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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

Que sont-ils devenus ? Episode 6 : John Carpenter.

Tous les mois, je vous invite à retracer le parcours chaotique de certaines stars du cinéma qui ont atteint les sommets, multipliés les succès et les récompenses avant de connaître quelques accrocs dans leur carrière qui les ont plongés dans un certain oubli, autant du côté de la profession que de celui de la critique. Mauvais choix, comportements détestables, destins contrariés, amnésie des médias et parfois de leurs pairs, malchance, censure, il y a un peu de tout ça dans ces trajectoires presque météoriques. Cinéaste au caractère de franc-tireur, rebelle perpétuel et technicien de génie, John Carpenter aura égayé les séries B d'Hollywood tout en ne réussissant jamais à s'y imposer. Ce cinéaste n'aura jamais cessé de faire des westerns sans jamais en tourner un seul, créant au passage deux héros mythiques de la pop culture et offrant au monde quelques films énervés, des divertissements de luxe qui font travailler les sens et notre cerveau. Bid Daddy John a été un grand mais on trouve peu de monde pour le dire à voix haute. Les années 80 lui doivent beaucoup et même si je n'ai pas été sous le charme de tous ses films, je lui dis quand même merci car ses films ne cessent de me passionner.

Que sont-ils devenus ? Episode 6 : John Carpenter.
Que sont-ils devenus ? Episode 6 : John Carpenter.

Parcours : John Howard Carpenter est né le 16 janvier 1948 à Carthage dans l'état de New York. Son père est un violoniste professionnel qui joue au sein de l'orchestre philharmonique de Nashville tout en faisant du rock et de la country en dehors du travail. Bien sûr, le paternel enseigne les rudiments de la musique à son fils qui apprend lui aussi à jouer du violon. Parallèlement à ça, le jeune garçon découvre aussi le cinéma et il assiste à sa première séance à l'âge de 4 ans en allant voir "African Queen" de John Huston. Vers le même âge, il découvre "Le météore de la nuit" et développe une vraie passion pour la SF. Très rapidement, il voit des films dans des genres très divers et il affine ses goûts. Avec la caméra 8mm de son père, il tourne également quelques petits courts-métrage, reproduisant, maladroitement selon ses dires, les films qu'il voit (environ 3 par semaine à une époque).

John intègre ensuite la prestigieuse USC, l'Université de Californie du Sud, qui permet à de jeunes aspirants de profiter de quelques moyens humains et matériels pour faire leurs armes. L'école accueille également quelques consultants de luxe et c'est ainsi que le jeune Carpenter rencontre furtivement son idole absolue, Howard Hawks, avec qui il s'entretient brièvement. C'est aussi à USC que John découvre le cinéma européen, avec Buñuel par exemple qui devient un de ces cinéastes préférés mais aussi Ingmar Bergman (le film "La Source" le marque considérablement). Le jeune étudiant fait également partit d'un groupe de rock du campus, continuant ainsi d'entretenir sa passion pour la musique. Un talent supplémentaire qui lui permet de se retrouver compositeur mais aussi monteur et co-scénariste sur le court-métrage "Resurrection of Bronco Billy" en 1970 qui décroche l'Oscar du meilleur court-métrage.

John Carpenter se signale durant ses études en s'intéressant à tous les composants de fabrication d'un long-métrage, que se soit donc les éclairages mais aussi le montage et l'écriture. Cette accumulation de connaissances lui permet de s'atteler à son court de fin d'études, "Dark Star", avec notamment l'aide de Dan O'Bannon, futur scénariste de "Alien". Le tournage commence en 1970 et va s'étaler sur plus de quatre ans, se finançant au fur et à mesure des travaux des différents participants. Au bout de tout ce temps, le producteur Jack H. Harris se décide à acheter le projet finalisé qu'il finira par distribuer. Fidèle à sa réputation (c'est déjà lui qui avait distribué un autre petit film d'horreur dont personne ne voulait, le très fauché "Schlock" de John Landis), il se fera beaucoup d'argent avec le film et n'en distribuera qu'une petite partie à O'Bannon et Carpenter, lesquels finiront brouillés au sortir du tournage.

John Carpenter commence alors à travailler à l'écriture de quelques scénarios qui deviendront parfois des téléfilms voire des films comme "Les yeux de Laura Mars" signé Irvin Kirshner, "Zuma Beach" ou encore "Better late than never". Parallèlement à ça, le jeune cinéaste réalise enfin son premier film en 1976 avec "Assaut" qui n'obtient aucun succès à sa sortie, le poussant à écrire plus pour les autres. En 1978, il décroche enfin son premier gros succès avec "Halloween" ou "La nuit des masques" en France, qui lance la mode du slasher tout en se révélant très rentable (produit pour 325 K$, il rapporte plus de 25 M$ rien qu'aux USA). Il réalise ensuite un autre slasher pour la télévision, "Meurtre au 43ème étage". C'est aussi en travaillant pour la télévision qu'il rencontre Kurt Russell,sur un téléfilm consacré à Elvis avec le jeune acteur dans le rôle titre. Les deux hommes sympathisent très vite et se retrouveront sur un projet qui changera la vie et le destin des deux hommes.

Mais en attendant, Carpenter a un contrat à honorer avec Debra Hill et il réalise un autre film d'épouvante avec "Fog", qui lui permet également de retrouver Jamie Lee Curtis, la révélation de "Halloween". Le film est encore un succès (produit pour 1 M$, il rapporte encore plus de 20 M$ aux USA) et Carpenter peut alors mettre en chantier son film d'anticipation mâtiné de western dont il offre le premier rôle à son nouvel ami Kurt Russell. "New York 1997" sort en 1981 et c'est lui aussi un gros carton. Après plusieurs films en indépendants, Carpenter est enfin contacté par un gros studio pour être à la barre d'un gros projet. La production de "The Thing" est lancée sous la bannière de la Universal.

Que sont-ils devenus ? Episode 6 : John Carpenter.

Point de rupture : Et oui, "The Thing" est le film qui a porté un coup fatal à la carrière de John Carpenter comme il le reconnaît volontiers. Pourtant, le projet date de plusieurs années en amont et le producteur Stuart Cohen a longtemps bataillé pour avoir le jeune réalisateur sur le projet. Après plusieurs années de développement, le scénario signe Bill Lancaster, fils de Burt, est finalisé par Carpenter et le studio accorde au projet un budget confortable de 11,5 M$. Le tournage est difficile à cause des conditions climatiques pour les extérieurs tournés en Alaska mais le film bénéficie de beaucoup de savoir-faire aussi bien pour les décors signés du légendaire John Lloyd, qui propose lui-même ses services à Carpenter, qu'au niveau des effets spéciaux signés par Rob Bottin et son équipe, avec qui Carpenter avait déjà collaboré sur "Fog".

De plus, le jeune cinéaste arrive à imposer Kurt Russell dans le rôle principal tout comme l'idée de n'avoir qu'un casting exclusivement masculin, marquant ainsi une rupture assez nette avec le film original signé Howard Hawks et Christian Nyby. Le studio est content du résultat final malgré tout et programme la sortie du film pour le 25 juin 1982. Bon, déjà, le film est en compétition avec deux autres films de SF : "Megaforce" et surtout "Blade Runner" plus "Tron" qui débarquera quelques semaines après. Autre souci majeur, c'est le carton monumental de "E.T, l'extraterrestre" de Steven Spielberg qui truste les sommets du box-office depuis quelques semaines et qui continuera de le faire durant plusieurs autres semaines (16 semaines, non-consécutives, à la place de leader, record absolu du genre).

Du coup, avec son ambiance très sombre, son extraterrestre loin d'être amical et sa violence graphique dérangeante, le film est un échec pour le studio, rapportant un peu moins de 20 M$ au final. Mais surtout, le film n'est pas soutenu par la presse spécialisée dans le cinéma de genre, le mensuel Cinefantastic titrant même "Est-il le film de genre le plus détestable" avec l'affiche du film en une. Carpenter est déstabilisé par cet échec et il perd confiance en ses moyens et en son talent. Du coup, alors que ce film devait lancer sa carrière au sein du cinéma de studio mainstream, le voilà désormais contraint de signer des œuvres de commandes afin de retrouver un peu de crédit.

Que sont-ils devenus ? Episode 6 : John Carpenter.

Après : Stephen King est déjà un romancier à succès au début des années 80 et son prochain n'est pas encore publié que les studios pensent déjà à l'adapter. Les droits du roman "Christine" sont donc achetés avant sa parution et le tournage du film, censé sortir à peu près en même temps que le roman, est confié à John Carpenter. Le cinéaste s'acquitte de la tâche avec professionnalisme et le film remporte un certain succès à sa sortie. Il enchaîne avec une autre commande, "Starman", qui présente cette fois un extraterrestre moins belliqueux vu qu'il est en quête d'amour (qui prend les traits de Meg Foster). Le film est un demi-succès mais il rapporte tout de même une nomination à l'Oscar du meilleur acteur pour Jeff Bridges.

Après avoir montré sa bonne volonté via cette commande, Carpenter a plus de latitude pour mettre en boîte "Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin" qui rend un hommage appuyé aux films de kung-fu et plus généralement au cinéma d'action HK. Le hic, c'est que nous sommes en 1986 et à peu près tout le monde s'en fout ("Kill Bill" fera de même en 2003 mais avec un écho dans la pop culture bien plus large) et le film est un échec cuisant. Cinéaste avant-gardiste, Carpenter en paie le prix et se voit mis à la marge des studios.

Bien décidé à continuer à exercer sa passion, le cinéaste décide de revenir vers un cinéma plus indépendant, avec des budgets moins importants. C'est ainsi qu'il tourne "Le Prince des Ténèbres" pour à peine 3 M$ et le film en rapporte presque cinq fois plus lors de sa sortie. Révolté par l'état de la société américaine sous l'administration Reagan, il signe un pamphlet là encore avant-gardiste et d'une rare violence avec le très subversif "Invasion Los Angeles", là encore avec un budget de 3 M$. C'est encore un succès financier même si les recettes du film peuvent paraître ridicules (à peine 13 M$).

C'est alors qu'un gros studio reprend contact avec le cinéaste et lui offre un budget colossal (40 M$) et un duo de stars, Chevy Chase et Darryl Hannah, pour faire "Les aventures d'un homme invisible". Hélas, le film est un énorme échec à sa sortie malgré des effets spéciaux numériques bien maîtrisés. La Warner ne reproduit pas l'expérience avec le cinéaste et il décide donc de se consacrer au nouveau volet de sa trilogie autour de l'univers de l'Apocalypse ("Le Prince des Ténèbres" et "The Thing" la complétant). "Dans l'antre de la folie" est à nouveau un échec à sa sortie, rapportant moins de 10 M$. Il réalise ensuite un autre remake, "Le village des damnés" qui est lui aussi un échec. C'est alors qu'encore une fois, un gros studio revient le voir pour un projet d'envergure.

La Paramount lui offre en effet un budget de 50 M$ et une liberté artistique quasi-totale pour faire la suite de son carton "New York 1997". Kurt Russell est très excité à l'idée de retrouver son rôle fétiche et participe activement à l'écriture du film. Carpenter décrira l'expérience comme sa collaboration la plus agréable avec un studio. Par contre, ledit studio a dû être un peu moins ravi au vu des résultats décevants du film à sa sortie avec 25 M$ de recette seulement aux USA. Il arrive à rebondir ensuite avec son "Vampires" qui sera un succès assez honnête sans être complètement convaincant. Du coup, il joue plus ou moins sa dernière carte avec "Ghosts of Mars" qui devait marquer son grand retour en 2001. Hélas, en dépit de son casting solide, le film se révèle visuellement cheap malgré les 28 M$ de budget. Son style est anachronique et le film est un échec retentissant avec moins de 9 M$ de recettes. Carpenter devient tricard à Hollywood et il n'y a bien que la chaîne Showtime pour lui confier la réalisation de 2 épisodes au sein de son anthologie "Masters of horror" en 2005 et en 2006.

Le bonhomme parviendra tout de même à signer un ultime baroud d'honneur en 2010 mais "The ward" sera un DtV sans grand succès qui découragera même certains de ses plus fervents admirateurs au sein de la critique européenne, la seule à croire encore un tant soi peu en son retour et à défendre son oeuvre. Depuis, le cinéaste se contente de superviser vaguement les remakes de certains de ses films confiés à des yes man qui n'ont même pas le millième de son talent. Le cinéaste se dit à la retraite, encaissant les dividendes de ses succès passés mais reste à l'affût d'un projet pouvant le sortir de sa réserve.

Peut-il revenir : notre époque actuelle mérite-t-elle John Carpenter ? Si ses derniers films ne sont pas vraiment fameux et que le cinéaste semble avoir perdu la main, on peut alors se demander si on reverra un jour un Carpenter au niveau de qu'il était capable de produire entre 1978 et 1995. Sa maîtrise du Scope (héritage d'un visionnage assidu de westerns et plus particulièrement ceux de Hawks), son sens du découpage, ses univers foisonnants de créatures violentes et de héros badass bref, tout cela manque aujourd'hui mais il apparaît aussi que le cinéaste n'est plus forcément à même de porter ce genre de projet à bout de bras. Et les studios n'ont pas envie de s'associer à ce genre de cinéaste iconoclaste, subversif et frondeur.

Du coup, pour moi, c'est non à 95%.

Et pourtant : dès son deuxième film, Carpenter signe un film qui fera sa réputation et qui surtout enclenchera toute une vague de copycats et une flopée de suites. Il écrira d'ailleurs les deux premières d'entre elles à savoir "Halloween II" dont la réalisation sera confiée à Rick Rosenthal (quand bien même Carpenter sera très présent lors du tournage jusqu'à être considéré comme le réalisateur officieux du film) puis "Halloween III : le sang du sorcier" qu'il confiera à son ami Tommy Wallace. Hélas, ce film prenant une tout autre direction, à la grande satisfaction de Carpenter qui pensait avoir tout dit sur le personnage de Michael Myers, sera un énorme échec à sa sortie et le réalisateur-scénariste-producteur-compositeur (entre autres) laissera la franchise aux mains des exécutifs du studio qui produiront cinq autres suites plus un remake (qui aura lui-même droit à une suite) qui abreuveront le public de meurtres déviants.

Plusieurs de ses films ont connus des remakes au fil des années comme "Fog" et "Assaut" en 2005, "Halloween" donc mais aussi "The Thing" en 2011. Récemment, on parle même d'un remake de "Starman" avec le réalisateur Shawn Levy à la barre.

Quand à sa carrière à proprement parler, elle aurait sans doute pris d'autres chemins s'il avait accepté de faire "Top Gun", "Liaison fatale" et quelques autres films qui lui ont été proposés et qui sont ensuite devenus de gros cartons au box-office. Peut-être aurait-il réussit à faire son western, lui qui n'a écrit que "El Diablo" dans le genre (avec son pote Tommy Wallace) mais dont la réalisation fût confiée à Peter Markle pour en faire un téléfilm sur HBO.

Les informations biographiques sont principalement issues du magazine Positif n°409 et le hors-série n°1 de Mad Movies spécialement consacré au cinéaste.

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