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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Frida (2002) de Julie Taymor

Résumé : la jeune Frida Kahlo habite au Mexique et elle découvre la peinture à travers le grand maître Diego Rivera. Bon vivant, engagé, le peintre est aussi un séducteur insatiable qui couche fréquemment avec ses modèles. En rentrant chez elle avec son petit ami, le jeune Frida est victime d'un accident de trolley qui la laisse avec le corps en vrac et les docteurs pensent qu'elle ne remarchera plus jamais. Profitant de sa longue période d'alitement, elle apprend à peindre dans un style bien particulier. Grâce au soutien de son père qui investit tout son argent dans sa rééducation, Frida parvient à remarcher. Bien décidée à vivre de son art, elle montre ses oeuvres à Diego Rivera qui s'emballe pour ses toiles. Très vite, la jeune femme devient sa maîtresse puis sa femme. Le début d'une carrière de peintre qui offrira au monde des toiles insensées.

 

Critique : le biopic est devenu depuis le début des années 2000 une véritable institution. Il faut dire que la nostalgie du XXème siècle a permis cette éclosion, avec à chaque fois des reconstitutions d'époque, une ambiance musicale très marquée qui rappelle des bons souvenirs à chacun d'entre nous et surtout des destins incroyables de certaines grandes personnalités. Si le genre n'est pas nouveau (on trouve des biopics sur de grandes figures historiques dès les débuts du cinéma d'exploitation mais aussi sur des sujets plus étonnants comme un sur l'éphémère starlette Jean Harlow en 1965 par exemple). La tendance est devenue plus importante aussi sous l'impulsion de la série "Cold Case", qui replongeait le spectateur dans une époque différente de l'histoire moderne et surtout le solide succès de "Ray" de Taylor Hackford en 2004. Ce qui est intéressant dans un biopic, ce n'est pas tant le fait de raconter un destin qui sort de l'ordinaire mais de savoir traduire cette histoire en images. De fait, organiser la rencontre entre une peintre au style reconnaissable entre mille et le cinéma était de fait une bonne idée. Encore fallait-il trouver l'équipe adéquate.

 

Salma Hayek est mexicaine et elle a toujours été très fière de ça. Devenue une star à Hollywood, elle n'a pas perdu son identité et elle a toujours porté à bout de bras un projet sur une artiste emblématique de son pays. Alors en couple avec Edward Norton, la jeune femme travaille d'arrache-pied sur un scénario déjà passé entre de nombreuses mains (c'est dans un magazine Première de l'époque de la sortie du film que j'ai lu que le scénario avait été sauvé par son conjoint, Salma Hayek déclarant ne pas connaître les quatre scénaristes crédités au générique). Le studio Miramax s'intéresse forcément au scénario, les frères Weinstein flairant bon la performance oscarisable. Reste tout de même à trouver la bonne personne pour mettre en scène le film. Le choix se porte alors sur Julie Taymor, une réalisatrice au parcours très intéressant.

 

Née dans le Massachusetts, la jeune femme a quitté les USA après ses 18 ans et vécu au Japon, où elle a étudié l'art du spectacle de marionnettes et du théâtre japonais. Puis, elle est revenu aux USA dans les années 80 avant d'écumer les compagnies du off-Broadway (le théâtre expérimental de New York) avant de mettre en scène des opéras et de superviser le spectacle musical "Le Roi Lion". Après avoir remporté plusieurs Tony Award (l'équivalent de nos Molière). Elle passe donc à la réalisation en 1999 avec l'adaptation de la pièce de Shakespeare "Titus Andronicus" (déjà adaptée par ses soins durant sa carrière théâtrale) et ça donnera la fresque "Titus" avec Anthony Hopkins et Jessica Lange, un énorme bide à sa sortie. Mais elle apparaît aux yeux des producteurs comme la caution parfaite au projet, essentiellement parce que c'est une femme et que ça justifie le fait qu'elle tourne un film sur une femme emblématique. Si ce genre de dogme a tendance à m'agacer, je dois dire que le choix fut le bon et que Julie Taymor apportera une plus-value visuelle au film, qui est bien plus qu'une simple illustration de la vie de la peintre.

 

Généralement, un biopic se contente d'être un listing de la page Wikipédia de l'artiste, plaçant des faits authentiques mis platement en images, avec des acteurs grimés pour ressembler à leurs modèles. Et puis il y a les bons biopics, ceux qui proposent une image différente de l'artiste ou du personnage dépeint. Les acteurs sont grimés également, on retrouve certains faits authentiques mais le but est souvent différent. Plutôt que de flatter les ayants-droits, le but est de questionner la nature profonde du "héros", de confronter notre regard au sien, de nous faire découvrir des pans de son travail ou de sa vie mais le but n'est pas toujours d'être véridique à 100%. Le cinéma n'a pas vocation à être documentaire, son essence même est de raconter une histoire et de l'illustrer avec les outils propres au cinéma : le découpage, le langage visuel, le mensonge inhérent à son format. Et "Frida" est, de ce point de vue là, un modèle.

Si Julie Taymor a un impact indéniable, il faut également souligner la présence au poste de directeur de la photographie de Rodrigo Prieto. Comme il n'y a pas de crédits au début du film, je n'ai vu son nom qu'à la fin et je dois dire que je n'ai pas été surpris. Sa patte visuelle est bien là et il confirme qu'il est tout simplement l'un des maîtres de sa profession. Ce véritable artiste mexicain a été révélé sur la scène internationale avec "Amours chiennes" de Iñarritu et il est ensuite parti aux USA où il a travaillé sur de nombreux gros projets, apportant régulièrement une énorme plus-value visuelle sur les films ("La 25ème heure", "Babel", "8 mile", "Argo", "Le loup de Wall Street", "Alexandre", "Le secret de Brokeback Mountain", "Jeux de pouvoir" et bien d'autres). Indéniablement, certains plans lui doivent beaucoup comme celui, magnifique, sur Frida en position foetale après l'accident (plan qui marque symboliquement la "naissance" de l'artiste). Avec Taymor, ils vont créer de nombreux effets et certaines reconstitutions des tableaux de Frida, faisant planer sur tout le film la présence de l'artiste. Certaines animations ou certains cadres sont somptueux et donnent littéralement vie à l'oeuvre de Kahlo. En rendant concrète son oeuvre, ils rendent un superbe hommage à cette femme au destin forcément extraordinaire.

 

Le film n'aurait pu être qu'un défilé de sosies des personnages réels rencontrés par le couple Rivera-Kahlo tout au long de leur vie mais il n'en est rien. Bien sûr, certains passages s'attardent sur ces rencontres mais elles servent la dramaturgie de l'histoire. On croisera ainsi Rockfeller Jr (incarné par Norton) mais aussi Trotski (joué par Geoffrey Rush) sans oublier quelques guests comme Antonio Banderas ou encore Ashley Judd, pour une scène de danse notamment qui restera longtemps dans ma mémoire pour sa sensualité étonnante. Le film évite de nombreux pièges du genre et nous porte de bout en bout, brossant le portrait passionnant de cette artiste. Et pour moi, c'est ce qui en fait un bon biopic. Le film n'est pas là pour nous vendre des disques ou bien pour réhabiliter une figure, il nous fait découvrir le travail d'une artiste à travers le prisme de sa vie, des événements tragiques qui l'ont jalonnée. Vie et mort sont souvent mêlées dans ses peintures, et j'ai vraiment eu envie de découvrir un peu plus son travail, qui m'a parfois rappelé, dans son côté surréaliste, celui de Salvador Dali. Certaines de ses toiles ont un pouvoir d'évocation et de fascination absolument stupéfiant. 

De fait, le film repose essentiellement sur le couple d'acteurs qui incarnent les héros de cette histoire et il faut aussi leur tirer un coup de chapeau. Salma Hayek est évidemment très impliquée, sa prestation "oscarisable" s'accompagnant bien évidemment d'un maquillage qui ne l'embellit pas comme le mono-sourcil qui lui barre le visage. Pour autant, l'actrice conserve toute sa grâce, tout son sex-appeal et surtout son immense talent. Variant les registres, jouant à la perfection chacun des passages de la vie de Frida (femme amoureuse, femme trompée, femme rebelle), elle assurera elle-même certains mouvements de pinceau et reproduira certaines toiles de l'artiste. Quant à Alfred Molina, il est également parfait pour ce rôle, imposant son charisme, sa masse, sa capacité à jouer différentes émotions sans faire énormément d'efforts. De même, Julie Taymor arrive à dire beaucoup de choses sans l'apport du texte et met en valeur le travail de ses comédiens. 

 

Un excellent biopic donc, passionnant de bout en bout et très éclairant sur le parcours d'une grande artiste du siècle passé mais qui est petit à petit tombé dans un relatif oubli malgré ses deux Oscars (meilleurs maquillages et meilleure musique) et ses quatre autres nominations (meilleurs costumes, meilleure chanson, meilleurs décors et bien sûr, meilleure actrice). A noter que Salma Hayek sera devancée cette année-là par Nicole Kidman, elle aussi héroïne d'un biopic et portant un maquillage un peu plus lourd pour jouer Virgina Woolfe dans "The hours" de Stephen Daldry.

Note 9/10

Budget : 12 000 000 $

BO US : 25 885 000 $ (96ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 30 413 474 $ 

BO France : 570 478 spectateurs (80ème plus gros succès de l'année)

Et pour le plaisir des yeux, la fameuse scène du tango, d'un érotisme brûlant, à la sensualité palpable.

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