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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Les liaisons dangereuses (1988) de Stephen Frears

Résumé : la Marquise de Merteuil est chaffouin car un homme qui s'est toujours refusé à elle, M. de Bastide. Il doit convoler avec la très fraîche et néanmoins très vierge Cécile de Volanges. Merteuil mandate alors un autre homme avec lequel elle n'a jamais consommé, le très libertin Valmont, qui a pour mission de déflorer la jeune fille afin de faire de Bastide la risée du tout-Paris. La récompense : une nuit avec Merteuil, le fantasme de Valmont. Mais ce dernier poursuit un double objectif puisqu'il veut dans le même temps séduire Mme de Tourvel, elle aussi très pieuse et très mariée. Quand à Cécile de Volanges, elle craque bientôt pour un jeune professeur de musique, le chevalier Danceny. Et tout ce petit monde s'échange de multiples lettres qui témoignent de leurs amours, leurs tromperies, leurs trahisons et leurs sentiments.

Critique : avant de commencer cette critique, je précise que c'est la 3ème adaptation du fameux roman de Choderos de Laclos que je voit, après celle de Milos Forman ("Valmont", que j'ai vu vers l'âge de 14-15 ans je crois), la version pop de Richard Kimble "Sexe intentions" et son titre bien plus débile que l'original ("Cruel intentions") et donc enfin, cette version, présentée comme la meilleure et qui a surtout été faite parles producteur afin de sortir avant celle de Forman. Pari réussi donc avec un budget assez limité mais un gros casting tout de même, au sein d'une reconstitution flamboyante de l'époque, avec de nombreux costumes magnifiques. Le film est par contre avare en scènes d'extérieur et il se concentre essentiellement au sein d'une poignée de décors intérieur, seule véritable marqueur de son manque de moyens. Commençons également par une évidence, le film est, d'un point de vue visuel, un authentique chef d'oeuvre.

Je ne suis pas vraiment un fan de Stephen Frears, je ne sais d'ailleurs même pas si j'ai vu plus de trois films de cet auteur présenté comme indispensable, mais je dois reconnaître que le bonhomme sait filmer, diriger ses acteurs et proposer un montage sublime. La séquence d'ouverture est d'ailleurs représentative à la fois du soin maniaque apporté aux costumes avec ce montage alterné sur la préparation des deux principaux héros du film, le lever, l'habillage, le maquillage, le parfumage etc... Tout au long du film, Frears étale son savoir-faire et signe quelques compositions de plans lumineuses le tout magnifié par la photo magnifique de Philippe Rousselot (un maître dans sa discipline) associant le tout avec un montage vif qui laisse toutefois le temps aux acteurs de déployés leur brio, avec des lignes de dialogues d'une grande beauté qui sont dites avec beaucoup de classe par ce casting presque exclusivement US (en tout cas pour les rôles principaux) ce qui fait que même Keanu Reeves arrive à être crédible en jeune noble du XVIIIème siècle.

Les acteurs sont donc au top, John Malkovich jouant brillamment avec son ambiguité, à la fois séducteur prédateur et petit garçon garçon pris au piège. Glenn Close est elle aussi au top, sortant une prestation d'anthologie qui lui permet de déployer une belle palette de jeu. Le tout culminera dans le dernier plan du film, une idée de sa part afin de traduire visuellement la phrase du roman "Son âme était sur son visage". Ce dernier vaut d'ailleurs mieux qu'un autre qui a été tourné, celui du personnage de Merteuil face à la guillotine. Michelle Pfeiffer est également à l'aise dans son costume de Mme de Volange, parfois un peu fade comme le veut le rôle mais également incroyablement lumineuse, et jouant parfaitement la frustration et les tourments intérieurs de son personnage. Uma Thurman est parfaite en jeune ingénue et sa beauté irradie fréquemment l'écran tandis qu'elle démontre un vrai savoir-faire dans la comédie légère. Car oui, le film propose parfois quelques moments dignes du théâtre de boulevard avec des portes qui claquent, des personnages qui s'agitent et différents stratagèmes pour duper la surveillance des chaperons. C'est donc parfaitement réjouissant mais il faudra qu'on m'explique le romantisme de la chose.

Pour moi, je n'ai pas du tout vu ce film comme une expression du romantisme, ce qui était sans doute voulu. En fait, je trouve même est l'anti-thèse du film sur les relations amoureuses ou plutôt qu'il représente parfaitement l'idée que les classes aisées se font de l'amour. Film sur des petits bourgeois qui couchent les uns avec les autres, il est la parfaite expression de cet esprit parisiano-bobo qui remplace les sentiments par le désir. Valmont désire Tourvel mais il ne l'aimera jamais vraiment. Et j'ai bien du mal à saisir ce qui fera succomber Tourvel si ce n'est les trois balades dans un parc et l'apparence du changement chez Valmont, ce dernier ne changeant jamais en définitive. En fait, il est le séducteur typique des films, celui qui jouit de la vie et qui tombe amoureux, croit-il, d'une femme qui se refuse à lui. Il ne l'aime pas, il la désire et c'est le challenge qui l'excite. On pourra toujours me dire qu'il y a différentes sortes d'amour, qu'on peut y trouver son compte ou d'autres conneries du genre mais il n'y pas d'amour quand l'un souffre et que l'autre ment pour préserver les apparences de l'amour. D'ailleurs, le personnage de la tante de Valmont apparaît comme la voix(e) de la raison (une scène magnifique).

Et puis il y a des petits trucs qui m'ont dérangés et je suis vraiment étonné que certains féministes ne s'en soient pas offusqués.

Quand Valmont s'introduit chez Cécile de Volanges la première nuit, il mendie presque un rapport sexuel, ne prenant pas le "non" de cette dernière comme une réponse valable. Après, c'est un odieux chantage auquel on assiste, où Valmont quémande un baiser pour s'en aller, ce qu'il obtient mais il va plus loin. Heu... oui, on peut aussi appeler ça du chantage sexuel voire une agression mais bon, le but étant de faire de Cécile une amante démente, ça passe apparemment. Ensuite, quand Mme de Tourvel quitte le château pour échapper à ses sentiments pour Valmont, ce dernier mandate un valet pour savoir tout ce que fera sa promise loin de lui. Heu... stalker alert non ? Apparemment, les beaux costumes et les puissants moyens financiers permettent et excusent tout, ce qui m'est intolérable. Je ne sais pas quelles sont les intentions du film ou bien si certains considèrent ça comme du romantisme, mais moi, ça me fait bondir et ça me révulse, c'est plus fort que moi. L'amour de Tourvel est bâti sur des mensonges et des tromperies et ce, jusqu'à la fin. Si Valmont voit cet amour lui échapper, c'est parce qu'il est incapable de combattre son désir de vouloir coucher avec Merteuil, rien d'autre. Et il tentera d'ailleurs d'obtenir une place dans sa couche par un autre chantage sexuel mais Merteuil ne se laissera pas faire. C'est d'ailleurs un autre souci avec ce film, le fait que Merteuil soit présenté comme un personnage odieux et manipulateur alors que c'est pourtant une femme qui décide seule de sa vie, échappant ainsi aux carcans de son époque. Une femme libérée, solide et indépendante mais aussi manipulatrice et cruelle. Je ne peux vraiment être empathique de Valmont dans le cas présent car c'est sa seule vanité qui a précipité sa chute et celle de Mme de Tourvel. En refusant de jouer le jeu de Merteuil, il aurait pu gagner cet amour tant désiré.

Mon sentiment devant ce film est donc double. C'est un objet cinématographique splendide, un écrin somptueux qui contient des moments de cinéma incroyables, avec des acteurs magistraux, mais c'est aussi un film qui m'a énervé parfois, alignant les moments agaçants et en n'étant jamais honnête avec ses personnages. J'ai beau trouver certaines scènes bluffantes et parfois émouvantes, je n'ai aimé ni les personnages ni le message final.

Alors peut-être que je ne suis pas familier avec l'amour fou ou bien que je suis jaloux de ce cavaleur de Valmont, mais voilà, c'est aussi mon point de vue sur un film de bobos qui présentent des hommes et des femmes superbement vêtus qui ont l'âme noire et le cœur à l'envers, qui manipulent les gens de leur entourage et qui voudraient qu'on s'apitoie sur leur triste sort. Et bien non, très peu pour moi !

 

Note : 5/10

Budget : 14 000 000 $ soit l'équivalent d'un peu plus de 30 000 000 $ en 2017

BO US : 34 700 000 $ soit l'équivalent d'un peu plus de 74 400 000 en 2017 (32ème plus gros succès de l'année)

BO France : 1 705 456 spectateurs (18ème plus gros succès de l'année)

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