Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Don Jon (2013) de Joseph Gordon-Levitt

Résumé : Johnny est un beau gosse. Il a de l'argent, il fait de la muscu et quand il sort en boîte avec ses potes, il rentre rarement seul. Johnny aime bien les repas en famille même si l'ambiance à table n'est pas vraiment réjouissante et il ne rate jamais une messe du dimanche. Le jeune homme y confesse ses pêchés et notamment ses penchants pour la pornographie. Car en dépit du fait qu'il fasse régulièrement des rencontres sexuelles, Johnny ne trouve du plaisir que devant des vidéos porno. Un soir, il fait la rencontre de Barbara, qui se refuse à lui et ce refus finit par se transformer en obsession. Il est amoureux et il veut la revoir. Après l'avoir traqué sur le net, il finit par la rencontrer et ils commencent leur relation amoureuse. Et après leur première relation sexuelle, Johnny déchante et se réfugie à nouveau dans le porno. Et petit à petit, sa relation avec Barbara prend un chemin qui ne lui plaît pas mais elle est également à un stade tellement avancé qu'il a bien du mal à s'en séparer. Et son penchant pour le porno ne fléchit pas.

Critique : d'une manière générale, depuis que je suis adulte, j'ai un vrai problème avec les comédies romantiques, aussi bien les grands classiques que les modernes, y compris certaines variations type "Sex and the City". En fait, pour moi, la plupart de ces films ne parlent pas vraiment d'amour mais plutôt de désir, ce qui est radicalement différent. Et je ne parle même pas du fait que la plupart ont pour cadre la classe moyenne aisée voire les CSP+ comme on dit à l'INSEE, aussi bien en France qu'aux USA. Le désir se confond donc avec la taille du compte en banque et les relations hommes/femmes ont beau être parfois dépeintes avec acuité, le message et le contenu restent bien souvent trop superficiel. Vous me direz, je suis sûr que l'on peut trouver autre chose dans des films moins connus ou s'adressant à un public plus restreint mais d'une manière générale, je trouve dommage que des films s'adressant à un large public n'arrivent pas à trouver un moyen de raconter des histoires aussi universelles de manière moins sélectives. En ce sens, je trouve que "Don Jon" tombe parfois dans certains clichés mais il les retourne brillamment à l'occasion et notamment dans cette distinction entre désir et amour.

Joseph Gordon-Levitt est un des acteurs de la nouvelle génération US qui m'épate le plus. Son talent est immense, indéniable, multiple et le retrouver à la réalisation d'un film aussi tôt dans sa carrière est toutefois presque une surprise pour moi. Pourtant, le CV d'acteur du bougre compte quelques pointures avec pêle-mêle Rian Johnson, Gregg Araki, Christopher Nolan, Steven Spielberg, Spike Lee ou encore Stephen Sommers. Alors, ce n'était pas toujours dans des films grandioses mais on se doute qu'il y a beaucoup à apprendre aux côtés de ces mecs là. Non content de passer derrière la caméra, il signe également le scénario du film et s'offre le rôle titre. Narcissisme ? Sans doute un peu mais un projet aussi casse gueule lui permet tout autant de se mettre en valeur que de risquer de s'aliéner le public. Heureusement, le garçon est doué et réussit à éviter l'écueil du type qui en fait trop pour s'acheter une respectabilité (en se regardant filmer par exemple ou bien en oubliant son sujet pour se concentrer sur soi-même). L'autodérision est là tout comme la sincérité du propos.

Déjà, il incarne un personnage bien singulier. Le héros est un beau gosse qui a du succès auprès des filles, des moyens financiers assez importants, qui prend soin de son corps bref, le cliché du fêtard célibataire qui profite de la vie. Quand il rencontre Barbara, c'est le cliché de la rom-com basique avec une fille qui se refuse à lui et du coup, notre héros en pince pour elle, enfin, il la désire. De son côté, Barbara est une femme moderne : indépendante, sexy, caractère bien trempée, parfois dominatrice avec un petit côté garce bref, la complexité de la femme dans toute sa splendeur. Ce personnage est superbement campé par une Scarlett Johansson taillée pour le rôle, jouant de sa silhouette de rêve, de sa voix grave au timbre si particulier qu'elle utilise à merveille bref, c'est un régal surtout que son jeu est aussi naturel que diversifié. Gordon-Levitt n'avait qu'elle en tête lors de l'écriture et c'est sans hésiter que l'actrice accepta l'offre de son ami.

Le reste du casting est assez solide également même si on retrouve quelques têtes pas trop connues mais qui s'en sortent bien. Dans la famille de Johnny, on retrouve tout de même un Tony Danza bien allumé (jouant un paternel beauf au possible qui se veut l'exact contraire de celui de "Madame est servie") ou bien Brie Larson, nouvelle star de la scène US créditée en 2016 d'un Oscar et promis à un avenir brillant. Son rôle mutique lui permet d'installer sa présence, instillant une dose d'ironie ou de malaise avec pas grand chose mais tout de même indispensable à la narration. Et puis que dire de Julianne Moore ?

Parmi les actrices de plus de 50 ans, la brave Julianne continue de mener sa barque avec talent et pose parfois des compositions qui forcent l'admiration. Toujours aussi charmante, sa présence se révèle bien souvent salutaire, sauvant une scène par un sourire, une larme ou bien une réflexion pertinente. Voir le personnage de Johnny tomber peu à peu amoureux d'elle est un véritable ravissement, tout comme le spectateur qui se rappelle combien l'actrice est essentielle dans le paysage cinématographique US.

Ensuite, il y a le contenu du film, que Gordon-Levitt rend ludique via l'insertion de petits gimmicks sonores ou visuels qui participent vraiment à la bonne tenue du film. Il y a par exemple le son de l'ordi qui s'allume, celui des mouchoirs dans la poubelle (le son accolé à ce geste est celui qu'elle fait quand on la vide sur Mac) ou bien les confessions de Johnny à son prêtre. Le rythme est soutenu, la mise en scène est solide avec un montage qui multiplie les montages épileptiques, qui culminera dans un final très réussi, avec une voix-off qui sait s'effacer derrière l'image. J'ai vraiment été surpris par la bonne tenue technique du film, le découpage intelligent et le côté subversif à l'occasion.

Si le porno occupe une bonne partie du propos du film et constitue même l'un des traits de caractère du héros, le film ne le laisse pas envahir son film pas plus qu'il ne s'en sert comme comme simple prétexte. Johnny est accro au porno et cela plombe sa vie sexuelle. C'est un vrai problème générationnel que cette dictature du porno qui conditionne nos relations mais aussi nos ébats. L'uniformisation (ou en tout cas le mythe de cette dernière) a atteint plusieurs points de non-retours si bien que certaines scènes de débauche sont peu à peu devenues monnaie courante (entraînant aussi un courant inverse puisque la virginité est un temps revenu à la mode aux USA) tandis que chacun rêve d'exploit sexuel avec une fille décomplexée qui saura nous contenter comme dans les vidéos mettant en scène des pros du genre. Alors, le porno reflète-t-il nos pratiques sexuelles (la fellation, la sodomie ainsi que d'autres pratiques ne sont pas nées avec le porno mais elles se sont démocratisées avec Internet) ou bien influençons-nous le porno au fur et à mesure que les tabous sexuels tombent ? Le propos du film n'est pas tellement philosophique mais plutôt dans le fait de remettre les sentiments au coeur de la romance et non plus au niveau du désir, de la sexualité ou des signes extérieurs de richesse. Il est ainsi très émouvant de voir Johnny peu à peu s'ouvrir à l'amour véritable via Esther.

Don Jon (2013) de Joseph Gordon-Levitt

Alors bien sûr, le film n'évite pas tous les clichés, certains passages sont encore un peu maladroits mais l'ensemble se tient bien, les acteurs sont excellents et le message passe très bien, visant juste et touchant le spectateur. Une bonne comédie, souvent drôle, parfois grinçante, qui s'inscrit à merveille dans son époque tout en essayant de garder un propos universel.

Note : 8/10

Budget : 6 000 000 $

BO US : 24 477 704 $ (102ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 5 973 052 $

BO France : 258 793 spectateurs (156ème plus gros succès de l'année)

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article