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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Mea culpa (2014) de Fred Cavayé

Mea culpa (2014) de Fred Cavayé

Résumé : Simon et Franck sont policiers. A la suite d'un accident de la circulation impliquant Simon, ce dernier est radié de la police et travaille désormais comme convoyeur de fonds. Son mariage s'est brisé et il tente de conserver un peu de liens avec son fils mais c'est difficile. Franck de son côté est confronté à un début de règlement de comptes dans la ville et il se retrouve ainsi sur la piste d'un gang ultra-violent. Alors que le nouveau beau-père du fils de Simon décide d'emmener l'ex de Simon et son fils, ce dernier tombe sur les membres du gang qui viennent de commettre un nouvel assassinat. Il parvient à s'enfuir et il est recueilli par la police mais le commandant refuse de la placer sous protection. C'est alors que les membres du gang décide de tenter de l'assassiner mais Simon intervient et il décide alors de protéger son fils, coûte que coûte.

Critique : ce n'est pas souvent que je chronique des films français et ce n'est pas vraiment que j'y suis réfractaire. J'en vois moins que des films US et je dois dire que j'ai un faible pour la comédie française "à l 'ancienne" avec des auteurs qui avaient une maîtrise de la langue autrement supérieure à maintenant. C'est pareil avec le polar, un genre fréquenté par des passionnés du genre, qui y mettaient beaucoup d'application et leurs films continuent encore de captiver les fans du genre. Si le polar, et plus largement le film policier, a vécu un petit revival ces dernières années, trouver un bon auteur dans le lot demeure assez rare. C'est pourquoi j'ai beaucoup d'affection pour un cinéaste tel que Fred Cavayé, un mec doué, passionné par le genre et qui présente un discours cohérent, se bâtissant en trois films une oeuvre forte et sans concession. Il s'était révélé avec le très tendu "Pour elle" qui offrait à Vincent Lindon un rôle assez inédit dans sa carrière et puis après, il enchaîna avec le très efficace et percutant "A bout portant" avec Gilles Lellouche en homme ordinaire qui se bat pour sauver son épouse. Le film lui permit de confirmer du même coup son talent et une certaine popularité naissante. C'est en toute logique qu'il réunit les deux têtes d'affiche des ses précédents films pour offrir au public français un ultime effort condensant son art de la mise en scène et une certaine habileté narrative.

Mea culpa (2014) de Fred Cavayé

Lors de ses interviews de promo, j'ai découvert un cinéaste assez modeste mais conscient de ses capacités de metteur en scène, opérant au sein d'un système qui ne permet pas trop ce genre d'excentricités si ce n'est en opérant au sein de l'écurie Besson, ce qui n'a pas l'air d'être son truc. Scénariste de ses films, Cavayé reprend ici un projet mené au départ par Olivier Marchal avant d'abandonner en cours de route. Avec son complice Guillaume Lemans (également consultant sur l'excellent film d'espionnage "Secret défense" de Philippe Haïm, passé un peu trop inaperçu en 2008 mais terriblement avant-gardiste), Cavayé en tire un scénario tendu, rapide, efficace et riche en personnages torturés (sans doute un reste de l'idée d'Olivier Marchal, peu avare dans le genre). Entre-temps, Cavayé a vu son premier film être refait aux USA par Paul Haggis avec Russell Crowe reprenant le rôle de Vincent Lindon ("Les trois prochains jours", un bon polar qui vaut bien l'original) et il a également refusé de faire "Die hard 5", laissant John Moore poursuivre le saccage de la franchise. Le jeune cinéaste a le niveau technique pour opérer aux USA mais il tient avant tout à sa liberté artistique. Et on peut dire qu'il a bien fait de rester même.

Mea culpa (2014) de Fred Cavayé

Rarement il m'avait été donné l'occasion de voir un film d'action français aussi bien foutu, mené sans temps mort et avec une seule envie : foncer le plus vite possible et enchaîner les scènes d'action à un rythme fou. En fait, depuis "A bout portant", rien de similaire n'avait été fait je crois. Un des reproches que j'entends assez souvent au sujet du film, c'est son manque de psychologie. Je ne suis pas vraiment d'accord avec ça et d'une manière générale, ça m'énerve un peu car de nombreux films d'action sont désormais gâchés par cet excès de psychologie qui nuit un peu au film. Les personnages du cinéma d'action existent à travers... leurs actions. Ça ne sert à rien de chercher à expliquer ou justifier les actions des héros voire des méchants. C'est un genre primaire voire primal qui oppose deux visions du monde radicalement différentes et qui s'affrontent avec comme but ultime la survie de l'un et la destruction de l'autre. Dans ses interviews, Fred Cavayé se justifiait ainsi en déclarant qu'il n'avait pas développé plus que ça les figures des bad guys car il n'en voyait pas l'intérêt dans le cas présent : ils sont méchants parce que c'est comme ça, ce sont des méchants de cinéma comme on en a vu des centaines dans le genre et c'est à nous, éventuellement, de chercher à mieux les connaître via quelques indications. Ils sont méchants, très méchants même, c'est comme ça et ce n'est pas très grave à vrai dire.

Les héros par contre ont un background un peu plus étoffé et s'imposent même comme des âmes tourmentées, des hommes brisées qui font leur boulot comme ils peuvent, brûlant sa vie par les deux bouts pour l'un quand l'autre peine à retrouver le goût de l'existence. Vincent Lindon et Gilles Lellouche composent avec suffisamment de talent et d'implication ces deux héros. Alors, je sais que le cadet des Lellouche n'est pas très populaire au sein de la communauté cinéphile mais personnellement, je le trouve bon voire très bon dans certains films même s'il est clair qu'il reste plus à l'aise dans des 2nds rôles qu'en tête d'affiche.

Mea culpa (2014) de Fred Cavayé

Le scénario n'est pas parfait, loin de là, et il empile avec un peu trop de constance les facilités, les invraisemblances et les grosses ficelles mais il reste tendu d'un bout à l'autre, impliquant sans cesse le spectateur et l'embarquant dans une succession de péripéties tout en profitant de quelques rares respirations pour développer ses personnages principaux. La seconde moitié du film est carrément une succession presque ininterrompue de fusillades, de courses-poursuites et de bastons, ne laissant que peu de répit au spectateur et nous embarquant dans une virée survitaminée. J'imagine sans peine le pied qu'à dû prendre Fred Cavayé à mettre en boîte cette succession de cascades qui sont d'une belle facture technique, avec un découpage fluide et lisible, ce qui devient un peu trop rare de nos jours. Alors certes, Vincent Lindon n'est pas Jason Statham, Sylvester Stallone ou bien Jet Li mais les combats sont bien chorégraphiés. De plus, la réputation de perfectionniste de l'acteur n'est plus à faire, le bonhomme demandant régulièrement à certains spécialistes de lui montrer certains gestes a priori anodin afin de les reproduire avec exactitude. Sa performance physique est assez intense et il reste toujours un meilleur acteur que les autres cités plus haut.

Fred Cavayé dissémine également ça et là quelques références au cinéma qu'il aime et j'en ai détecté quelques uns comme cette séquence dans le marché désert avec le jeune garçon traqué par un motard casqué et un plan notamment qui fait clairement référence à "Jurassic Park". Il y a aussi cette fusillade dans la boîte de nuit qui rappelle immanquablement "Collateral". Sa lumière est également très travaillée, tirant vers des oranges crépusculaires puis des bleus plus métalliques tout en restant assez naturelle pour les scènes de jour. Quand au final du film, il reste parmi l'un des plus tétanisant du genre, avec cet affrontement homme contre homme, bête contre bête pour un résultat sauvage.

Mea culpa (2014) de Fred Cavayé

En définitive, malgré un scénario perfectible et un twist final qui peut diviser (personnellement, j'ai plutôt bien aimé et ça amène un peu plus de profondeur aux personnages), c'est un film d'action qui tient la comparaison avec certains de ses modèles, ne sacrifiant jamais son rythme et son intensité sur l'autel d'une psychologisation inutile. C'est tendu, brut, virtuose dans la forme et assez plaisant. Bien entendu, le distributeur fera n'importe quoi avec le film en le sortant face à une grosse concurrence entre "Boulette de tempêtes géantes 2", le remake de "RoboCop", "Jack et la mécanique du cœur" ou encore "American bluff". Le film sera logiquement un échec et Cavayé devra ainsi se tourner vers des projets moins personnels et moins ambitieux afin de retrouver les moyens de continuer à faire du cinéma de genre de qualité (en l’occurrence la comédie "Radin" avec Dany Boon) et rejoint ainsi ses camarades français hyper doués mais condamnés à alterner comédies et films de genre (récemment Florent Emilio Siri avec "Pension complète", Jean-François Richet et "Un moment d'égarement").

Note : 8/10

Budget : 16 000 000 €

BO France : 465 244 spectateurs (99ème plus gros succès de l'année).

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