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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

Résumé : le petit village de Guernon est le théâtre d'un horrible assassinat. Un jeune homme travaillant à la bibliothèque de la fac du village (oui, le village a une faculté, véritable usine à champions surdoués) a été retrouvé mutilé et visiblement torturé durant de longues heures. Dépassé par un tel crime, la gendarmerie locale fait alors appel à la division criminelle de Paris qui dépêche sur place le commissaire Pierre Niemans. Très vite, ce dernier prend les choses en main et commence petit à petit à se plonger dans les arcanes de cette fac pas comme les autres. Parallèlement, le jeune lieutenant Kerkerian est confronté à une sombre histoire de vol dans une école primaire et une profanation de sépulture. Il faut assez vite le lien entre ces 2 événements et il essaie alors de comprendre pourquoi quelqu'un a voulu retrouver la trace de la Judith Herault, morte sur l'autoroute à l'âge de 10 ans en 1982. Ces 2 enquêtes vont finir par se rejoindre.

Critique : le cinéma français a vécu une bonne période au début des années 2000 quand, soucieux de lutter à armes égales avec un cinéma américain de plus en plus hégémonique, certains producteurs ont décidés de mettre beaucoup d'argent dans les mains de quelques cinéastes vraiment talentueux. Mathieu Kassovitz était l'un des chefs de file d'une nouvelle vague de cinéastes français nourri au cinéma de genre US mais aussi décomplexé par le succès de Luc Besson. Le hic, c'est que le cinéaste vampirisait un peu la place et que cette nouvelle vague a eu du mal à perdurer avec succès. C'est ainsi qu'en 1997, Kassovitz, applaudi quelques années plus tôt pour "La haine", venait de subir une grosse claque avec l'échec critique et public de son "Assassin(s)", sifflé à Cannes et marqué par son doigt d'honneur aux photographes. Je dois dire qu'il est assez surprenant de le retrouver aux manettes de l'un des films les plus attendus de l'année 2000, tout comme Christophe Gans avait réussi à mobiliser un budget colossal pour "Le pacte des Loups" malgré un "Crying Freeman" loin d'avoir trusté les sommets du box-office. Là encore, il faut souligner la clairvoyance et le courage des producteurs français de l'époque.

Le cinéma français a également profité d'un certain engouement du public, considérablement rajeuni et avide de trouver une alternative au cinéma US qui commençait doucement à explorer le monde des effets digitaux. Le but du projet, c'est donc plus de retrouver un côté plus viscéral, plus humain, plus orienté vers l'ambiance que le spectaculaire. L'autre coup de pouce contextuel, ce fut aussi le succès des romans de Jean-Christophe Grangé qui avait permis de remettre au goût du jour un genre trop peu fréquenté. En lançant l'adaptation d'un best-seller, on peut se dire que le producteur Alain Goldman a fait le choix de la facilité (c'est sûr que ça facilite beaucoup de choses en amont, on ne va pas se mentir) mais encore une fois, le choix de prendre Mathieu Kassovitz relève à la fois d'un certain courage mais aussi de beaucoup de bon sens.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

Car oui, autant le dire tout de suite, si on peut trouver le cinéaste français un peu prétentieux quand il dit s'étonner de ne pas être nommé aux Césars et qu'il trouve qu'il est meilleur que les autres, il a raison. Lors d'un débat familial, son nom est venu et j'ai déclaré très simplement que, même si le bonhomme ne comptait pas vraiment de chef d'oeuvre à son actif ("La haine", souvent cité comme son meilleur film, reste selon moi assez caricatural et parfois un peu trop provoc' de manière gratuite), il est, visuellement parlant, dans le Top 5 français. Indéniablement. Et son talent visuel est pour beaucoup dans la réussite, partielle, du film.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

A sa sortie en 2000, on peut dire que j'ai maté en boucle les bandes-annonces du film qui passaient sur Allociné TV et que ça faisait partie des films que j'attendais le plus cette année-là. A sa sortie, j'ai pris une bonne petite claque et je dois dire que "Les rivières pourpres" passe de manière convaincante l'épreuve du temps. La patte visuelle imprimé sur le film par Kassovitz lui confère un ton, une atmosphère, une dynamique qui n'a pas pris une ride. Alors certes, le bonhomme se fait clairement plaisir et étale son talent avec beaucoup de gratuité, avec certains mouvements de steadicam plus ostentatoires que vraiment utiles mais quelle facilité, quel vitalité dans la narration et quel fluidité dans son découpage. C'est admirable de tonicité, de constance et d'envie tout au long du métrage et on sent son envie de se faire plaisir pour faire plaisir au public. Le tournage en décors naturels aide également beaucoup (même si le tournage en montagne avec une pellicule qui se casse dès qu'on atteint la température de - 15°C ne facilita pas les choses), sortant aussi le spectateur des éternels films parisiens et explorant une province aux décors vertigineux, avec une ambiance à la lisière du fantastique même si sa vision des provinciaux et de certains corps de métier demeure assez caricaturale là encore.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

Le scénario, adapté en collaboration étroite avec Grangé qui accepta sans sourciller les coupes indispensables à la narration cinématographique, ne ménage pas ses efforts pour tenir le spectateur en haleine et propose en sus quelques péripéties trépidantes avec des cascades spectaculaires, bien servies par le talent de Kassovitz qui s'octroie un petit plaisir en filmant une baston entre Vincent Cassel et deux assaillants. Une scène qui n'a pas un grand intérêt narratif mais qui offre une petite respiration au spectateur, sans occasionner une baisse de rythme. A la revoir aujourd'hui, je trouve par contre qu'elle a mal vieilli, peut être à cause d'une chorégraphie assez bien vue mais trop visible. La scène de poursuite au milieu de la montagne est, par contre, un morceau de bravoure assez hallucinant, à la fois hyper tendue et d'une perfection technique assez bluffante, sans parler de la course-poursuite à pied sous la neige, là encore assez incroyable. Le fait que la photo soit signée par Thierry Arbogast, collaborateur habituel de Besson, peut également expliquer une telle réussite.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

Mais la vraie réussite du film, au-delà des scènes d'action, c'est bien sûr l'ambiance et le climat que réussit à installer le cinéaste. Dès le générique, on est dedans. Cette séquence hallucinante, avec cette caméra qui épouse la peau de ce qui s'avère être la première victime, accroche l’œil mais aussi l'esprit du spectateur qui est d'entrée de jeu plongé dans un univers inhabituel. Les scènes d'autopsie sont assez crues et le corps en latex représentant la victime est tout simplement bluffant, constituant assurément un des effets spéciaux les plus réussis des 15 dernières années. Le climat est bien rendu, l'atmosphère anxiogène nous prend aux tripes et on suit avec plaisir une enquête tortueuse, aux multiples ramifications et qui développe en creux certains théories intéressantes. Mais à force de vouloir perdre le spectateur et le dérouter, le scénario finit aussi par se perdre dans ses méandres, aboutissant à un final complètement tiré par les cheveux, pas vraiment convaincant et qui déçoit un peu après s'être avéré excitant.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

Les acteurs sont très bons, Jean Reno en tête, formant un chouette duo avec Vincent Cassel. Les rôles secondaires sont tenus par certains gros noms comme Didier Flamand, Jean-Pierre Cassel, François Levantal et même Philippe Nahon pour une scène. Nadia Farès fait aussi très bien l'affaire, même si son jeu demeure parfois un poil approximatif et je signalerai aussi la présence d'un tout jeune Laurent Lafitte. Bref, c'est du tout bon, y compris avec les acteurs moins connus qui n'ont pas trop de place pour exister avec des rôles un peu trop sous-développés. D'une manière générale, la plupart des personnages le sont et si c'est fait dans un souci d'efficacité narrative, ça empêche de pouvoir revoir le film plusieurs fois avec beaucoup de plaisir, faute de proposer plus de développement.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz
Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

C'est un film que j'aime beaucoup, même encore maintenant en dépit de ces quelques défauts mais il faut dire qu'au final, il tient plutôt bien la comparaison avec ses homologues US. Alors oui, on est loin de certains modèles clairement visés comme les incontournables "Le silence des agneaux" et surtout "Seven" (on y retrouve la même faculté à faire de l’esbroufe visuelle mais avec moins de maîtrise que chez Fincher) mais ça reste du très bon divertissement, à la fois roublard et ludique, porté pendant plus d'une heure trente par un scénario efficace et prenant. Dans son excès de zèle, je dois dire que j'ai toujours trouvé le mixage sonore parfois un peu approximatif, masquant certains dialogues en mettant trop en avant la musique, excellente au demeurant, de Bruno Coulais, alors star de la discipline en France.

Le film permit de lancer une autre nouvelle vague de cinéastes de genre en France, avec Florent Emilio-Siri et Olivier Dahan (qui réalisera d'ailleurs la suite, assez décevante malgré là encore une belle tenue technique mais avec encore plus de défauts narratifs), prenant la relève de Jan Kounen et de Kassovitz. Le cinéaste français obtiendra avec ce film un accessit pour les USA, le producteur Joel Silver remarquant le film lors d'un vol et faisant venir le français pour mettre en boîte "Gothika". Là encore, il agira en précurseur, suivi par tout une tripotée de réalisateurs français qui reviendront presque aussitôt, Hollywood ayant toujours ce pouvoir d'attraction mais aussi pas mal de difficultés pour laisser les singularités s'installer au sein de son moule.

Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz

Quant au cinéma français, cette embellie ne sera guère suivi, Luc Besson s'imposant comme un producteur omnipotent confiant ses grosses machines à toute une bande de yes man sans inspiration (Gérard Krawczyk puis Pierre Morel et ses clones) et les grosses productions françaises confiant de gros budget à des cinéastes pas taillés pour la tâche (Gérard Pirès avec "Les chevaliers du ciel" et "Double Zero", Jean-Paul Salomé avec "Belphégor" et "Arsène Lupin", Jérôme Cornuau avec "Les brigades du Tigre") sans oublier quelques ratages encore douloureux à évoquer aujourd'hui comme le "Vidocq" de Pitof. Un frémissement qui retombera comme un soufflé et qui peine aujourd'hui à reprendre.

Note : 8/10

Budget : 95 000 000 F soit l'équivalent d'environ 14,5 M€

BO France : 3 255 184 spectateurs (10ème plus gros succès de l'année)

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