouve également un ancien éclaireur de l'armée, spécialiste en pistage et très habile avec un arc. Et le 4ème larron, il perd son argent au jeu et son pantalon lui sert de diversion pour échapper aux maris cocus. Après avoir payé sa caution, l'homme d'affaires envoie les quatre hommes de l'autre côté de la frontière. Ils ont neuf jours pour accomplir leur mission pour toucher l'intégralité de leur prime, soit 10 000 $. Une tâche qu'il compte mener à bien car ce sont avant tout ... des professionnels !

Critique : j'ai décidé de vous parler de ce western pour plusieurs raisons. Bon, déjà, c'est un western, qui est un peu mon genre préféré et ça suffit pour en parler quand bien même je ne chronique pas tous les westerns que je vois (environ un par semaine). On pourrait croire que je le fais parce qu'il y a Lee Marvin dedans vu que j'ai déjà chroniqué quatre autres films dans lesquels il apparaît mais c'est un pur hasard. Il y a dans ce film pas mal d'acteurs que j'aime bien comme Robert Ryan par exemple, récemment évoqué dans "Un homme est passé" de John Sturges. De même, je ne suis pas un grand connaisseur du travail de Richard Brooks, un cinéaste un peu oublié de nos jours mais qui a signé de nombreux films importants lors de la période de l'âge d'or à Hollywood (celle qui va des années 30 à la fin des années 50). En fait, j'en parle car le film synthétise à peu près tout ce qui caractérise un blockbuster hollywoodien et que sa formule est encore déclinée de nos jours, avec toutefois beaucoup moins de savoir-faire, et c'est ça qui est intéressant.

Le film est en effet l'adaptation d'un roman, et si en soit ce n'est pas nouveau, même à l'époque, cela symbolise aussi bien que les romans d'aujourd'hui qui sont adaptés diffèrent grandement de ceux de l'époque. Si, aujourd'hui, on trouve de nombreux livres en librairies, ils tournent souvent autour des mêmes genres (heroïc fantasy, drame, thriller principalement) et ce genre de littérature, tout comme de cinéma, a disparu. La période choisit pour le cadre de cette aventure est intéressant puisqu'il s'agit de la Révolution mexicaine, une période troublée qui a déjà été dépeinte au cinéma de nombreuses fois (la plus célèbre étant "Il était une fois la Révolution" de Sergio Leone, qui sortira quelques années après "Les professionnels") mais rarement sous cet angle. Cette période est propice à tous les fantasmes, tous les excès dans la violence avec sa cohorte de massacres, de cruautés et d'exactions d'un côté comme de l'autre (je me souviens à ce propos du très bel épisode "Trois montres d'argent" de la saga XIII et cette phrase magnifique : "La guerre est la pire des inventions de l'homme et la guerre civile est la pire des guerres"). Elles ne seront ici qu'évoquées à travers les souvenirs des héros comme le récit glaçant de la destruction d'un village et la mise à mort de la femme du personnage joué par Lee Marvin. Richard Brooks n'est pas réputé pour aimer montrer la violence, lui un ancien reporter de guerre qui tourna deux films du genre mais toujours en s'intéressant à des péripéties annexes aux conflits. Pour autant, le film n'est pas dénué de scènes spectaculaires mais on est loin des débordements sanglants que l'on pourra retrouver dans "La horde sauvage" de Sam Peckinpah (avec encore Robert Ryan dans un de mes films préférés) qui prenait également pour cadre la même époque et le même contexte.

En cela, "Les professionnels" colle à un cahier des charges fort bien établi qui lui permet de s'assurer un bon rythme, de passer l'épreuve du temps et de continuer à être diffusé sur certaines chaînes spécialisées. Il y a donc les stars en premier lieu avec un casting de folie articulé autour de Burt Lancaster et de Lee Marvin qui s'attribuent chacun les deux rôles principaux, des compagnons d'armes aux caractères radicalement différents (les germes toujours bien présents du buddy movie actuel ou encore les antagonismes nourrissant une relation comme celle de Iron Man et Captain America).

Robert Ryan (un acteur qui a principalement officié dans le polar, le western et le film de guerre, qui comptent parmi mes genres préférés donc c'est dire si j'aime le bonhomme) est, par contre, un peu trop en retrait, et son rôle reste presque anecdotique, ce que je regrette un peu car son talent n'est pas du tout exploité dans ce film.

On retrouve Woody Strode dans le rôle du stoïque éclaireur de cavalerie. Strode est ancien joueur de football américain qui avait été notamment lancé par Stanley Kubrick dans "Spartacus" (il campait l'adversaire de Kirk Douglas dans l'arène d'entraînement) et John Ford dans son chef d'oeuvre "L'homme qui tua Liberty Valance" avec déjà Lee Marvin, un de mes westerns préférés, un chef d'oeuvre du cinéma et sans doute le film de John Ford que j'apprécie le plus. Il avait ensuite été statufié par le borgne dans "Le sergent noir" et Strode sera d'ailleurs l'un des rares à demeurer auprès du réalisateur sur son lit de mort. Son rôle ne lui offre pas beaucoup de dialogues mais Strode c'est avant tout une posture, un charisme hors norme et il apporte tout ça au film.

Enfin, il y a Claudia Cardinale qui apparaît dans le dernier tiers du film et qui hante les pensées des personnages avant son apparition. Une apparition qui lui permet de mettre en valeur sa plastique mais aussi son talent avec ce rôle de femme volcanique, sûre d'elle et voulant maîtriser sa destinée. Elle forme un couple puissant avec Jack Palance, qui apporte ce qu'il faut d'ambivalence à son rôle de chef rebelle, avec comme toujours sa face taillée à la serpe idéale pour les rôles de méchants (ce qu'il n'est pas vraiment ici). Bref, du lourd, du très lourd au service du film.

Bien évidemment, réunir autant de caractères forts n'était pas sans générer des problèmes sur le tournage et pour ajouter aux habituels conflits entre stars, toutefois bien tenues par Richard Brooks (qui n'avait pas besoin de mégaphone pour se faire entendre sur les plateaux, y compris pour les scènes en extérieurs), le film a été tourné dans le désert près de Las Vegas et non au Mexique, sur les lieux de l'action. Et évidemment, Lee Marvin honorera sa réputation de buveur et de coureur de jupons invétéré, entraînant Woody Strode dans ses soirées, et les deux hommes ont bien profités de la ville et de ses distractions, au point d'avoir des problèmes avec la police en foutant le boxon dans un des strip-clubs de la ville ou en tirant des flèches (!!), avec l'arc de Woody dans le film, sur une des enseignes du Pioneer Club ! Bien sûr, eu égard à son statut de star, Marvin ne sera jamais vraiment inquiété. Et ce n'est pas parce que l'acteur réduisait la ville en cendres le soir en se perdant dans des nuits de débauche qu'il n'était pas apte à travailler le lendemain. Le bougre connaissait son texte par coeur pour ses scènes et il livre une performance remarquable, encore une fois.

Tout le contraire de son partenaire Burt Lancaster, professionnel exigeant (et qui assurait encore à 52 ans l'ensemble de ses cascades sur le film !) qui n'a jamais eu d'atomes crochus avec Marvin, au point que Brooks craignait qu'il ne finisse par en avoir marre et jette Lee par-dessus une falaise.

Mais revenons au film lui-même, qui fut par ailleurs un immense carton à sa sortie, et qui constitue donc encore selon moi le modèle parfois du blockbuster à l'américaine. On y retrouve déjà ce cocktail toujours aussi compliqué d'humour, de péripéties, d’exigence dans l'écriture de personnages, le tout emballé par un technicien compétent, un réalisateur qui est aussi un auteur et qui arrive à placer ses thèmes au sein d'une grosse machine, livrant par ailleurs un travail techniquement irréprochable (la photo est assurée par le légendaire Conrad Hall, un fidèle de Brooks récompensé d'un Oscar pour son travail sur "De sang-froid" et quelques effets de lumières mémorables). Il y a donc le casting de stars, propre à faire rêver le spectateur lambda mais le tout est au service d'une histoire bien construite, qui développe ses personnages avec savoir-faire, créant des points de conflits, aménageant ses rebondissements avec méticulosité et arrivant à faire exister chacun d'entre eux. L'histoire est menée tambour battant, les scènes d'action émaillent le récit et elles restent d'une belle lisibilité tout en restant bien rythmées et spectaculaires, le spectateur n'étant jamais perdu malgré la multiplicité des points de vue.

Pour savoir si le film est conforme aux thèmes de Brooks, je serai bien à mal de le confirmer, étant trop peu familier avec l'univers de ce réalisateur comme je l'ai déjà dit mais il reste l'auteur de l'adaptation et certains éléments restent très différents de la majorité des westerns. Il creuse surtout la relation entre Dolworth (Lancaster) et Fardan (Marvin) et pose ça et là quelques questions existentielles intéressantes.

Tourné à une époque où les studios commençaient à perdre de l'influence, le film vaut pour sa liberté de ton qui lui permet d'apporter quelques twists assez osés pour l'époque et défrichant ainsi le terrain pour les movie brats qui eux-mêmes, je le rappelle, transformeront petit à petit Hollywood, pas toujours de manière consciente j'en conviens. Les punchlines fusent, les balles volent et si le film n'est pas encore un sommet de violence graphique (il faudra attendre le "Bonnie & Clyde" d'Arthur Penn l'année suivante pour ça), il reste assez noir et violent, avec un body count plutôt élevé. Il trousse surtout quelques scènes de duel vraiment impressionnantes et arrive à jouer avec les attentes du public. En cela, il diffère assez largement des blockbusters modernes, qui ne savent plus mener une intrigue en assumant un côté premier degré (le film a de l'ironie mais pas contre le genre ou contre une certaine frange du public ou bien les studios, il ne méprise pas ses personnages, il les fait vivre à l'intérieur de sa narration).

Il y a aussi le personnage joué par Palance et qui serait traité de manière radicalement différente aujourd'hui. On a de la sympathie, et même de l'empathie pour lui, alors qu'il n'est jamais présenté sous un jour flatteur. Ses sentiments pour Maria par contre, sont bien réels et en cela, c'est un méchant peu banal, un méchant qui aime mais qui est aussi cruel, violent, jusqu'au boutiste. Bien sûr, il n'est pas le vrai méchant du film et le final viendra appuyer ce fait mais il reste ambivalent jusqu'au bout.

 

Oui, le cinéma hollywoodien était mieux avant et ce film en est la preuve éclatante. Il prouve surtout que l'on pouvait faire un divertissement intelligent, qui respecte son public, mélange de maturité de ses thèmes et de spectacle bien sage. Son succès prouve aussi que le public d'avant appréciait ce genre de spectacle, ce qui est moins le cas à présent quand on regarde les entrées ou bien les retours des spectateurs sur certains divertissements. L'époque était différente et propice à ce genre de projets, les studios avaient aussi un peu plus de mal à cadrer les auteurs à l'époque à cause de la crise qu'ils traversaient mais ça reste une période bénie pour ces créateurs de l'âge d'or et ceux qui leur ont succédé. Un vrai bon film, plaisant et trépidant, un film populaire mais pas populiste, simple mais pas simplet à destination d'un public qui a envie de retrouver sa part d'enfant et d'aventurier. Du grand spectacle !

 

Note : 9/10

BO France : 3 215 543 spectateurs (9ème plus gros succès de l'année)

 

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