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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Lone star (1996) de John Sayles

Résumé : en cherchant des douilles dans l'ancien champ de tir de la base militaire, deux soldats déterrent un squelette. Ce dernier portait une étoile de shérif du comté de Rio et il pourrait bien s'agir de Charlie Wade, un être brutal et abusif qui s'était fait un ennemi mortel en la personne de Buddy Deeds, alors adjoint et qui est ensuite devenu shérif, faisant figure de légende dans le comté. Son fils Sam, devenu shérif lui aussi récemment, décide de mener l'enquête afin de faire toute la vérité sur ce meurtre mais aussi avec le secret espoir de déboulonner son paternel du piédestal sur lequel il est juché depuis tant d'années. Ses investigations le poussent à rencontrer des figures illustres de la ville, le maire actuel, lui aussi un ancien adjoint de Wade, Otis, le barman qui était alors employé de Roderick Bledsoe, chez qui se rendait Wade la nuit de sa disparition, mais aussi Pilar, son ancien amour de lycée.

Critique : John Sayles est un cinéaste US qui était sans doute prédestiné à un avenir plus brillant et qui aurait même dû être un auteur majeur du paysage hollywoodien. Il demeure pourtant un inconnu auprès du grand public. Un inconnu qui a pourtant apporté sa contribution, à divers niveaux, à plusieurs films très connus. Précoce (il lit des romans avant d'avoir 9 ans), il travaille ensuite dans une usine de Boston tout en essayant de percer dans le monde de l'édition. Son premier roman est édité en 1974 mais c'est en tant que scénariste qu'il entrera dans le monde du cinéma. Roger Corman l'engage au sein de sa compagnie New World Pictures et c'est entouré d'une belle bande d'allumés fous de cinéma qu'il fera ses armes. Il apporte ainsi une plus-value considérable au film "Piranha" de son pote Joe Dante en travaillant énormément les dialogues et en dotant le film d'un fort sous-texte contestataire et il en fait de même sur le film suivant de Dante, "Hurlements". Différents travaux du genre lui rapportent un peu d'argent qu'il investit dans ses propres projets et "Return of the seacausus seven" marque ses débuts de réalisateur. Son expérience au sein d'un gros studio est une déconvenue personnelle (il est viré de la salle de montage de "Baby it's you" en 1983 mais il persévère, dans un registre plus indépendant. Surtout, il tient à faire passer ses idées et sa vision de l'Amérique à travers ses films et il atteint une sorte d'état de grâce dans les années 90 avec "City of Hope" et donc le film que je chronique aujourd'hui, "Lone star".

Film choral alternant flashbacks et scènes contemporaines retraçant une enquête difficile et complexe, le film dresse aussi le portrait contrasté du melting pot US, longtemps vanté comme un modèle et qui est décrit à l'époque comme à un point de rupture. Il ne parle de la situation explosive des banlieues avec des violences policières ou les guerres des gangs mai plutôt d'un combat idéologique autour de questions essentielles dans une civilisation. Bien sûr il évoque le racisme latent dans cette petite ville du Texas, proche de la frontière mexicaine. Les différentes communautés cohabitent mais Sayles ne prend pas parti pour l'une ou l'autre d'entre elles. Il décrit certes le déclin du modèle WASP qui touche les limites de son pouvoir (le prochain maire et le prochain shérif seront d'origine hispanique) et les limites se font sentir aussi d'un point de vue culturel. Il y a bien un bar qui refuse encore de servir les non-américains "de souche" mais il est presque désert mais c'est surtout du point de vue institutionnelle que le changement est plus palpable.

Une scène marquante du film, c'est la discussion animée entre les différents parents d'élèves et les professeurs autour de la question historique de la guerre entre les USA et le Mexique au XIXème siècle. Alors ça n'a l'air de rien comme ça mais la question de savoir comment raconter l'Histoire au sein d'une civilisation multi-culturelle est le prochain défi de notre société. Le débat est brûlant encore aujourd'hui et dans tout le monde occidental. Ces questions sont cruciales, elles sont pourtant peu évoquées dans le cinéma et pour rappel, "Lone star" aborde ça alors qu'on est en 1996 !

Sayles a toujours essayé de faire passer ses idées dans ses films, il est animé par une conscience politique fortement ancrée à gauche mais c'est aussi un progressiste, un homme qui se pose des questions et qui ne donne pas des réponses toutes faites. Il s'interroge, il questionne notre société, notre monde et il ne porte pas de jugement moral quand bien même c'est un humaniste. Mais la question du racisme et du notre rapport à l'Histoire n'est pas la seule thématique du film qui traite aussi de quelque chose de plus commun au cinéma US : celui de notre rapport au père.

En effet, "Lone star" est aussi le portrait de fils et de pères qui ne se sont pas trouvés et qui sont écrasés par des figures imposantes. Chris d'abord est complètement écrasé par la figure de Buddy, véritable légende du comté, un homme droit et respecté par tous, dans toutes les communautés. Une vision angélique que Chris réprouve de manière violente. En cherchant à confondre le coupable, il cherche surtout à salir l'image de son père, une figure écrasante qu'il a cherché à fuir et qui a ruiné sa vie. Son enquête est presque à charge contre ce dernier, mort depuis plusieurs années dans le film et campé par un Matthew McConaughey assez sobre dans une poignée de scènes. Cette figure paternelle, on la retrouve aussi dans un autre personnage central du film, celui d'Otis.

Ce dernier est campé par Gabriel Casseus dans le passé et par Ron Canada à l'époque contemporaine. Otis est présenté sous un jour bonhomme, un homme agréable, souriant et affable qui fait l'unanimité lui aussi. Enfin, une unanimité pas forcément puisque son fils Del, colonel dans l'armée américaine, ne garde pas un grand souvenir de son enfance. Bien qu'habitant à proximité, il ne parle quasiment plus à son père pour lequel il éprouve le plus grand mépris. Du coup, son intransigeance contrarie grandement son propre fils qui est lui aussi écrasé par son père, un être parfait, rigide et droit. Les différentes incompréhensions et frustrations donneront au film certaines de ses meilleures scènes, avec quelques moments poignants, tout simplement beaux et touchants avec des dialogues très réussis.

Je profite de l'évocation de cette relation pour parler de Joe Morton, qui campe Del dans le film. Cet acteur est un de mes préférés que j'ai découvert la première fois dans "Speed" et j'ai adoré son jeu et son charisme. Son nom n'est pas très connu, contrairement à son visage qui est apparu dans une centaine de films et séries tout au long d'une carrière riche et hétéroclite qui l'auront vu navigué de blockbusters en films indépendants. Cet acteur discret signe à cette occasion une performance que je trouve grandement sous-estimée, imposant son charisme à l'occasion de quelques scènes mais aussi une belle palette de jeu. Un coup de projecteur bienvenu pour ce grand acteur.

D'une manière générale, les acteurs sont très bons dans le film et ils sont bien aidés par un scénario riche, d'une belle densité et brossant le portrait de personnages intéressants, parfois torturés mais surtout complexes et terriblement humains. L'intrigue est menée avec beaucoup de savoir-faire, le suspense reste entier jusqu'au bout et les personnages font réellement avancer l'intrigue tout en évoluant eux-mêmes. La nomination pour l'Oscar du meilleur original (la 2nde pour John Sayles après "Passion fish" en 1993) n'est clairement pas usurpée et c'est même un joyau du genre.

En fait, ce qui m'a le plus surpris dans "Lone star", c'est l'extrême discrétion de la mise en scène. D'une manière générale, j'aime bien les beaux mouvements d'appareils, les images bien composées et les lumières d'une beauté renversante. Il n'y pas vraiment de ça dans le film mais l'art de John Sayles est ailleurs. Le cinéaste n'a pas un style ostentatoire, bien au contraire, mais je dirais que son découpage est d'une belle évidence. Rien n'est en trop, rien n'est souligné mais tout est dit d'une manière très tranquille. Ce classicisme pourrait sans doute jouer contre le film mais le rythme est agréable, les deux heures et quelques passent très vite et on est pris dans le tourbillon de l'intrigue. Il faut dire que le cinéaste soigne vraiment ses transitions passé/présent avec là, par contre, des beaux mouvements de caméra et des effets de montage fluides, avec à chaque fois, une vraie virtuosité.

Et puis il y a la romance au cœur du film, celle entre Chris et Pilar, campée par une Elizabeth Peña qui n'a pas eu la carrière qu'elle méritait avant sa disparition en 2014 à l'âge de 54 ans seulement. Son charme irradie l'écran tout comme son incroyable talent qui lui permet de porter un personnage de femme forte et moderne. Cette performance est elle aussi un peu oubliée et c'est bien dommage.

Il faut dire que le film, en dépit de sa nomination aux Oscars, est un peu tombé aux oubliettes du cinéma malgré le soutien de quelques cinéphiles (le film est inclus dans la liste des "1001 films à voir avant de mourir"), il y demeure toujours. Les qualités du film sont pourtant évidentes et son message reste toujours d'actualité. Sa richesse narrative mais aussi ses thématiques sont toujours aussi intéressantes et passionnantes, les acteurs sont magnifiques, le scénario est le fruit d'un travail d'orfèvre et la mise en scène est magnifique, composant un film à la croisée du western, du film policier mais aussi de la fresque humaniste. Une pépite, une rareté, un chef d'oeuvre, un vrai.

 

Note : 10/10

Budget : 5 000 000 $

BO US : 12 408 986 $ (115ème plus gros succès de l'année)

BO France : 78 060 spectateurs (174ème plus gros succès de l'année)

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