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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Les Indestructibles (2004) de Brad Bird

Résumé : avant, les super-héros faisaient partie du quotidien des habitants de Metroville et ils aidaient la police à attraper les malfaiteurs. Parmi eux, Mr Indestructible, Elastigirl ou encore Frozone. Mais un soir, Mr Indestructible sauve un homme qui voulait se suicider puis empêche un cambriolage. Durant ce sauvetage, une bombe explose et détruit les rails d'une rame de métro aérien. Mr Indestructible sauve tout le monde et file convoler en juste noce avec... Elastigril. Sauf que l'homme qui voulait se suicider et les passagers du métro blessés porte plainte contre Mr Indestructible et le gouvernement prend des mesures drastiques en interdisant aux super héros d'exercer. Cet âge d'or révolu, Mr Indestructible s'appelle désormais Bob Parr, il a eu trois enfants avec Elastigirl (Helen Parr) et exerce désormais l'honorable profession d'agent d'assurances. Mais cette vie terne et frustrante ne lui permet pas de s'épanouir et une mystérieuse jeune femme lui donne l'occasion de renouer avec son passé super-héroïque !

 

Critique : l'arrivée de Brad Bird à Pixar avait tout d'une évidence. Membre de la promotion 79 de CalArts et de la fameuse classe A113 (pour rappel, on trouvait là John Musker ("Aladdin", "Vaiana"), Tim Burton, John Lasseter (futur fondateur de Pixar, "Toy Story", "Cars"), Henry Selick ("L'étrange Noël de Monsieur Jack", "Coraline") ou encore Chris Buck ("Tarzan", "La reine des neiges"). Comme la plupart de ses potes de promo, il sera engagé par Disney et travaillera comme animateur sur "Rox et Rouky". Il travaillera ensuite pour le compte de Steven Spielberg en signant un épisode (animé) de la série "Amazing stories" que produit alors le nouveau nabab d'Hollywood (parmi les autres réalisateurs ayant oeuvré sur la série, on trouve Clint Eastwood, Martin Scorsese, Joe Dante, Tobe Hooper, Robert Zemeckis, Tom Holland, Kevin Reynolds, Danny DeVito ou encore Irvin Kirshner). Il travaillera encore pour tonton Steven en co-signant le scénario de "Miracle sur la 8ème rue" avant d'être engagé par la Fox et de signer quelques épisodes des Simpsons (dans lesquels apparaissent d'ailleurs des références à la classe A113). Il se dirigera ensuite vers les studios Warner et signera le film d'animation "Le géant de fer"... dont le studio sabordera la sortie afin de justifier la fermeture de son département animation. Mais heureusement pour Bird, cela ne signifie pas pour autant la fin de sa carrière, bien au contraire.

 

Cela faisait plusieurs années que John Lasseter voulait faire venir son ancien camarade au sein du studio Pixar, qui avait fracassé le box-office quelques années plus tôt avec "Toy story", précipitant, involontairement, la fin de l'ère du cinéma d'animation en 2D. Après son renvoi de la Warner, Bird est donc libre et il accepte enfin la proposition de Lasseter. Ce dernier l'encourage à faire un film qu'il a toujours rêvé de faire. Bonne pioche, Bird a dans ses cartons un scénario autour d'une famille de super-héros qu'il destinait d'abord à un dessin animé pour le compte de la Warner, et il voit là enfin la chance de concrétiser ce vieux rêve. Il se met donc au travail, en collaboration avec les animateurs, et il se dit que l'occasion est belle de relever différents défis techniques. Il listera avec son équipe les éléments les plus difficiles à rendre en animation 3D et choisira parmi ces éléments deux autres choses et les incorporera au scénario. Ainsi, à partir de l'eau, il y aura les vêtements et les cheveux humides ou bien à partir du feu, il y aura les explosions et la lave. L'autre grand défi, c'est justement les vêtements qui, même quand ils ne sont pas mouillés, sont très difficiles à animer. C'est ainsi qu'un tailleur viendra expliquer aux animateurs comment animer les mouvements de ces derniers avec les pliures, les textures ainsi que les ombres. Sachant que le film compte 95 costumes différents sur les deux heures et quelques, ça donne une idée du défi vertigineux brillamment relevé par le département animation.

En termes de rendu visuel, le film est une tuerie cosmique qui renvoyait alors la concurrence Dreamworks très, très loin derrière. La fluidité des mouvements, l'animation des visages, la richesse des décors, les interactions des personnages, la variété des couleurs, des décors, des situations, le film explose tout en termes de technicité et de difficulté. A ce titre, il demeure encore un des plus accomplis d'un point de technique, même aujourd'hui face à des productions récentes.

 

Mais il serait injuste de s'arrêter à ses qualités techniques qui sont de toutes façons toujours insuffisantes pour hisser un film au rang de classique. Son esthétique rétro (qui deviendra plus moins la marque de fabrique de Bird, qui fera de même avec "Ratatouille" et surtout dans son magnifique "A la poursuite de demain") ajoute un certain charme visuel tandis que le film mixe les genres et les influences avec une maestria peu commune. De ce cauchemar thématique (mélange d'espionnage, de chronique familiale, de film d'action et de super-héros) Bird et ses scénaristes en tirent un condensé du genre absolument affolant, brillant, étourdissant, trépidant et surtout jamais moralisateur. Déjà, son point de départ rappelle par de nombreux aspects "Les 4 Fantastiques" (alors en production du côté de la Fox) ou encore le film Disney "L'école fantastique" avec Kurt Russell (et signé par un réalisateur qui aura le parcours inverse de Bird puisqu'après quelques films live, il ira faire un tout du côté du cinéma d'animation chez Dreamworks avec "Shrek" 3 et 4, "Les Trolls" puis bientôt "La grande aventure Lego 2" pour le compte de la Warner) mais là encore, le film de Bird enterre ses rivaux à de nombreux niveaux : plus spectaculaire, plus inventif, plus réussi en ce qui concerne les relations familiales, "Les Indestructibles" aura un tel retentissement que la Fox sera obligée de modifier de nombreux détails dans sa version tandis que le film Disney sera un semi-échec.

Clairement, le film est blindé d'hommages au cinéma d'espionnage des années 60 et surtout à James Bond, que ce soit au niveau des gadgets, de la base du méchant ou ses nombreux sbires, Mirage peut être vue comme une variation autour de la bad James Bond Girl sans oublier la musque de Michael Giacchino. D'ailleurs, John Barry, compositeur mythique de la saga, était prévu pour assurer le score mais sa participation n'ira pas plus loin que quelques bandes démo que l'on peut entendre dans les premiers trailers du film. A noter également que Michael Kamen était prévu pour prendre sa succession (lui qui avait signé la BO du 1er "X-Men" en 2000) mais il décédera durant la production du film, laissant un grand vide dans le paysage musical. Giacchino ne s'inspire d'ailleurs pas que du John Barry des 60's mais aussi pas mal de John Williams et il est évident que la poursuite dans la forêt entre Flèche et ses assaillants est une référence directe à la poursuite en pod du Retour du Jedi (on retrouve aussi quelques bruitages similaires). 

Gros point fort du film, la relation entre les membres de la famille. Comme toujours chez Pixar, ça vise juste et bien. Les dialogues et les situations parlent à tout le monde, le contexte ne dessert jamais le propos mais c'est bien le contraire qui se produit (le contexte sert juste à créer des gags qui s'intègrent dans le propos mais lui donnent une tonalité différente) et si le film n'est pas le plus drôle du studio, c'est par contre l'oeuvre qui amorce le virage vers la maturité (ce virage sera définitivement pris par "Cars"). C'est d'ailleurs une oeuvre qui s'inscrit plus largement dans le contexte post-11 septembre, avec un resserrement des valeurs familiales et traditionnelles, mais aussi le désir de renouer avec des héros purs et durs. C'est un des aspects qui m'avait le plus surpris lors de sa sortie, c'est ce nombre assez élevé de morts à l'écran (soit dans des explosions, soit hors-champ) et surtout ce message final selon lequel la fin justifie les moyens. Ainsi, le méchant sera tout bonnement exécuté par Mr Indestructible ! Pour ceux qui avaient découvert Bird à travers son pacifiste "Le géant de fer", le choc peut-être rude !

 

D'ailleurs, le brio de Bird transparaît aussi au travers de sa mise en scène avec une caméra dynamique, des cadrages affolants et des mouvements de caméra fluides et qui immergent dans l'action. Le rythme trépidant de son récit lui permet de nous faire avaler sans sourciller plus de deux heures de film (une rareté pour un film pour enfants mais est-il vraiment pour les enfants ?) et constitue également une variation sur le thème super-héroïque qui fait encore autorité. Il se situe d'ailleurs à mi-chemin entre les comic-books "Watchmen" et "Civil War" (édité en 2006 et qui reprend à sa sauce l'un des ressorts scénaristiques du film de Bird) et il apporte surtout sa pierre à l'édifice au niveau du genre, surtout qu'il est un des rares à être tiré d'un scénario original (tout comme un autre film que je considère comme un classique du genre, le fabuleux et crépusculaire "Incassable").

 

Le film sera un des plus gros succès de l'année 2004, imposant le genre du film de super-héros comme l'un des poids lourds de la décennie et faisant de Pixar le leader incontesté du marché de l'animation. Un classique qui aura droit à une suite toujours chapeautée par Bird (revenu à l'animation après l'échec injuste de "A la poursuite de demain") et prévue pour 2018 ! Hâte...

 

Note : 9/10

Budget : 92 000 000 $

BO US : 261 441 092 $ (5ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 371 578 642 $

BO France : 5 496 405 spectateurs (4ème plus gros succès de l'année)

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