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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

The Thing (1982) de John Carpenter

The Thing (1982) de John Carpenter

Résumé : Antarctique, de nos jours. Un chien est poursuivi par 2 hommes d'origine norvégienne dans un hélicoptère au milieu de la banquise. Malgré les balles de fusil et les grenades, le chien parvient à rejoindre une base US tandis que les 2 norvégiens sont tués. Les 12 hommes sur place recueillent le chien. Toutefois, l'un des médecins se pose la question de savoir comment ce dernier est arrivé là et pourquoi les 2 hommes cherchaient à le tuer. Avec le pilote MacReady, il se rend sur leur base pour essayer de comprendre. Là bas, les 2 hommes trouvent des ruines, des cadavres carbonisés et un gros sarcophage. A leur retour à la base US, le chien est ensuite enfermé avec ses semblables. Sauf qu'assez vite, il s'avère que ce n'est pas un chien comme les autres et qu'il se transforme en quelque chose d'autre. Quelque chose de dangereux. Quelque chose qui peut prendre n'importe quelle forme. Quelque chose qui peut mettre en péril l'équilibre de notre monde. Ces 12 hommes vont alors devoir lutter contre cette chose mais aussi contre eux-mêmes au milieu d'une nature hostile.

Critique : 1975, le jeune producteur Stuart Cohen déjeune avec d'anciens élèves de USC, l'Université de Californie du Sud et parmi eux se trouve John Carpenter. La conversation dévie vers le film "La chose d'un autre monde" (1951) réalisé officiellement par Christian Nyby, ancien monteur de Howard Hawks notamment et qui a officié sur le film. Mais Cohen et Carpenter discutent essentiellement de la nouvelle qui a servit d'inspiration au film et qu'ils adorent. Les deux hommes aimeraient bien porter cette nouvelle à l'écran une nouvelle fois et Cohen se met alors en quête des droits. Pendant ce temps, Carpenter essaie de lancer sa carrière dans le business après avoir bouclé "Dark Star", son court-métrage de fin d'études qui est devenu un long et qui lui a pris quatre ans à finaliser. Cohen réussit à mettre la main sur les droits de la nouvelle qui appartiennent au producteur Wilbur Stark. Ils s'associent et vont démarcher deux autres producteurs, Lawrence Turman et David Foster, pour vendre le projet avec Carpenter à la barre. Sauf qu'à l'époque, le réalisateur n'est pas vraiment connu et son deuxième film, "Assaut", n'a guère permis de la faire connaître. Turman et Foster souhaitent confier le projet à Tobe Hooper, encore tout auréolé de son carton avec "Massacre à la tronçonneuse". Le jeune cinéaste s'attelle à l'adaptation mais durant 18 mois, Cohen et Stark refusent les différentes versions et Hooper finit par quitter le navire. De son côté, Carpenter obtient son premier gros succès avec "Halloween" en 1978. Le projet est lancé ? Non, pas encore.

John Carpenter signe ensuite un autre film fantastique, "Fog", qui remporte lui aussi un certain succès et au moment où les quatre producteurs sont prêt à lancer le projet, Carpenter doit honorer un contrat en réalisant "New York 1997" qui lui permet de tourner à nouveau avec Kurt Russell, un jeune acteur rencontré sur le tournage du biopic sur Elvis qu'ils tournèrent en 1977. Les deux hommes se sont rapidement entendus et sont devenus très amis. Le film est un nouveau succès qui permet au réalisateur d'être signé par un gros studio : Universal, studio mythique très lié au cinéma de genre et plus particulièrement avec des monstres dedans, voilà qui apparaît comme une association de rêves.

En attendant que Carpenter soit libre, les producteurs ont embauchés Bill Lancaster (authentique fils de Burt) pour rédiger le scénario et le jeune garçon a résolu bon nombre de soucis narratifs. De plus, sa version plaît énormément à Carpenter et le projet avance bien. Le studio est emballé, le cinéaste et le scénariste arrivent à imposer leur all male cast tandis que les effets spéciaux sont confiés à l'équipe du jeune prodige Rob Bottin avec qui Carpenter a travaillé sur "Fog". Chose rare, un chef décorateur, et pas n'importe lequel, le grand John Lloyd (pléthore de séries télé à son actif dont tous les "Alfred Hitchcock présente") propose ses services et construit une base grandeur nature. L'équipe se frotte les mains et le projet se tournera entre des décors dans les studio Universal et quelques scènes en extérieures tournées en Alaska. Le résultat ? Une tuerie.

The Thing (1982) de John Carpenter

Car oui, autant le dire d'entrée, "The thing" version Carpenter demeure encore aujourd'hui une véritable référence, un must du genre, un chef d'oeuvre à tous les niveaux de conception et surtout, une véritable leçon de mise en scène et de montage. L'art du cadre de Carpenter s'épanouit parfaitement malgré une majorité de scènes en intérieur mais le choix du Scope permet au réalisateur de faire naître une grande tension, avec des mouvements d'appareils plutôt lent et des plans larges en extérieurs d'une beauté minérale sidérante. Les matte paintings sont d'une beauté formelle qui vous vrille la rétine et qui s'intègre presque parfaitement à l'image. En dépit du fait que l'intrigue se déroule dans un endroit unique, le film n'est jamais ennuyeux, le scénario ménage ses coups de théâtre avec habileté et les effets sont au service de l'histoire.

La première fois que j'ai vu le film, je n'étais pas vraiment un grand fan de Carpenter, décrit un peu partout comme un maître de la forme mais je n'aimais pas vraiment tous les films que j'avais vu de lui. Si pour moi "New York 1997" et "Fog" faisaient figure de classiques instantanés, je trouvais que "Assaut" avait une réputation un peu surfaite, "Christine" m'avait un peu ennuyé malgré des effets spéciaux magistraux tandis que "Ghosts of Mars" était une série B sympathique mais mal fichue. Quand à l'autre film du cinéaste que j'avais vu à l'époque, il s'agissait de "Les aventures d'un homme invisible" mais ce film reste assez délicat dans sa carrière (perso, je l'avais beaucoup aimé quand je l'ai vu à 12 ans et je ne l'ai pas revu depuis 20 ans donc...). Avec "The Thing", c'est une évidence pour moi, Carpenter est un grand, un très grand.

The Thing (1982) de John Carpenter

Le début du film est splendide et nous plonge d'entrée de jeu dans un univers qu'on ne maîtrise pas et on ne comprendra cette ouverture que peu à peu. Les personnages sont rapidement présentés, les relations qui les lient ainsi que la fonction de chacun. C'est un vrai tour de force narratif et cela a pour effet de laisser tout le temps à Lancaster pour faire vaciller ces mêmes relations et faire évoluer ses personnages. Très vite, MacReady s'impose comme le héros à suivre et correspond pleinement aux canons du genre chez Carpenter. C'est le réalisateur qui a demandé à Kurt Russell de s'affubler de ce chapeau de cowboy, afin de le rendre plus facilement identifiable auprès du public mais aussi parce que c'est un indécrottable fan du genre (même s'il reste un fondu de SF). On retrouve d’ailleurs un sacré mélange des genres entre SF pure et dure mais aussi cinéma fantastique, film paranos tendance 50's et bien sûr le film d'horreur et sa profusion d'effets gore. Le cinéaste magnifie ses décors extérieurs avec le Scope, il découpe ses scènes de dialogues avec une précision rare, rendant ainsi d'une incroyable lisibilité les échanges entre 12 personnages dans des pièces exiguës. Les scènes chocs sont dosées et il sait prendre son temps pour épaissir le mystère avant de faire exploser le tout dans des scènes devenues mythiques. Carpenter cède parfois à la tentation d'effets faciles, avec des personnages qui passent rapidement dans le cadre mais ça reste très léger et ça n'entache en rien le plaisir que l'on prend à visionner le film.

The Thing (1982) de John Carpenter

Les personnages demeurent assez troubles jusqu'à la fin et surtout, le scénario prend parfois de gros risques en présentant à un moment MacReady comme un hôte de l'alien. Plusieurs indices pour induire le spectateur en erreur sont disséminés, parfois grossièrement mais ça contribue à nous plonger dans cette ambiance paranoïaque stressante, cette tension nous mettant beaucoup plus mal à l'aise que les scènes chocs. Ces dernières bénéficient de toute l'implication de Rob Bottin et de son équipe, qui ont explosé le budget alloué pour en venir à bout. Le célèbre élève de Rick Baker, malgré ses 22 ans, possédait déjà une sacrée réputation à l'époque mais il s'est tout bonnement surpassé sur le projet, travaillant non-stop durant 370 jours pour arriver à ce résultat (sur les 40 personnes de sa team, 10 seront hospitalisés à la fin du tournage pour extrême fatigue, Bottin ne se nourrissant que de barres chocolatées et de soda durant son année de labeur, dormant dans son bureau). Le résultat est une alliance d'à peu près tout ce qui était possible à l'époque : prothèse en latex, silicone, résine, fibres de verre, animation image par image, filin, marionnettes à main, par mécanismes ou hydrauliques bref, un travail de titan accompli par une équipe de passionnés, de fous furieux, des artistes dédiés à leur art mais qui sera superbement ignoré par la profession, incapable de classer correctement le résultat final. Plus de 30 ans après, les séquences de transformations de la Chose restent encore plus convaincantes que n'importe quelle images de synthèse, Carpenter confiant qu'aujourd'hui, il ne s'y prendrai pas autrement pour la majorité des trucages. Les textures sont là, ça suinte, ça saigne, c'est dégeu (mélange de chewing gums, de confiture et de mayonnaise pour certains liquides) mais ça en jette un max, comme jamais auparavant et comme rarement par la suite.

The Thing (1982) de John Carpenter

Le film est également très riche d'un point de vue narratif, faisant le tour de son sujet et rendant inutile tout prequel (qui se fera par la suite en dépit du bon sens) car ce qui arrive dans la station norvégienne est soit reproduit dans le film (la hache dans la porte, les cadavres carbonisés) ou bien aisément explicable (le suicide d'un des scientifiques). Pourtant, il y a encore quelques zones d'ombre dans le film mais ça laisse la possibilité au spectateur de faire travailler son imagination.

Quand aux acteurs, ils sont géniaux. Kurt Russell bien sûr qui signe une performance incroyable, surtout qu'il évolue à des années lumière de sa composition de Snake Plisken l'année précédente. Son talent éclate dans plusieurs scènes et il confirme aussi son incroyable faculté à sortir des punchlines bien senties tout en étant capable d'une grande variété de jeu. Le voir avec sa barbe à moitié gelée, le regard fous en tenant des bâtons de dynamite et une fusée éclairante allumée en train de menacer de tout faire sauter, c'est quand même du haut niveau. Keith David est aussi impressionnant tandis que le reste du casting composé de relatifs inconnus, arrive à se hisser au niveau, malgré des rôles un peu moins développés mais qu'ils arrivent à faire exister via quelques petits détails.

The Thing (1982) de John Carpenter

Un film inoubliable, marquant et d'une maîtrise formelle ahurissante qui sera pourtant un gros bide à sa sortie ! L'explication ? "E.T" de Steven Spielberg est un gros carton et le public n'a semble-t-il pas trop envie de voir de méchants extraterrestres en train d'essayer de coloniser la Terre. La presse spécialisée assassine également le film (le magazine cinefantastic titre "Est-ce le plus mauvais film de genre de tous les temps ?") et la Universal est très déçue. Ironiquement, le film se retrouve dans la même situation que le film original, sortit en même temps que le pacifique "Le jour où la Terre s'arrêta" de Robert Wise.

La carrière de John Carpenter s'en retrouva grandement impactée, l'obligeant à signer de quelques films de commande et résumant ainsi sa carrière, celle d'un artiste en avance de 10 ans à chaque film mais dont l'avant-gardisme lui occasionnera plus d'échecs que de succès. Par contre, la postérité place le film au rang des chefs d'oeuvre du genre et c'est bien mérité.

Note : 10/10

Budget : 11 500 000 $

BO US : 19 629 760 $ (42ème plus gros succès de l'année)

BO France : 562 478 spectateurs (79ème plus gros succès de l'année)

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