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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Que sont-ils devenus ? Episode 10 : Jeff Goldblum

Tous les mois, je vous invite à retracer le parcours chaotique de certaines stars du cinéma qui ont atteint les sommets, multipliés les succès et les récompenses avant de connaître quelques accros dans leur carrière qui les ont plongés dans un certain oubli, autant du côté de la profession que de celui de la critique. Mauvais choix, comportements détestables, destins contrariés, amnésie des médias et parfois de leurs pairs, malchance, censure, il y a un peu de tout ça dans ces trajectoires presque météoriques. Acteur souvent secondaire, y compris dans ses plus gros succès en tant que 1er rôle, il a souvent su s'effacer derrière ses rôles ou bien ses partenaires pour briller au détour d'une phrase, accentuée par sa voix si typique. Jeff Goldblum est sans doute un gars bien, qui a su mener sa carrière en toute discrétion si bien que sa disparition des circuits hollywoodiens est presque passée inaperçue. Retour sur le parcours d'un acteur doué et qui recèle de quelques trésors.

Que sont-ils devenus ? Episode 10 : Jeff Goldblum

Parcours : Jeffrey Lynn Goldblum est né le 22 octobre 1952 à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Il est le 3ème enfant d'un couple qui en aura quatre. Son père est docteur tandis que sa mère est une ancienne animatrice radio qui s'est reconvertie en ouvrant son entreprise de composants électroniques.

Le jeune Jeffrey et sa famille résident dans la banlieue de la ville, à Whitaker, ce qui n'empêche le couple d'emmener leurs enfants voir des spectacles à New York et c'est lors de ces nombreuses excursions que le jeune garçon attrape le virus de la comédie. Ses parents l'encouragent dans cette voie, son père y trouvant sans doute un moyen de concrétiser ses propres rêves puisqu'il faisait partie d'une troupe de comédiens avant d'intégrer l'université (il renoncera à faire ce métier, ne se sentant pas à la hauteur des grands noms de la discipline). C'est ainsi que Jeffrey, alors âgé de 17 ans, finit par monter à New York avec l'appui financier de ses parents.

Que sont-ils devenus ? Episode 10 : Jeff Goldblum
Que sont-ils devenus ? Episode 10 : Jeff Goldblum

Il fait ses classes d'abord lors d'une classe d'été à la Carnegie Mellon University puis ce sera l'apprentissage du métier à la prestigieuse Neighborhood Playhouse sous le patronage de Sanford Meisner. Cette prestigieuse école de théâtre new-yorkaise est particulièrement réputée et de nombreuses stars en sont sortit parmi lesquelles : Gregory Peck, James Caan, Robert Duvall, Meg Foster, Diane Keaton, Grace Kelly, Eli Wallach, Kim Basinger, Dustin Hoffman ou encore Sidney Pollack pour n'en citer que quelques-uns. La méthode Meisner est à l'opposé de la fameuse méthode Strasberg, qui propose une approche plus analytique du jeu, il s'agit ici de se laisser porter par l'environnement tout en donnant beaucoup d'importance à son partenaire. Il n'est donc guère étonnant de voir que Meisner a formé de nombreux 2nds rôles du cinéma US.

Si le jeune Jeffrey apprend vite et bien, il connaît un drame personnel qui l'affectera beaucoup, la mort de frère Rick à 23 ans et dont il était très proche. Le jeune homme de 19 ans encaisse le coup et poursuit sa route, plus déterminé que jamais sans doute. Il joue pour la première fois en off-Broadway dans la comédie musicale "Two gentlemen of Verona". Mais son premier coup de pouce viendra peu après avec la pièce "El grande de Coca Cola" à laquelle assiste le cinéaste Robert Altman. Ce dernier l'engage ensuite pour jouer un petit rôle dans son film "Les flambeurs" en 1974 (il le reprendra ensuite pour un autre petit rôle dans "Nashville"). C'est également en 74 qu'il joue son tout premier rôle, celui d'un des agresseurs de la femme et de la fille de Paul Kersey dans "Un justicier dans la ville". Il ne subira toutefois pas le courroux de Charles Bronson dans le film.

L'entrée de la Neighborhood Playhouse, à New York.

L'entrée de la Neighborhood Playhouse, à New York.

Que sont-ils devenus ? Episode 10 : Jeff Goldblum

Sa première ligne de dialogue, il l'obtient en 1977 dans "Annie Hall" de Woody Allen et immédiatement, son phrasé si typique marque les spectateurs ainsi que certains producteurs et cinéastes. Il obtient ainsi un 2nd rôle dans "Between the lines" puis vit une année 78 bien remplie : "Tu ne m'oublieras pas", "Dieu merci, c'est vendredi" et surtout le remake du classique de Don Siegel, "L'invasion des profanateurs" qui est cette fois signé par Philip Kaufman. Mais sa carrière ne décolle toujours pas alors il tourne pour la télé : la série "Timide et sans complexe" (une création de Stephen J. Cannell où il forme un duo avec Ben Vereen, la série sera annulée au bout d'une saison), un téléfilm autour de la légende Sleepy Hollow dans lequel il campe Ichabod Crane puis quelques apparitions dans d'autres séries ("Laverne and Shirley", "Devlin Connection"). Son autre grande chance, il l'aura en 1983.

Lawrence Kasdan l'engage en effet pour être un des amis réunis à l'enterrement d'Alex dans "Les copains d'abord". Le film est un des gros succès de l'année et cette fois, sa carrière est bien lancée au cinéma. Il sera l'un des héros des Aventures de Buckaroo Banzai à travers la 8ème dimension, un film qui deviendra culte après sa sortie et sur le tournage duquel il fait la connaissance de Peter Weller, trompettiste de jazz émérite. Car oui, l'autre passion de Goldblum, c'est la musique et notamment le piano. Avec Weller, ils montent un groupe qui se produit régulièrement sur scène : The Mildred Snitzer Orchestra, dans lequel il chante à l'occasion.

Mais revenons aux plateaux de cinéma avec la suite de sa carrière : "Série noire pour une nuit blanche" de John Landis, un petit rôle dans "Silverado" de Kasdan, "Transylvania 6-500" avant de se voir confier le rôle principal du remake de "La mouche". Lui et David Cronenberg se sont rencontrés sur le tournage du film de Landis et le cinéaste canadien s'est battu pour l'imposer auprès du studio. De son côté Goldblum suggère à Cronenberg d'engager Geena Davis, alors sa fiancée, pour le rôle principal féminin. Après une seule lecture, Cronenberg exige d'avoir l'actrice dans son film mais se heurte là encore à la réticence du studio, qui finira par plier après avoir visionné les essais de Davis. Le film marche bien dans les salles et l'acteur est alors une vedette reconnue.

Il retournera avec Geena Davis dans "Objectif terrienne" mais sa carrière s'enlise un peu à la fin des années 80, surtout qu'il joue souvent le même type de rôle, à savoir le gars lunaire, souvent un scientifique. Il mettra ses talents de pianiste au service du film "Rue Saint-Supplice" en 1991 avant de connaître la gloire internationale dans "Jurassic Park". Il ne parviendra pas à faire fructifier son statut et les films suivants se prendront des gadins ("Souvenirs de l'au-delà", "Powder", "La couleur de l'arnaque"). Il retrouvera le succès avec "Independance Day" dans lequel il forme un duo chic et choc aux côtés de Will Smith face aux Aliens belliqueux. Et puis il repart à la chasse aux dinos mais tout ne se passe pas comme prévu.

Que sont-ils devenus ? Episode 10 : Jeff Goldblum

Point de rupture

En fait, je pense que sa carrière s'écroule un peu après les deux films dont je vais parler. En retrouvant la veste de cuir du Dr Malcolm pour "Le monde perdu", la suite de "Jurassic Park", il fait certes le choix de la facilité (surtout que Sam Neill ne rempile pas, ce qui explique le choix du studio de miser sur son personnage) sauf que Malcolm était un personnage secondaire, sympathique certes, mais qui ne fera pas l'unanimité auprès des fans. Alors certes, le film est plombé par plein d'autres problèmes mais le fait qu'il n'arrive pas à porter le film sur ses épaules (la faute aussi à un rôle pas franchement emballant) est sans doute le symbole de sa future chute.

Son film suivant est, par contre, un pur désastre, aussi bien auprès de la critique que du public. "Mister G", avec Eddie Murphy et Kelly Preston, est un bide, un vrai, doublé d'un mauvais film horripilant duquel rien ne peut être sauvé. De plus, l'acteur a alors plus de 40 ans et il va découvrir que le nouveau public n'a plus vraiment envie de voir des personnages de scientifiques inactifs, lunaires et sympathiques. Les blockbusters vont désormais mettre en valeur les super-héros et Goldblum n'en a pas la carrure.

Que sont-ils devenus ? Episode 10 : Jeff Goldblum

Après : c'est bien simple, ses films seront presque tous des bides et il n'y guère "Comme chiens et chats", divertissement familial inoffensif dans lequel il passe les plats face à des animaux doublés numériquement, pour lui permettre de connaître un nouveau succès. Mais l'acteur ne peut se satisfaire d'une telle de fin de carrière et il cumule ainsi les films indépendants, qui ne connaissent pas vraiment les faveurs du public.

La critique professionnelle est également emportée dans le tourbillon des blockbusters mettant en scène les super-héros avec les arrivées des "X-Men" de Bryan Singer, "Spider-Man" de Sam Raimi ou encore "Les 4 fantastiques" de Tim Story. Du coup, l'acteur finit par délaisser les plateaux de cinéma, jouant régulièrement des 2nds rôles (comme dans "La vie aquatique" de Wes Anderson), il apparaît dans "Will & Grace" avant d'avoir une série à son nom : "Raines", annulée au bout de 7 épisodes. Il deviendra alors l'un des détectives de "New York : Section Criminelle", prenant la place de Chris Noth (un autre ancien de la Neighborhood Playhouse) dans la saison 9. Il viendra aussi faire un tour dans les séries "Glee", "The League" ou encore "Inside Amy Schumer" tout en donnant de la voix dans "Portlandia". Et le cinéma ?

Et bien il reste cantonné aux 2nds rôles dans "Une famille très moderne", "Morning glory", "The Grand Budapest Hotel" ou encore "Charlie Mortdecai". Et quand un acteur au creux de la vague peine à exister, il n'a pas d'autre choix que de reprendre du service dans les suites de ses anciens succès.

Alors que nous sommes en plein revival, il n'est pas étonnant de voir "Independance Day" connaître les honneurs du suite, 20 ans après le 1er opus. Je dois dire que mon choix d'inclure Jeff Goldblum dans cette catégorie datait un peu avant d'apprendre qu'il revenait au cinéma dans un tel blockbuster, lui qui avait déjà vu le train "Jurassic World" lui passer sous le nez. Et bien évidemment, c'est le retour des dinos qui a cartonné au box-office plus que celui des Aliens belliqueux. Du coup, quel avenir pour Jeff ? Et bien, il ira faire un tour du côté de Marvel pour les besoins de "Thor : Ragnarök". Est-il besoin de préciser qu'il s'agit du héros de la firme qui connaît le moins de succès (à égalité avec "Ant-Man" tout de même) ?

Peut-il revenir ?

On l'a vu, sa carrière a connu quelques coups d'éclat parmi une myriade d'échecs et de bides, de rendez-vous manqués et de mauvais choix. Jeff Goldblum n'est pas fait pour être une méga-star (la preuve, il n'apparaît jamais sur l'affiche de ses plus grands succès, son nom parfois mais en tout petit) et il semble que l'acteur se soit fait une raison. Son jeu atypique, son phrasé si spécifique, son côté lunaire, autant d'éléments qui font de lui un acteur qu'on adore voir en arrière-plan mais rarement sur le devant de la scène. Il puis, il semble qu'il n'en ai pas grand chose à faire, surtout depuis qu'il est devenu papa pour la première fois.

Pour moi, c'est non à 95%.

Et pourtant...

L'acteur a connu quelques gros succès au box-office et son cumul frôle les deux milliards de dollars (sans prendre en compte l'inflation) ce qui est somme toute un très bon résultat. De plus, il compte quelques belles récompenses comme le Saturn Award du meilleur acteur pour "La mouche" mais surtout, il a fait une percée intéressante derrière la caméra avec le court-métrage "Little surprises", nommé à l'Oscar de la discipline en 1997. Alors, à quand un film dirigé par Jeff Goldblum ? Sans doute jamais, là encore.

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