Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Secret d'Etat (2014) de Michael Cuesta

Résumé : Gary Webb est journaliste au San José Mercury News et son truc à lui, c'est de traquer la vérité. Webb est un journaliste d'investigation de talent et un matin, il est contacté par la petite amie d'un homme suspecté d'être un trafiquant de drogue. La femme prétend également détenir un dossier explosif, déclassifié par erreur et qui montre que la CIA a financé les révolutionnaires du Nicaragua en produisant et en exportant de la drogue afin d'inonder les USA et plus particulièrement les quartiers pauvres. Webb a d'abord du mal à y croire mais il finit par suivre quelques pistes et découvre petit à petit l'ampleur du complot. A force d’opiniâtreté, de recherches et de rencontres, il finit par se bâtir une histoire solide qui finit par convaincre son éditeur et son rédacteur en chef de commencer la publication d'une série d'articles. Le retentissement de ces derniers sera suffisamment dévastateur pour changer sa vie à tout jamais.

Critique : Michael Cg>uesta est un jeune réalisateur qui s'était fait connaître avec le film indé "L.I.E" en 2001 mais qui n'a jamais cherché ou réussit à intégrer le cinéma de divertissement. Il a continué à évoluer dans ce milieu indépendant tout en signant quelques épisodes de séries TV ("Dexter", "Six feet under", "True blood" en plus de trois pilotes de séries encore diffusées à ce jour : "Blue bloods", "Elementary</em>" et "Homeland" dont il a réalisé sept autres épisodes des saisons 1 et 2). Bref, son CV est assez intéressant et sa volonté de persévérer dans cette voie est fort respectable, surtout à l'heure où de nombreux jeunes débutent dans le ciné indé pour s'en servir de tremplin vers les blockbusters (Josh Trank, Colin Trevorrow </strong>et Ryan Coogler pour citer les plus récents). En 2005, Cuesta signait le drame "12 and holding" avec notamment Jeremy Renner au casting.

J'avais découvert Renner, comme tout le monde, dans "SWAT, unité d'élite" en 2004 et j'avais tout de suite arong>ccroché avec cet acteur au charisme magnétique qui s'imposait face à Colin Farrell (qui s'y connaît en termes de charisme lui aussi) malgré un rôle assez unidimensionnel dans ce film d'action regardable qui gâchait une bonne idée de départ. Toujours est-il que j'ai suivi la carrière de Renner qui a fini par exploser aux yeux d'un plus large public de connaisseurs dans "Démineurs" de Kathryn Bigelowng> et que depuis, il s'est imposé à Hollywood dans plusieurs blockbusters (Hawkeye dans l'univers Marvel, remplaçant de Matt Damon dans "Jason Bourne : l'héritage", adjoint de Ethan Hunt dans "Mission : Impossible" 5 & 6). Il s'est même payer le luxe de refuser "Le cinquième pouvoir" dans lequel il devait incarner Julian Assange afin de suivre Cuesta dans son projet.

Un projet sur un sujet tellement sensible que plusieurs membres de l'équipes, techniciens ou acteurs, ont reçu de nombreuses "menaces" de la part du gouvernement (pas directement d'un cabinet en particulier mais de diverses antennes du pouvoir fédéral) pour abandonner le projet, aussi bien durant le tournage que pendant la post-production. Le film est produit par Renner lui-même (entre autres), preuve de son investissement dans ce projet qui semble vraiment lui tenir à cœur.

Car Gary Webb fût ce qu'on pourrait appeler un vrai héros, un homme ordinaire qui va, seul ou presque, faire face à l'adversité et tenter de faire triompher la vérité. Le cinéma américain a toujours été friand de ce genre de films et le maître étalon du genre reste encore aujourd'hui "Les hommes du Président" d'Alan J. Pakula qui montrait l'enquête de deux journalistes pour faire éclater le scandale du Watergate. Sauf que le sujet défendu ici est un peu moins fédérateur (Nixon a toujours été largement détesté par l'opinion publique) et surtout, il ne correspond pas vraiment à l'image que la société US veut vendre.

On le sait, la CIA et les autres agences de renseignements n'ont jamais été avares de coups tordus pour remplir certains objectifs, parfois pas toujours dédiés à la Sécurité Nationale. Mais il faut bien reconnaître que ces coups font partie intégrante de la nature même des agences de renseignements, qui évoluent dans une région grise et floue de la diplomatie internationale. L'affaire présentement développée par le film est autrement plus problématique car cette fois, une agence américaine a conçu un complot visant à empoisonner sciemment des citoyens américains pour défendre des intérêts dans un pays étranger afin de protéger la société américaine de l'invasion (idéologique essentiellement mais aussi géographique) du communisme. Le scénario reprend largement l'enquête menée par Webb quand il était journaliste et son livre "Dark Alliance" paru en 1998 mais tiré d'une série d'articles écrits en 1996. Le sujet est polémique car à l'époque, et c'est ce que montre le film, Webb fût largement attaqué de toutes parts, y compris au sein de sa propre rédaction, concernant la véracité des faits relatés. Il faut dire que le bonhomme, journaliste dans un petit journal local, a fait la nique à certains grands journaux comme le LA Times et surtout le Washington Post, dont la réputation repose en grande partie sur les affaires d'envergure et plus particulièrement celle du... Watergate. Le film raconte donc ce tournant où les journalistes ont cédées aux pressions du gouvernement et mis leur propre parole en défiance.

Ainsi, les critiques contre son travail ne viennent pas vraiment de la CIA mais surtout de son propre clan, son corps de métier, qui le nomme certes pour le titre de journaliste de l'année mais qui jalouse surtout sa réussite (ça continuera avec la sortie du film puisque certains critiques continueront de démonter l'enquête de Webb et par ricochet, le film). Ceci est symptomatique de notre société et de ce qu'est devenu le journalisme. Obligé de se vendre à de grands groupes industriels, le métier est devenu un des plus méprisé à travers le monde dans des société occidentales qui ont découverts la puissance des médias alternatifs et notamment les blogs et les sites qui refusent d'être de simples relais de l'idéologie dominante. Les conspirationnistes pullulent et la presse écrite tout comme les médias nationaux font face à une défiance, une crise de confiance de la part des citoyens qui ne se reconnaissent plus dans les situations décrites par ces derniers. Je ne suis pas vraiment un partisan des conspirationnistes et autres mais le fait qu'il existe des voix divergentes amène autant de la confusion que de nouveaux regards, les médias alternatifs étant eux aussi parfois dirigés par des groupuscules servant des intérêts pas toujours très clairs.

En attendant, le film parle du courage et de la volonté de cet homme à faire triompher la vérité et à obliger l'agence de renseignement à faire face à ses responsabilités. Webb ne défend pas les trafiquants, il défend les innocents dans le sens où certains ont fait ça presque sous la contrainte et à une échelle inenvisageable pour eux sans l'aide de la CIA. L'agence finira par avouer publiquement que les affirmations de Webb étaient fondées mais le choix du timing sera déterminent puisqu'à l'époque, l'opinion publique était plus intéressée par les révélations concernant la liaison entre Monica Lewinski et Bill Clinton. C'est d'autant révélateur de la ligne éditoriale de la presse moderne que des goûts du public, qui s'intéresse de plus en plus aux gens plutôt qu'aux idées. Par la suite, Clinton détournera l'attention en attaquant l'Irak, noyant définitivement l’affaire. On peut d'ailleurs dire que tout ça sent bien les manipulations de la CIA, qui gagne ainsi sur tous les tableaux.

Le casting du film et impressionnant on voit défiler pas mal de visages connus dans des rôles qui ne dure souvent qu'une scène avec Robert Patrick, Tim Blake Nelson,g> Paz Vega, Barry Pepper, Ray Liott</strong>a, Andy Garciang>, <strong>Michael Sheen et ong>Michael Kenneth Williams bref, les seconds rôles sont soignés et surtout, le scénario leur accorde à chaque fois une bonne place. L'équipe entourant Webb est composée de Elisabeth Mary Winstead, jeune actrice qui signe ici une très belle performance qui montre que son talent reste encore très sous-exploité tandis qu'Oliver Platt est lui aussi impeccable.

La mise en scène de Cuesta est simple, presque invisible, s'appuyant sur un découpage solide et qui met surtout en valeur le talent de Renner qui signe là une des meilleures prestations de sa carrière. Son côté trapu et son magnétisme animal est ici plus mis en retrait et son jeu se veut moins démonstratif. Il conserve toujours cette intensité mais de manière plus diffuse, apparaissant parfois comme très vulnérable. Webb s'affirme tout au long du film comme un homme admirable, courageux et volontaire mais possédant quelques failles, des craquelures qui seront exposées sans fard. Quand à son destin, il reste encore aujourd'hui très émouvant (j'ai failli pleurer à la fin car c'est évoqué de manière simple mais aussi très puissante) et on ne peut que se révolter que son nom soit aujourd'hui presque tomber dans l'oubli. On ne peut surtout que mépriser ceux qui ne lui ont pas accordés leur confiance, cédant à leurs ambitions, leurs jalousies et leurs incompétences.

Mais bien évidemment, le film sera aussi un échec à sa sortie, peinant à trouver un circuit de distribution digne de ce nom (moins de 500 écrans, un soutien timide de la presse) ce qui nous permet de constater que si le cinéma US produit de tout, les films les plus polémiques ne trouvent pas forcément le chemin des salles. Rendez donc hommage à Gary Webb et faisant l'acquisition du film et en regardant ce thriller tendu, bien documenté et passionnant de bout en bout.

Note : 9/10

Budget : 5 000 000 $

BO US : 2 450 846 $ (178ème plus gros succès de l'année)

BO France : 130 977 spectateurs (211ème plus gros succès de l'année)

POUR ALLER PLUS LOIN

Vidéo (en anglais) du collectif Infowars confirmant le fait que la CIA a bel et bien détruit la carrière de Webb.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article