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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Sherlock Jr (1924) de Buster Keaton

Résumé : un jeune balayeur de salles de cinéma se rêve en détective. Il économise ce qu'il peut afin de pouvoir acheter à une jeune fille une boîte pour ranger ses bijoux. Mais le jeune homme a un concurrent, bien plus riche et bien plus sournois. Ce dernier vole la montre du père de la jeune fille et réussit à faire accuser notre héros qui se retrouve d'ailleurs chassé de la propriété. Déçu, dévasté, déprimé, il tente de suivre son rival mais échoue dans son entreprise. De son côté, la jeune fille enquête pour retrouver le vrai coupable et se rend compte de l'innocence du malheureux tout en découvrant la duplicité du riche et sournois soupirant. De retour au cinéma, notre héros rêve qu'il est un détective brillant qui doit résoudre le vol d'un collier de perles.

Critique : bon, ça fait quelques temps que je tiens ce blog et il est temps je pense de parler de mon admiration pour Buster Keaton. Le grand public ne semble capable de se souvenir que d'un réalisateur majeur par décennie et je trouve ça dommage car du coup, certains médias rentrent dans ce jeu et on se retrouve avec une pelletée de grands cinéastes qui sont laissés sur le bas-coté, méprisés, sous-estimés voire occultés. Vous me direz, c'est bien pratique et ça permet à certains bloggers de remettre ces derniers en lumière. De l'ère du muet, on ne se souvient que de Chaplin, unanimement considéré comme un génie et du coup, placer devant tout le monde comme s'il était le seul réalisateur potable de l'époque. C'est faux bien évidemment et le Hollywood des années 20 étaient remplis de ces génies qui ont tout défriché. Quid de Sennett, Arbuckle, Keaton et les autres ? Je ne parle là que de la comédie et avec ce film, je trouve que Keaton joue clairement dans la même catégorie que son compère et le surpasse même à l'occasion de quelques séquences proprement bluffantes.

Sherlock Jr (1924) de Buster Keaton

Sur Chaplin, tout a déjà été dit, y compris sur ses défauts d'homme et sa vie amoureuse tumultueuse, à la lisière du scandale (mais on pardonne plus facilement aux génies devenus des icônes). Roscoe Arbuckle, alors au sommet, est depuis 1922 cantonné à l'écart d'Hollywood suite à la mort d'une figurante au cours d'une de ses orgies. Arbuckle est aussi celui qui a mis le pied à l'étrier à Keaton, ce dernier officiant comme gagman et acteur-cascadeur dans ses réalisations. Dès 1917, il signe une aventure de Fatty avant de prendre son envol en 1920, devenant la vedette de ses propres créations. En 1924, il se lance ainsi dans l'aventure de "Sherlock Jr" et le film est démonstration époustouflante de ses multiples talents.

Déjà, le rire vient de partout dans le film : les gags sont visuels mais pas que puisque le texte est un vrai support et les rares intertitres contiennent quelques répliques savoureuses. Chez Keaton, tout passe par l'image et il se signale également par une séquence onirique qui se révèle être un incroyable exploit technique. Alors oui, le trucage est parfois bien visible avec quelques coupes très voyantes mais pour le reste, on est quand même face à une scène d'une inventivité, d'une poésie, d'une beauté et d'une rare complexité qui laisse proprement pantois devant l'écran.

Ensuite, il est difficile de passer à côté des prouesses physiques de l'acteur qui va multiplier les cascades dangereuses et insensés durant plus d'une demie-heure. Après une entrée en matière assez tranquille, le rythme s'accélère et Keaton signe un numéro irrésistible en suivant son rival, une séquence chorégraphiée au millimètre près (voir le passage où un wagon percute celui de devant, évitant de justesse Keaton) et qui se finira par une cascade complètement folle durant laquelle l'acteur-réalisateur-scénariste manquera de se briser la nuque de manière irrémédiable (il se blessera suffisamment gravement pour entraîner de longues années de souffrance avec migraines et douleurs cervicales qui ne seront diagnostiquées que quelques années après). Il y a aussi la folle équipée sur le vélo à moteur avec Keaton juché à l'avant et qui déambule dans la ville puis à la campagne, séquence qui enchaîne à un rythme dingue les cascades les plus démentes, filmées à la perfection. J'en ai vu des films d'action bourré de cascades mais celui-ci, c'est juste de la folie. Ce plan en caméra embarquée de Keaton qui va croiser le chemin d'un train, c'est juste incroyable, du jamais vu presque, et pourtant, j'ai vu "Hardcore Henry", le film entièrement réalisé en vue subjective à la Go-Pro ! Eh bien, c'est moins impressionnant et remarquable que ce plan insensé. C'est dans ce domaine que Keaton surpasse pour moi Chaplin, c'est dans la qualité de son découpage, l'intelligence de ses cadrages et sa capacité à jouer avec tout l'environnement du film.

Comme beaucoup d'artistes de l'époque, Keaton use de trucs venus du cabaret et des magiciens, avec des trucages malins, des illusions brillantes et surtout des exploits physiques invraisemblables, le tout exécuté avec simplicité, grâce et générosité. Aussi méticuleux que son concurrent, il n'hésite pas à passer cinq jours sur le tournage de la scène du billard, refaisant sans cesse les mêmes mouvements avant de choisir au montage les plans les plus réussis (d'où un certain manque de continuité parfois mais on s'en fout complètement dans le cas présent). Il faut dire que le bonhomme avait déjà passer quatre mois en amont du tournage à s'entraîner avec certains des meilleurs spécialistes de la discipline pour réussir ce que l'on voit à l'écran. En voyant le film, j'essayais de m'imaginer les dizaines d'heures passées à régler les cascades insensées que l'on voit à l'écran, régler les détails afin d'éviter les accidents et le soulagement des techniciens une fois le plan en boîte. Inutile de préciser que le bougre n'est jamais doublé pour ses cascades (comme la plupart des artistes de l'époque) et qu'il aligne les morceaux de bravoure montés à un rythme fou. Certaines cascades restent encore aujourd'hui des monuments du genre et ce n'est pas peu dire que quelqu'un comme Jackie Chan lui doit énormément. Que dire également de la séquence finale, véritable bijou du genre, entre poésie, malice, romantisme et burlesque avec des cadrages précis et éloquent, là où je trouve que la mise en scène chez Chaplin était toujours un peu plus effacée, un peu plus illustrative. Keaton était un artiste total, complet, généreux et brillant et ce film constitue l'une des ses réussites majeures.

Note : 10/10

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