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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Les Looney Tunes passent à l'action (2003) de Joe Dante

Résumé : les Looney Tunes sont en crise. Daffy Duck en a marre de servir encore et toujours de faire valoir à son éternel rival et ami Bugs Bunny. Il met alors sa présence au sein du groupe Warner Bros en balance, s'estimant plus drôle que le lapin. Hélas pour lui, les frères Warner, sur les conseils de la vice-présidente du pôle comédie Kate Houghton, se débarrasse du canard zozotant, qui perd du coup son nom, propriété du groupe. Pendant ce temps, l'agent de sécurité DJ Drake, fils d'un célèbre acteur du cinéma d'espionnage, essaie tant bien que mal de percer dans le monde des cascades. Alors qu'il est chargé d'expulser Daffy du studio, il provoque avec ce dernier une série de catastrophes qui occasionne son renvoi. A son retour à la maison, il reçoit un appel de son père, espion à l'écran mais aussi dans la vraie vie, qui lui demande de retrouver le Diamant du Singe Bleu avant que le président du groupe ACME ne s'en empare. DJ fonce alors avec Daffy dans cette improbable mission, bientôt rejoint par Kate et Bugs, chargé par le studio de convaincre Daffy de revenir, le duo comique ne fonctionnant pas sans lui.

Critique : "Space Jam" a eu un impact assez incroyable à sa sortie en dépit du fait qu'il reste un film assez moyen. Michael Jordan, alors la star la plus connue au monde, apprend au Looney Tunes à jouer au basket et à repousser une invasion extra-terrestre. Si le film est un gros carton au box-office, il ne fait pas pour autant plaisir à tout le monde. Le réalisateur Joe Dante et quelques autres animateurs ne sont pas franchement contents du résultat, eux qui trouvent que les stars animées de la Warner n'ont pas été franchement mises en valeur par le film. L'historique studio a été durant plusieurs décennies un incontournable du genre avec des dizaines de héros de cartoons qui faisaient encore rire les enfants (comme moi) gavés du programme "Ça cartoon". Bunny, Porky, Sam le Pirate, Daffy, Taz, Speedy Gonzalez, Titi et Sylvestre, le Martien, Coyote et j'en passe. La Warner a bien du mal à les faire connaître auprès des nouvelles générations, malgré un relooking plus d'jeun's via le programme "Les Tiny Toons" (que je regardais aussi) en incluant un personnage féminin. Car ce qui a tué les Looney Tunes, ce n'est pas tellement le passage du temps mais plutôt le politiquement correct.

La différence majeure entre les cartoons Disney et ceux de la Warner, c'est avant tout le type d'humour. Disney a toujours eu un coté intemporel et il a toujours su parler à tous les publics, en renouvelant le type d'approche et surtout en sachant donner une nouvelle dimension à ses héros (faire de Baloo un pilote d'hydravion par exemple dans sa propre série). Les héros Warner, eux, ont surtout briller par leur impertinence, leur façon d'interpeller le spectateur et surtout par un humour à la fois potache et ultra-référentiel. Sauf que la société américaine a fini par écarter les cartoons Warner, prétextant que ces derniers représentaient de manière douteuse certaines communautés, ce qui était de plus en plus mal accepté par ces dernières. C'est ainsi que Speedy Gonzalez a été repoussé à la marge car il froissait la communauté mexicaine, Pépé le Putois était le stéréotype du français dragueur et lourdingue (avec cette odeur pestilentielle qui l'accompagne en permanence puisque, pour les Américains, les Français ont la réputation de sentir mauvais) et ainsi de suite. Du coup, en pleine quête identitaire, le studio tente tout, crée un personnage féminin aux côtés de Bugs Bunny (car oui, c'est aussi vu comme sexiste de ne pas avoir de pendant féminin) et il finit par se perdre à vouloir ratisser trop large.

De son côté, Joe Dante caresse depuis plusieurs années le rêve de pouvoir parler de sa passion pour les cartoons Warner. Avec son fidèle complice Charlie Haas, il voulait faire un projet retraçant la vie de Chuck Jones, célèbre réalisateur de cartoons pour le studio, intitulé "Termite terrace" mais la Warner ne voulait pas en entendre parler. A un moment, ils avaient aussi développé un autre projet, "Cat & Mouse", un film narrant les aventures de 2 personnages animés dans le monde réel. Mais là encore, impossible de trouver un financement. La Warner veut absolument faire une suite à "Space Jam" mais finit par renoncer suite au désistement de Jordan, qui ne veut plus tourner au cinéma. La volonté de continuer à faire vivre les vieilles gloires d'un côté et l'envie de faire l'anti-thèse de "Space Jam" de l'autre vont permettre une nouvelle collaboration entre le studio et le réalisateur.

Après le succès colossal de "Gremlins", Dante était la star du studio. Sauf que par la suite, il n'a jamais réussi à retrouver pareil succès et surtout, il a complètement fait vrillé la suite de son unique grand succès. Même en retrouvant l'un de ses mentors, Steven Spielberg, avec "Small soldiers" pour le studio Dreamworks, il s'est heurté avec un monde du cinéma en pleine mutation plus fait pour le consommateur que pour le spectateur. Du coup, "Les Looney Tunes passent à l'action" s'apparente à une dernière chance. La Warner navigue à vue et ne laisse que très peu de marge de manœuvre au cinéaste. Même si le déroulement du film n'est pas celui souhaité, il va quand même réussir à plier le récit à certaines de ses envies et imposer sa patte à travers quelques séquences ou quelques références.

Au niveau du casting, je dirais déjà que le 1er bon choix, c'est d'avoir pris Brendan Fraser pour le rôle principal. L'acteur a un vrai sens de la comédie, avec un bon timing et surtout une capacité à être crédible bien qu'entouré de créatures numériques. Il a dans ce domaine une sacrée expérience depuis "George de la Jungle" qui l'a révélé et aussi "La Momie" (c'est d'ailleurs son expérience réussie sur la production Disney qui lui a permis d'être pris sur ce remake du classique Universal) sans oublier l'échec de "Monkeybone" par Henry Selick ("L'étrange Noël de Monsieur Jack", "Coraline"). Fraser est alors lui aussi à la croisée des chemins, ayant du mal à se renouveler. Dans le rôle de l'espion-acteur, Timothy Dalton régale, faisant par exemple référence à son rôle quasi-similaire dans "Rocketeer" et à celui de 007 dans les volets de la saga James Bond à la fin des 80's. Steve Martin, star du rire encore assez populaire à l'époque, accepte de jouer dans le film à cause d'une scène impliquant un Dalek (un robot du futur dans la série "Dr Who" dont il est apparemment fan) et pour le rôle féminin, le studio choisit Jenna Elfman, star de la série "Will & Grace" et qui a réussit à se montrer convaincante dans quelques films. Mais c'est surtout le casting secondaire qui porte la patte de son auteur.

La plupart des acteurs cités ne diront rien à grand monde et leurs rôles dans le film sont parfois limités mais on sent que Dante s'est vraiment fait plaisir. Il y a bien sûr l'indispensable Dick Miller, dans le rôle du supérieur de DJ et qui n'a que 2 scènes à son actif. Dans les scènes se déroulant à la Warner, on retrouve Roger Corman, le mentor de Dante à ses débuts, et qui joue bien évidemment le rôle d'un réalisateur. Ensuite, parmi les conseillers siégeant auprès du gros méchant d'ACME, on retrouve Ron Perlman, le fidèle Robert Picardo, Vernon Welles mais aussi quelques vieilles gloires comme Mark Lawrence, George Murdock ou encore Bill McKinney. Bref, il faut vraiment profiter des rares scènes avec ces vieux de la vieilles qui offrent quelques passages savoureux au film, tous étant nanti de titres improbables.

La force d'un grand auteur, c'est de parvenir à faire ressentir sa personnalité, même dans un produit raté ou bien fortement contrôlé. C'est ainsi que le film se révèle parfois très acide envers les studios et la société de consommation avec quelques gags vraiment hilarants au siège de la Warner ou bien à celui d'ACME. Ensuite, le film propose une cascade de références aux différents goûts du réalisateur, que ce soit via des répliques citant certains de ses films fétiches ou bien dans la Zone 52, véritable pot-pourri ultra-référentiel des films de série B des matinées du samedi que fréquentaient assidûment Dante dans son enfance. Parfois complètement barré, "Les Looney Tunes passent à l'action" ressemble bel et bien à un film de Joe Dante, même si l'expérience fût douloureuse pour le cinéaste, bridé par les exécutifs du studio lors du tournage et ensuite par un montage qui n'est pas le sien.

La première fois que je l'ai vu, en 2008, je savais surtout que ce film avait plombé la carrière de Brendan Fraser et de Dante mais j'avais lu quelques critiques positives à son sujet. Et effectivement, ce fut une bonne surprise et je m'étais bien amusé devant, ayant surtout la sensation de ne pas être devant n'importe quel produit débile destiné aux bambins pour bien les formaté à un monde où règne la débilité. En le revoyant, je me suis un peu moins amusé mais j'ai trouvé qu'il y avait toujours cet esprit transgressif de Dante mais aussi une certaine maestria dans l'animation. Déjà, Fraser est impeccable dans le rôle principal, son savoir-faire étant indéniable dans ce domaine. Par contre, Jenna Elfman a beaucoup plus de mal, son timing comique est un peu en décalage et son rôle s'avère assez bâtard, entre actif et passif. En effet, on la retrouve souvent dans des petites tenues légèrement sexy et elle reste souvent passive dans l'action mais parfois, elle participe plus franchement à l'action et se révèle plus utile. C'est dommage car c'est une excellente actrice mais clairement, elle a du mal à jouer avec des personnages numériques et elle n'est pas à sa place. Steve Martin joue au cabotin avec beaucoup de délice mais aussi beaucoup de ridicule et son rôle s'avère aussi drôle qu'insupportable, surtout que l'acteur a vraiment fait du grand n'importe quoi, aussi bien dans le look, la diction ou la démarche.

L'animation, quant à elle, s'avère assez virtuose. Les personnages sont animés en 2D puis il sont colorisés numériquement pour un rendu assez propre et net. Leurs actions dans le monde réel sont parfaitement rendues, malgré quelques passages assez difficiles à mettre en scène mais c'est aussi truffé de petits détails comme les éléments projetés sur deux personnages (l'un animé et l'autre réel) qui se fondent l'un dans l'autre (ainsi, le personnage réel sera recouvert de l'élément réel quand le personnage animé sera recouvert d'un élément animé). Et que dire de la séquence dite des tableaux, tout simplement une des trouvailles les plus géniales de ces dernières années et qui portent la marque de Joe Dante et des animateurs. Une pure merveille qui fait toujours son effet et qui s'avère aussi jouissive que virtuose.

Ce que j'apprécie toujours dans le film par contre, qui cumule pas mal de défauts structurels comme une narration trop rapide, des personnages sans relief, un déroulement un peu convenu, c'est qu'il est complètement dingue d'un bout à l'autre, avec des séquences un peu folles qui bénéficient surtout d'un vrai apport des personnages des toons. Même en évoquant douloureusement le film des années après sa sortie, Joe Dante soufflera tout de même que ce dernier est meilleur que "Space Jam". Et en effet, il met vraiment en valeur les héros Warner, leur offrant de vrais morceaux de bravoure qui jouent habilement avec les références mais aussi en respectant les dynamiques internes. Coyote et Sam le Pirate connaissent de vraies mésaventures comme lors des cartoons des 50's et le film applique parfaitement les recettes d'antan. C'est franchement drôle et toujours à bon escient. Les péripéties font avancer l'intrigue et la séquence finale, bien que complètement expédiée et sacrifiant de nombreux personnages (dont Taz, doublé pour l'occasion par Brendan Fraser qui a convaincu le studio de le laisser faire lors du casting) est assez savoureuse et trépidante. Bref, du bon divertissement, qui aurait sans douté mérité mieux mais qui se révèle suffisamment honnête et bien fait pour convaincre. Et puis c'est aussi la dernière composition au cinéma de l'immense compositeur Jerry Goldsmith, alors très malade et qui ne parvint même pas à finir sa partition, remplacé par John Debney. Pour Dante, c'est une page qui se tourne car l'immense compositeur l'avait régulièrement accompagné avec maestria a cours de sa carrière.

La sortie du film s'avéra également très compliquée. Le studio l'avait casé au milieu du mois de juillet mais il prit peur devant le succès de "Le monde de Némo". Il recula alors le film à novembre mais il se retrouva coincé entre "Frère des Ours" et "Elfe" puis "Le chat chapeauté" et surtout "Le Seigneur des Anneaux : le retour du Roi". Bref, le film apparaît surtout comme un sacrifié. Encore une fois, la Warner n'a pas su quoi faire de ce film de Joe Dante, trop bizarre pour être vendu correctement. Pour Brendan Fraser aussi ce fut délicat, ce nouvel échec dans un film mêlant animation et prise de vues réelles freinant considérablement sa carrière, qu'il réussit toutefois à menée honnêtement par la suite mais loin des succès d'antan. Jenna Elfman elle aussi a vu sa carrière stoppée nette comme celle de Dante, définitivement écarté du système des studios. Et c'est là où je me dis que cet échec était peut-être voulu par la Warner. Alors certes, le film a dépassé son budget et son échec a poussé le studio à fermer son département animation (lui permettant aussi de réduire la voilure, l'échec du film servant de prétexte), mettant ainsi au placard des personnages plus en phase avec leur époque. Mais il s'est surtout débarrassé de l'un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération, un poil à gratter qui faisait des films inclassables et plus intelligents que la moyenne de ceux proposés au jeune public.

L'année 2003 marque en effet un vrai tournant dans l'histoire du cinéma hollywoodien je trouve, avec aussi les échecs de "Basic" de John McTiernan, "Traqué" de William Friedkin, "Les chroniques de Riddick" de David Twohy avec son anti-héros dérangeant et de quelques autres, des cinéastes à la marge et des envies de cinéma bien différentes que celles à venir. Car quand on voit ce à quoi les teenagers actuels sont gavés, on ne peut s'empêcher de se dire que ces cinéastes et leurs univers manquent cruellement à l'imaginaire moderne. Tan pis pour eux, il nous reste nos souvenirs et les films du passé, un passé où la façon de concevoir le divertissement au cinéma comptait plus que le commerce autour de ce dernier.

 

Note : 7/10

Budget : 80 000 000 $

BO US : 20 991 364 $ (109ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 47 523 480 $

BO France : 800 064 spectateurs (61ème plus gros succès de l'année)

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