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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

L'enquête (2014) de Vincent Garenq

Résumé : Denis Robert est journaliste à Libération. Du genre frondeur, il démissionne sur un coup de tête, suite à une énième censure d'un de ses articles par son rédac' chef. De retour chez lui, il travaille sur différents sujets qui feront l'objet de livre et qui lui permettent ainsi de faire vivre sa petite famille. Et puis un jour, il tombe sur un homme qui lui parle de de compte non-déclarés au sein de la banque Clearstream, sise au Grand Duché du Luxembourg. Clearstream héberge les comptes de plusieurs autres banques, qui fleurissent dans ce petit état d'Europe. Denis décide de creuser un peu plus le sujet et se rend compte que très peu de gens veulent parler de ce qu'il ont vu durant cette époque. Parallèlement à ça, le juge Renaud Van Ruymbeck est chargé d'instruire le dossier concernant la vente de frégate Thomson à Taïwan, une vente ayant fait exploser le prix des commissions et sur lesquelles pas mal de monde se sont servis. Opiniâtre, travailleur, méticuleux, Denis finit par retrouver la trace de listings sur lesquels certains des noms reliés à l'affaire des frégates apparaissent. Mais oui, tout est lié !

 

Critique : depuis la mise à l'écart de Yves Boisset, on ne peut pas vraiment dire que le cinéma français ai vu émerger de nombreux cinéastes de cette trempe, capable de s'emparer de sujets de société et d'en tirer des films à la fois divertissants et engagés. Issu du milieu du documentaire, Vincent Garenq s'est forgé en quelques films une filmographie axée sur certains faits divers, des histoires vraies portées à l'écran, des portraits d'hommes qui vont aller à l'encontre de la justice et des règles pour faire éclater leur vérité. Après le portrait d'un accusé de procès d'Outreau dans "Présumé coupable" et avant de brosser le portrait d'André Bomberski, celui qui a traqué durant plus de 20 ans l'homme qu'il pensait responsable de la mort de sa fille, Garenq s'est intéressé à une affaire qui a fait grand bruit à l'époque avant de plus ou moins disparaître de nos mémoires. Cette affaire, c'est celle de Clearstream et surtout l'homme au coeur de ce scandale : Denis Robert.

 

A l'époque de l'affaire Clearstream, je dois dire que je suivais l'actualité d'assez loin et essentiellement à travers des médias dits "traditionnels". Denis Robert, de son côté, est un journaliste déçu par sa vie au sein d'une rédaction, et qui est parti exercer son métier à travers différents livres-dossiers dévoilant les contours parfois sombres de notre société. Cette affaire lui vaudra la défiance de ses pairs (pourtant pas les derniers à voler au secours de l'un des leurs au nom de la liberté de la presse et de l'information) mais aussi un torrent d'ennuis à cause du côté sulfureux de son sujet. Il faut dire que l'argent des puissants reste un sujet sensible et cette omerta alimente tous les fantasmes. A moins que...

 

On pourra toujours rétorquer à Denis Robert qu'il ne prouve rien et je serai bien mal placé pour vous le dire vu que je n'ai pas lu le bouquin en question (par contre, j'ai bien envie de lire la BD adapté de ce dernier) mais j'ai déjà mon avis sur la question. Difficile en effet de ne pas croire que les riches planquent leur argent, pas toujours très propre, au sein d'un système financier opaque, complexe et surtout ne bénéficiant d'aucun contrôle réel de la part des Etats. Il faut vraiment être très crédule pour ne pas croire que des sommes faramineuses transitent par certaines banques d'affaires, surtout depuis la dématérialisation des échanges qui permettent des mouvements à la vitesse de l'éclair, littéralement. Denis Robert et son enquête en dévoile certains contours, certains aspects, ce que le film rend compte avec beaucoup de didactisme sans pour autant être simpliste. Il assène son message avec force, beaucoup de conviction et surtout de manière suffisamment lisible pour bien se faire entendre auprès du spectateur. Bien sûr, ce genre de démarche est louable mais reste très limitée d'un point de vue cinématographique.

 

Qu'est ce qui empêche donc "L'enquête" de se hisser au niveau de certains films exemplaires du genre à savoir "Le prince de New York" de Sidney Lumet (à ne pas confondre avec "Un prince à New York" de John Landis et avec Eddie Murphy dans le rôle titre) ou encore avec le "Révélations" de Michael Mann (ce titre étant d'ailleurs celui du 1er livre consacré par Denis Robert à cette affaire) ? Je dirais tout simplement que c'est un problème de mise en scène. Jamais Vincent Garenq n'arrive à sortir des ornières de sa démonstration de manière visuelle, jamais il n'arrive à nous ressentir le vertige, l'abîme au bord duquel se trouve son héros. Au niveau de la mise en scène, on reste devant un découpage classique, duquel survient parfois quelques bonnes idées visuelles, mais qui n'embrasse jamais complètement le rythme trépidant d'un pur thriller ou bien d'un drame parano. C'est une illustration sage d'un fait divers avec un défilé de sosies des personnages réels qui ont été mêlés de près ou de loin à cette affaire. C'était peut-être son intention de base, de coller à son sujet de manière aussi impersonnelle, mais on ne peut que regretter ce manque d'ambition visuelle symptomatique de notre cinéma hexagonal. Un manque d'ambition symbolisé par l'illustration de certains milieux, qui confinent aux lieux communs les plus éculés (la représentation des espions notamment).

 

Le sujet, propice à toute une remise en question de notre système, reste toutefois bien traité au niveau du scénario, et on a bien tous les tenants et aboutissants de cette histoire. Au milieu de ce véritable chaos, on croise de nombreux noms très connus, certains recoins de l'affaire apparaissent comme particulièrement sordides et on arrive parfois à ressentir le côté dangereux de cette enquête. Suicides mystérieux, secrets défense, magouilles, emballement de la machine judiciaire, intimidations, rien ne manque au tableau de ce bon film qui reste bien monté et bien rythmé, racontant sans trop d'accrocs son histoire. Et puis il convient de souligner la bonne interprétation du casting. Même Gilles Lellouche ? Oui, et je dirai même surtout Gilles Lellouche.

 

Acteur comptant de nombreux haters sur les différents sites spécialisés, Gilles Lellouche pâtit sans doute d'une réputation pas toujours flatteuse, de quelques rôles pas toujours bien endossés ou bien tout simplement d'un certain ras-le-bol après une percée fulgurante sans oublier son statut de pote de Jean Dujardin. Le rôle qu'il défend est assez double puisque si le journaliste est présenté sous un jour avantageux au travail, son côté mari et papa est par contre beaucoup plus contrasté. Si l'on logiquement comprendre que le bonhomme perde pied avec la réalité, les différentes scènes montrant sa vie de famille le montrent sous un jour peu flatteur. Dans certaines scènes, Gilles Lellouche est tout simplement magistral, abandonnant certains de ses tics de jeu et l'on peut mettre ceci au crédit de Garenq, qui se révèle un directeur d'acteurs intéressant et particulièrement efficace. Le reste du casting, composé essentiellement d'acteurs peu connus, sauf Charles Berling (excellent par ailleurs mais c'est tellement une habitude avec lui), mais chaque rôle est bien campé. 

 

En définitive, un bon film toutefois, qui souffre bien sûr de son manque d'ambition visuelle et qui ne parvient pas à faire exister tous ses personnages, mais qui propose un film intéressant, au propos souvent passionnant, nous tenant en haleine de bout en bout grâce à son scénario bien ficelé. Si l'on peut lui préférer d'autres films sur un sujet similaire (comme par exemple le fort méconnu"The International" de Tom Tykwer, plus pertinent et percutant en dépit de son statut de "simple fiction"), il dresse un portrait contrasté d'un homme qui se bat au nom d'une cause juste et qui y perdra presque tout. 

 

Note : 8/10

Budget : 4 000 000 €

BO France : 279 791 spectateurs (135ème plus gros succès de l'année)

 

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