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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

Résumé : Alexandrie, 283 années avant Jésus Christ. Ptolémée se souvient. Il y a plus de 40 ans, le plus grand conquérant du monde s'éteignait, épuisé par des années de périples à travers tout le monde connu, laissant derrière lui un immense empire sans souverain mais en ayant marqué la mémoire de ceux qui l'ont côtoyé. Retour sur le parcours du jeune Alexandre, héritier du roi Philippe de Macédoine mais éduqué par sa mère. Rejeté et méprisé par son père, il finit par gagner son respect en domptant un étalon fougueux qu'il appellera Bucéphale. A l'aube de ses 20 ans, Alexandre prend la suite de Philippe, lâchement assassiné peu avant le départ de son expédition militaire à l'assaut de la Perse, l'ennemi héréditaire des Grecs. Le jeune souverain va donc affronter Darius au cours d'une bataille à l'ampleur inédite, opposant ses 30 000 soldats à plus de 250 000 perses. Au cours de cette bataille, Alexandre gagnera à la fois le respect de ses hommes, l’admiration de ses adversaires mais aussi le joyau de l'empire Perse : Babylone. C'est aussi le début d'une longue marche vers les confins du monde, Alexandre entraînant dans sa soif de découvertes ses compagnons mais aussi un idéal : unir tous les peuples sous sa bannière.

Critique : au début des années 2000, "Gladiator" de Ridley Scott a permis de remettre un genre oublié au goût du jour : le péplum. Véritable icône du cinéma bis européen (notamment en Italie) mais aussi des quelques productions classieuses à Hollywood dans les années 50 et 60, il avait fini par tomber en désuétude devant des coûts de production de plus en plus gigantesques et à la suite, comme souvent, de quelques échecs majeurs. Les effets spéciaux des temps modernes ont permis d'en faire des blockbusters avec cohorte de stars, batailles épiques et histoires tragiques et ça a surtout donné envie à certains de se frotter à l'Histoire et de faire revivre sur grand écran certaines épopées mythiques. C'est ainsi qu'Oliver Stone décide d'adapter l'histoire d'Alexandre Le Grand, entrant par là même en concurrence avec un autre projet, celui porté par Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio dans le rôle titre. C'est finalement ce projet qui l'emportera, le réalisateur australien préférant jeter l'éponge (alors qu'aujourd'hui, nous aurions sans doute eu les deux projets à quelques mois d'intervalle, ce qui aurait pu être intéressant dans le cas présent, la vision des deux cinéastes étant assez différentes).

Le biopic est un genre qu'affectionne particulièrement Stone, qui s'est déjà risqué à cet exercice périlleux via "Les Doors", qui narrait la trajectoire du chanteur de son groupe préféré mais aussi le brillant "Nixon" sur le président américain le plus détesté de tous les temps (à égalité avec Bush Jr, auquel s'attaquera Stone quelques années plus tard) et on pourrait presque dire que son "JFK" appartient un peu à ce genre. Le réalisateur s'attaque là un véritable mythe et comme souvent, il va surtout s'évertuer à le désacraliser pour le rendre plus humain. L'annonce de ce projet bouscule la planète cinéma, surtout que le style de mise en scène du réalisateur, propice à tous les excès, vient déjà de provoquer un furieux débat tout en procurant une véritable claque via "L'enfer du dimanche" (autre entreprise de démastiquage en règle d'un mythe, celui d'un sport US majeur mais aussi par ricochet la société américaine, le business autour et la politique).

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

Le casting s'avère assez compliqué, les rumeurs vont bon train et après avoir envisagé de prendre Heath Ledger pour le rôle-titre, le cinéaste opte pour Colin Farrell. Un choix qui prête forcément à discussion, Ledger faisant plus jeune et son aura depuis son décès est telle qu'on peut presque regretter ce choix. A l'époque, l'acteur était toutefois dans le creux de la vague suite à l'échec du Purificateur de Brian Helgeland, ce dernier faisant suite à d'autres déceptions. A contrario, la trajectoire de Colin Farrell était plutôt ascendante puisqu'en une poignée de films, il était devenu la coqueluche du milieu, son charisme magnétique et son indéniable talent lui ouvrant plusieurs portes, malgré quelques échecs au box-office, sans oublier ses multiples frasques qu'on lui pardonnait de bonne grâce. A noter que le 1er choix du réalisateur pour le rôle-titre était Russel Crowe mais les studios ont sans doute dû trouver l'acteur un peu trop vieux pour le rôle.

Stone retrouve à l'occasion de ce film Val Kilmer, qui avait donc incarné son Jim Morrison en 1991, année durant laquelle les 2 hommes évoquait déjà ce projet. L'acteur incarne ici un roi Philippe à la démarche lourde et titubante qui lui a demandé beaucoup d'efforts (notamment une prise de poids de 25 kilos, qui sont restés et qui se sont même multipliés, mais aussi la difficulté de jouer avec un œil borgne), lui qui prenait la suite de Liam Neeson qui a préféré décliner l'offre de Stone.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone
Alexandre (2004) d'Oliver Stone

L'autre rôle majeur est détenu par Angelina Jolie. L'actrice commençait à percer à l'époque et s'imposait de plus en plus comme une femme qui compte à Hollywood, étonnant le petit monde du cinéma par son franc parler et son parcours chaotique malgré un statut de fille de star (en l’occurrence Jon Voight, acteur légendaire du Nouvel Hollywood) mais aussi par certains choix radicaux. Elle imposera ses vues au réalisateur et au département des costumes en demandant à porter des robes laissant apparaître plus de chair afin de bien mettre en avant le caractère ouvertement sexué de son personnage, qui s'impose autant par la malice de son esprit que par la sensualité troublante qui émane d'elle. Le tout sera appuyé par un maquillage à la fois très hollywoodien mais aussi très discret, mettant plutôt en valeur son physique sculptural. Toutefois, il serait injuste de réduire Angelina Jolie à son physique. L'actrice signe en effet dans le film une des meilleures performances de sa carrière, dans un rôle complexe et ambigu, Oliver Stone et ses scénaristes n'hésitant pas à la présenter comme une manipulatrice sans scrupule mais aussi en émettant l'hypothèse qu'elle aurait pu être responsable de l'assassinat de son mari, qui projetait alors de la répudier pour se marier avec une autre femme, plus jeune, et bien mieux née. On retrouve d'ailleurs là le goût de Stone pour élaborer des théories du complot, les manipulations du gouvernement derrière les versions officielles étant une des obsessions du cinéaste.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone
Alexandre (2004) d'Oliver Stone

En effet, "Alexandre" est un pur film de son auteur, malgré le budget colossal et les multiples ramifications d'une production gigantesque qui a multiplié les investisseurs venant de divers pays (Pays-Bas, Angleterre, USA, France et Allemagne). Même si le film est sorti dans une version tronquée de 2h40, c'est la vision complète et totale de Stone. Une vision qui se veut donc provocatrice, questionnant nos fondamentaux mais aussi ré-interprétant certains épisodes clés de l'histoire de cet homme devenue une légende. S'appuyant sur la vision de l'historien Robin Lane Fox, le cinéaste et ses scénaristes, Christopher Kyle et Laeta Kalogridis, livrent une version modernisée et plus décomplexée de sa vie : ainsi, on n'hésite pas à clairement évoqué une relation à la limite de l'inceste entre Alexandre et sa mère, une provocation presque trop puérile et facile à mon goût, tandis que sa bisexualité est elle aussi clairement montrée via sa relation avec Héphaïstion (le rôle a été proposé à Brad Pitt qui a décliné à cause de cette facette du personnage, lui qui avait déjà demandé aux scénaristes de "Troie" d'évacuer toutes les allusions à l'homosexualité du personnage d'Achille, ici clairement évoquée via quelques lignes de dialogue, la relation entre Alexandre et son ami d'enfance étant calquée sur celle du mythique héros grec et son ami Patrocle). Jared Leto, le transformiste attitré d'Hollywood, livre à cette occasion une bonne performance, sans surjouer, parfois un peu effacé derrière certains autres protagonistes mais à l'influence indéniable sur son ami et amant.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

Stone pratique également l'ellipse, survolant certains passages de la campagne guerrière d'Alexandre en les évoquant simplement via une voix off, celle du narrateur Ptolémée, et il est bien obligé de passer par les inévitables raccourcis narratifs, mixant deux événements en un seul comme par exemple la bataille contre Darius, ou bien la mutinerie d'une partie de ses troupes (il y eut deux mutineries contre Alexandre, ici compilées en une seule afin d'éviter la répétition). Ces erreurs ou ces approximations font partie de l'exercice et sont presque obligatoires, tant le format du cinéma contraint à l'efficacité narrative, au découpage, ce qui ne veut pas pour autant dire que les cinéastes soient des ignorants mais bel et bien des artistes, qui exposent leur vision, la modelant en pratiquant soit l'omission volontaire soit via des coupes afin de bâtir correctement leur récit.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

Ici, ça sent toute l'importance accordée par Oliver Stone dans cette adaptation. Dès les premières images, il impose un univers visuel fort, avec des décors riches et luxueux, une image sublime (merci à Rodrigo Prieto, un des meilleurs directeurs de la photographie au monde), une attention portée aux détails. Il sait qu'il s'attaque à un mythe et il a envie de lui donner le plus bel écrin possible. Au niveau de son découpage, Stone reste dans son style direct avec, comme souvent, un montage heurté, parfois abstrait, qui exprime, grâce un insert, les émotions et les pensées du personnage. Il sait aussi se calmer par instants et cela donne quelques scènes très délicates. Il faut le voir filmer avec soin et grandiloquence l'arrivée d'Alexandre et de ses troupes dans la cité de Babylone. La magie des effets spéciaux redonne vie à l'une des 7 Merveilles du Monde Antique et le réalisateur met cela en valeur. Il filme de manière très douce également les scènes de harem, contrastant ainsi avec la brutalité de ce qui a précédé (la bataille de Gaugamèle). Il n'oublie son côté viscéral et il sublime Rosario Dawson dans ses premières apparitions (la danse mais aussi la fameuse scène de sexe entre son personnage et celui d'Alexandre).

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

De même, son savoir-faire lui permet de signer quelques séquences guerrières de belle facture avec deux scènes de bataille seulement mais quelles scènes ! Celle de Gaugamèle tout d'abord. A l'époque, certains spectateurs avaient postées quelques critiques sur Allociné, dénonçant une mise en scène brouillonne des scènes de bataille Alors primo, une bataille est toujours chaotique et les scènes du genre chez Stone ne font pas exception à la règle mais il en rend compte avec un réalisme et un souci d’exactitude qui vient de son passé de combattant. C'est d'ailleurs un trait qu'on retrouve dans son cinéma tout comme dans celui de Samuel Fuller mais j'y reviendrai. Secundo, le plan de bataille est expliqué et mis en application via des indications présentant chaque point chaud du combat. Le découpage demeure d'une grande lisibilité et propose surtout des scènes barbares, sanglantes, dures. Bref, du sable, de la sueur, du sang car au final, c'est avant tout ça, la folie des hommes.

Et que dire de la bataille en forêt face aux éléphants de combat. Changement de style avec cette fois-ci une reconstitution pleine de fureur, proposant des images puissantes qui s'impriment sur votre rétine instantanément comme ce fabuleux ralenti qui voit Bucéphale et son royal cavalier se dressaient contre un éléphant non moins majestueux. Le tout finira dans quelques délires visuels du plus bel effet, Prieto et Stone se lâchant complètement, comme il avait pu le faire sur "Tueurs nés" à l'époque (avec son fidèle complice Robert Richardson à la photo). Deux scènes d'action donc mais deux leçons de cinéma, de gestion de l'espace, avec à chaque fois un découpage lisible et évocateur, ne masquant jamais la brutalité des combats. Du grand art certes, mais qui n'évite pas au film de tomber dans certains pièges ou de multiplier les maladresses.

Toute la folie de Stone est résumée dans ces quelques plans. La charge d'Alexandre restera un morceau de bravoure cinématographique d'une rare puissance.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

Commençons par la plus évidente : Colin Farrell. L'acteur n'est clairement pas bon dans le rôle. Sa fausse chevelure blonde associée à une tête de gamin insupportable qui fronce les sourcils comme un enfant gâté nuit fortement à l'ensemble. Malgré son talent, il s'avère parfois insupportable, souvent à côté de la plaque et il se fait surtout bouffer dans chaque scène où apparaît Angelina Jolie et/ou Val Kilmer. Il s'avère même moins charismatique que certains de ses compagnons comme l'imposant Crateros (joué par Rory McCann, futur Limier dans "Game of Thrones") ou bien Cleitos.

Ensuite, le film empile les scènes de dialogues un peu trop redondantes qui se perdent en discussions interminables sur des sujets certes intéressants mais qui ne sont finalement que survolés. Il y a pourtant de multiples thématiques et problématiques évoquées dans le film, comme la xénophobie, la politique et le difficile exercice du pouvoir, la jalousie, la manipulation, la paranoïa, la fidélité (amoureuse, philosophique, amicale) bref, c'est passionnant mais ça se réduit trop souvent à un découpage inepte et des postures trop rigides. Les discussions à n'en plus finir entre Alexandre et sa mère sont à ce titre parmi les plus rébarbatives et les plus répétitives. Malgré quelques fulgurances, Stone n'arrive jamais à les sublimer ou à les rendre palpitantes. C'est plat et ça ressemble plus à du théâtre filmé qu'à du vrai cinéma.

Au final, le film s'étire un peu, néglige certains aspects de la vie de son personnage principal, expédie un peu trop son final et se révèle presque trop court. Un paradoxe gênant. Le hic, c'est que ces quelques défauts ont fini par nuire au film à sa sortie qui s'est bien ramassé au box-office. Il deviendra pourtant un incroyable succès en vidéo, devenant l'un des best-seller de la Warner. C'est ce qui poussera le cinéaste et le studio à sortir une édition director's cut de 3h30, adoubée par Stone qui la considère comme définitive et très proche de ses envies.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

De mon côté, je dois dire que ce film fait partie de ceux que j'aime regarder régulièrement car ils m'ont marqué. Il fait aussi partie de la fameuse cuvée 2003 (enfin, pas trop vu qu'il est sorti en 2004 mais je le compte par commodité car, moi aussi, je joue parfois avec l'histoire pour construire mon point de vue) des films ayant entraîné la chute de certains réalisateurs, les plus gênants et les subversifs bien souvent, et bien peu ont réussi depuis à se relever. 2003 fut donc l'année des échecs de "Basic" de John McTiernan, de "Traqué" de William Friedkin, des "Looney Tunes passent à l'action" de Joe Dante, du 3ème volet de la saga Matrix des Wachowski bref, une pelletée de cinéastes à l'ancienne, qui faisait des films par amour du cinéma et qui seront peu à peu détrônés par des hordes de yes man dépourvu de talent et de vision artistique mais qui rapporteront beaucoup d'argent aux studios. La logique du marché mais aussi celle d'un public qui se détourne peu à peu des auteurs tout en réclamant plus d'originalité.

Alexandre (2004) d'Oliver Stone

Avec "Le 13ème guerrier", "Matrix Reloaded" et quelques autres, ce film fait partie des films imparfaits, presque malades, mais qui auraient pu tout changer s'ils avaient connu le succès. Des films qui sont donc compliqués à appréhender, parfois à aimer, mais qui contiennent en eux plus d'images fortes, plus de cinéma à l'état pur, plus de moments jouissifs que bien des blockbusters vendus par paquets de 12, sans âme, sans génie et sans éclat. Plusieurs scènes de ce film sont géniales, les scènes de bataille donc mais aussi la séquence de dressage de Bucéphale, l'assassinat de Philippe, l'arrivée à Babylone et bien d'autres encore. Des passages restant gravés dans ma mémoire et je trouve même, au fur et à mesure que ma culture cinématographique s'étend, de nouvelles pistes de lectures.

Difficile en effet pour moi de passer à côté de la filiation évidente entre Fuller et Stone, une relation évidente au détour de deux plans : celui tout d'abord qui voit le champ de bataille de Gaugamèle, avec ces corps enchevêtrés les uns sur les autres, presque impossible à différencier. C'était une idée que l'on retrouvait dans un film de guerre méconnu, "Les maraudeurs attaquent" de Fuller donc, la Warner ayant coupé un plan aérien du film qui montrait justement un combat où on ne distinguait plus les soldats US des japonais. L'autre, c'est ce plan incroyable sur l'armée d'Alexandre devant le fleuve ..., avec ces zombies blafards qui n'ont que le vent à laisser entendre aux suppliques de leur leader et qui rappelle là encore, par sa composition et sa signification, l'un des derniers plans du film de Fuller. Cette scène est également un puissant rappel d'une autre scène du film de Stone, lorsque le jeune général motive ses troupes et trouve là un écho plus favorable, les soldats frappant le sol et leurs boucliers, donnant de la voix pour montrer leur dévotion à leur général. Une des nombreuses grandes idées du film, comme sa narration en flash-back qui s'avère souvent opportune et utilisée à bon escient.

En résumé, un film bourré de défauts, parfois trop long et manquant de subtilités mais à l'inverse, un film épique, au montage sensitif, rempli jusqu'à plus soif de séquences démesurées, de grands moments de cinéma et propres à contenter les amateurs avec en prime une musique signée Vangelis propre à ravir les oreilles et décupler les émotions.

Note : 8/10

Budget : 155 000 000 $

BO US : 34 297 191 $ (81ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 133 001 001 $

BO France : 1 258 802 spectateurs (39ème plus gros succès de l'année)

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