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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Hercule (1997) de Ron Clements et John Musker

Résumé : la Grèce, durant l'Antiquité. Les Dieux règnent sur l'Olympe et c'est jour d’allégresse. Zeus et Hera ont un nouveau fils et il s'appelle Hercule. Parmi ses cadeaux, un poulain ailé nommé Pégase dont il devient vite inséparable. Mais tous les Dieux ne sont pas à la fête. Sous Terre, Hadès règne sur le monde des Enfers et il s'avère que le nouveau né contrarie ses plans de putsch sur l'Olympe. Il décide alors de faire enlever le bébé par ses acolytes Peine et Panique afin de lui faire boire une potion pour qu'il devienne mortel et inoffensif. Hélas, son plan échoue et l'ultime goutte du breuvage n'est pas bu par Hercule qui est ensuite recueilli par un couple sans enfant. En grandissant, sa force surhumaine devient plus problématique à vivre mais l'ado est mis sur la voie de l'entraîneur des Héros, Philoctète. En rejoignant ce dernier, Hercule apprend à devenir le successeur des Achille, Persée, Thésée et autres Jason.

Critique : 1994, "Le Roi lion" est un carton mondial qui place Disney au sommet de l'entertainment pour les bambins. Ses campagnes marketing sont des modèles du genre, la santé financière du studio est florissante et il s'apprête bientôt à asseoir sa domination avec "Toy story", issu du studio Pixar (c'est aussi ce film qui lancera le marché du film d'animation 3D qui finira par éclipser l'animation traditionnelle mais c'est une autre histoire). Mais c'est aussi après ce succès monumental que la machine Disney va commencer à tousser. "Pocahontas", qui devait être le chef d'oeuvre de la décennie pour le studio, a obtenu des résultats décevants et "Le Bossu de Notre-Dame", pourtant signé par le duo qui avait offert à Disney sa première nomination à l'Oscar du meilleur film grâce à un dessin animé via "La Belle et la Bête", n'a pas non plus eu le succès escompté, surtout qu'en plus, la critique reproche au studio de signer des films trop sombres pour le public enfantin (quelques années plus tard, Disney sera taxé d'angélisme et on lui reprochera des œuvres trop consensuelles). Du coup, "Hercule" est perçu comme la réponse du studio avec une ambiance plus colorée et un humour assumé (comme si un film d'animation de cette ampleur était crée en 3 mois hein !!). Il faut dire que l'on retrouve à la baguette le duo créatif magique qui a plus ou moins tiré le studio de son sommeil en 1989 avec "La petite sirène".

Ce duo mythique est lié à Disney de manière presque organique et je profite de cette chronique pour vous narrer la carrière de ces deux bonhommes, deux créateurs de génie qui ont bercer mon enfance d'une manière ou d'une autre. Commençons par l'aîné, Ron Clements. Il débute sa carrière d'animateur au sein du studio Hanna-Barbera ("Scooby-Doo", "Capitaine Caverne", "Tom et Jerry" ou encore "Les Pierrafeu" comptent parmi les plus fameuses réussites du studio). Il est ensuite engagé par Disney au milieu des 70's où il suivra un apprentissage de deux ans avec un vétéran de la discipline. Il travaillera ensuite comme animateur sur "Bernard et Bianca" puis sur "Peter et Elliott le Dragon" avant d'être promu superviseur de l'animation sur "Rox et Rouky" (un des mes préférés quand j'étais petit). C'est là qu'il rencontre John Musker, simple animateur sur le projet.

John Musker de son côté fait partie de la fameuse promo 75 de Cal Arts, celle de la salle A113 où ses camarades s'appellent John Lasseter (futur fondateur de Pixar, réal de "Toy story" I & II, "Cars" I & II, "1001 pattes", actuel directeur de Disney Animation bref, THE Boss du domaine), Tim Burton, Henry Selick ("L'étrange Noël de Monsieur Jack", produit par Burton, "Coraline", "Monkeybone"), Brad Bird ("Le géant de fer", "Ratatouille", "Les Indestructibles", "M:I 4", "A la poursuite de demain") ou encore Chris Buck ("Tarzan", "Les rois de la glisse", "La reine des neiges"). Musker est donc un pur produit de la maison Disney et après Cal Arts, il intègre directement la production de "Rox et Rouky", projet sur lequel les deux artistes sympathisent.

Juste après, ils travaillent sur l'histoire de "Taram et le chaudron magique" mais sont virés durant la production du film. L'échec qui suit a failli couler le studio et c'est en un temps record que Clements et Musker (entre autres) accouchent de "Basil, détective privé" (alors lui, je l'ai vu au moins 20 fois avant d'avoir 12 ans), produit pour presque rien et très rentable. C'est avec bien plus de moyens que le duo sort "La petite sirène" (lui aussi, je l'ai beaucoup, beaucoup vu et au passage, je tiens à dire que je déteste le nouveau doublage sans la voix d'Henri Salvador) qui relance définitivement l'animation made in Disney avant de tout exploser avec "Aladdin", le Disney le plus drôle de tous les temps. Du coup, les voir se frotter au mythe d'Hercule est plutôt une bonne chose de prime abord.

Alors bien sûr, les entorses au mythe sont nombreuses et en grand amateur de mythologie grecque, ces aberrations sont parfois trop criantes. En même temps, difficile d'ignorer les contraintes d'une production Disney et plus généralement américaine. Il n'est pas du tout envisageable de faire d'Hercule un enfant issu d'un adultère (le classement PG-13 est à la clé soit un vrai suicide commercial pour un dessin animé grand public) et notre héros devient donc l'enfant légitime de Zeus et Héra. La chronologie et les héros sont mélangés et les 12 Travaux d'Hercule sont rapidement évoqués (pas tous qui plus est) tandis que le tout est grossièrement assembler pour former une histoire plus classique. Alors pourquoi est-ce que j'aime ce film ? Il présente en apparence les mêmes défauts que le "Hercule" version Brett Ratner précédemment chroniqué et la machine à essoreuse US ne laisse guère de place à la perversion des mythes anciens. C'est vrai mais le public est aussi très différent. Ensuite, soyons réaliste, aucune adaptation Disney n'a jamais réussi à conserver les tourments, les complexités, les spécificités parfois des contes qu'il se réapproprie. C'est le prix d'une adaptation et parfois, c'est payant, d'autres fois on se retrouve devant totalement autre chose et je dois dire que là, c'est le cas... en apparence.

Musker, Clements et leur équipe de scénaristes (le scénario d'un film d'animation Disney est généralement signé par une quinzaine de personnes) profitent de l'occasion pour y greffer beaucoup de références à la mythologie grecque mais aussi à la pop culture, des références impossible à capter par les enfants et donc plus destinées aux parents, tout en respectant de manière plus franche cette même mythologie. Contrairement aux produits modernes ("300", "Les Immortels", "Hercule", "Le choc des Titans"), les Dieux de l'Olympe sont représentés comme des êtres vraiment immortels, on ressent bien la puissance de leurs pouvoirs et on a droit à quelques scènes vraiment épiques qui respectent plutôt bien les mythes adaptés. Le polythéisme n'est pas traité comme un simple folklore voire une hérésie mais comme une composante essentielle de la vie des Grecs. Alors, ça peut paraître pas grand chose mais c'est déjà énorme vu ce à quoi nous avons droit aujourd'hui.

Ensuite, j'entretiens un lien fort avec ce film vu qu'avant sa sortie, j'avais maté de très nombreuses fois la bande-annonce hilarante du film avec notamment un personnage à hurler de rire qui en était la star : Hadès. Bon, à la sortie du film, le doubleur avait changer et les répliques étaient ainsi moins savoureuses mais je me souviens avoir bien rit malgré les diverses trahisons à l'oeuvre originelle ainsi qu'un déroulement un peu trop classique. Du coup, l'envie m'est venue de le revoir plus grand et cette fois-ci en VO car Hadès est doublé par un acteur démentiel : James Woods !

Jack Nicholson ou Willem Defoe notamment avaient été envisagé pour le rôle tandis que John Lithgow avait même enregistré l'intégralité des dialogues mais c'est finalement l'acteur frappadingue et au débit mitraillette qui a remporté la mise. Peu habitué des productions pour enfants, Woods a obligé l'équipe à modifier le caractère du personnage. Au départ envisagé comme un méchant au débit plus lent et à la personnalité plus menaçante et inquiétante, il a été transformé en ce Dieu excentrique, enchaînant jeux de mots et excès d'humeur pour coller à la voix de son interprète. un peu comme quand Robin Williams a fait du Génie de la Lampe ce monstre comique multipliant impros et imitations sur "Aladdin". Woods improvisera d'ailleurs plusieurs de ses répliques et le personnage reste encore aujourd'hui un de ses préférés, l'acteur revenant le doubler à chaque fois que l'occasion se présente (suite en série animée, jeu vidéo).

Le film est donc autant une comédie qu'un film d'action épique avec quelques séquences proprement bluffantes. Le début enchaîne les gags et les aventures, Philoctète est campé par un Danny DeVito qui inspirera également la silhouette du personnage aux animateurs et son trio avec Hercule et Pégase est un vrai régal. Les scènes d'action sont assez incroyables et véritablement spectaculaires entre un affrontement magistral face à l'hydre puis un autre plus titanesque face aux fameux Titans et qui réserve bon nombre de plans sidérants. L'animation assistée par ordinateur avait été entamée par le duo sur "La petite sirène" via la séquence de la tempête, elle devient ici encore plus présente et l'accomplissement technique est vraiment bluffant, sans pour autant que la prouesse technique prenne le pas sur l'importance de la scène d'un point de vue narratif. Ensuite, le scénario est assez bien vu et développe bien quelques thèmes inhabituels.

"Hercule" est aussi l'occasion pour les auteurs de faire une satire parfois au vitriol de la société de la société de consommation et de la folie du merchandising, une ironie savoureuse quand on sait que Disney a bâtit son succès là-dessus. Mais il ne faut pas confondre les artistes qui font les films et les publicitaires du studio qui exploitent ces mêmes créations. Alors, certains objecteront que la folie du merchandising est un sacré anachronisme... sauf que les athlètes de la Grèce Antique étaient de véritables stars à leur époque et il était courant que l'image de ces derniers soit déclinée un peu partout. Je trouve aussi que le style des personnages est bien travaillé, renouant avec les lignes de l'époque même si certains trouveront ce design un peu étrange voire raté. J'adore aussi la démarche dégingandé du Hercule ado, représenté à la démarche incertaine, avec ses pieds trop grands et mal orientés, son dos légèrement voûté ou encore les bras ballants. Bref, un vrai ado qui permet de faire une jolie parabole sur cette période ingrate, où notre corps change et occasionne quelques changements tout en multipliant les gaffes. Et puis, il y a comme toujours avec le duo un personnage féminin fort.

Megara n'est pas la plus belle héroïne Disney (surtout qu'elle arrive après deux des plus belles de tous les temps avec Pocahontas et Esmeralda) et j'ai beaucoup de plaisir à imaginer la réaction des publicitaires qui doivent imaginer les produits dérivés. Car Megara a cette grâce, cette silhouette assez sexy mais aussi un caractère très éloignée des princesses du genre : espiègle, maligne, manipulatrice, jouant ouvertement de ses charmes, indépendante d'esprit, elle est aussi un personnage torturé, tourmenté et asservie par Hadès (son background est d'ailleurs assez sombre pour le genre) et elle est nantie d'un sens de la repartie assez piquant. Bref, un cauchemar pour les marketeux.

Au final, c'est un film d'animation un peu fou, brillant techniquement, comportant de très nombreux plans (certains durent moins d'une seconde et confère au film un rythme assez incroyable) mais je trouve qu'il lui manque quelques séquences musicales fortes et Alan Menken ne fait pas vraiment preuve de beaucoup d'inspiration avec sa partition. En soi, "Hercule" reste encore un des Disney les plus drôles et les originaux du studio (avec "Kuzco" et "Chicken little" qui suivront les années suivantes), quand bien même il n'aura pas le succès espéré à sa sortie.

Le duo Musker-Clements sera ensuite en charge de "La planète au Trésor" dont l'échec précipitera la fin de l'aventure du cinéma d'animation en 2D avant d'être remis en selle par Lasseter en 2006, à la ré-ouverture du département animation. Hélas pour eux, "La princesse et la grenouille" sera un semi-échec qui refermera encore les portes de l'animation à l'ancienne en dépit d'un résultat graphique sublime. Le duo reste toutefois dans le giron Disney avec le film d'animation 3D "Vaiana, la Légende du Bout du Monde", nouvelle grande réussite visuelle, très drôle et là encore avec un personnage féminin très fort, portant un beau message.

Note : 8/10

Budget : 85 000 000 $

BO US : 99 112 101 $ (16ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 153 600 000 $ (12ème plus gros succès de l'année)

BO France : 4 406 679 spectateurs (5ème plus gros succès de l'année)

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