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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

American sniper (2014) de Clint Eastwood

American sniper (2014) de Clint Eastwood

Résumé : Chris Kyle est un sniper. Un sniper des Navy SEALs, l'unité d'élite de la Marine US. Chris Kyle est aussi un patriote, qui s'est engagé afin de répondre aux attaques dont a été victime son pays. Petit, on lui a appris qu'il y avait 3 catégories d'hommes : les moutons, les loups et les chiens de berger et lui, il sera un de ces chiens. Ce Texan pur jus ne se doute pas du destin qui l'attend : devenir la machine à tuer la plus productive de l'histoire. Mais comment reste-t-on un homme quand on passe son temps à tuer d'autres hommes ?

Critique : l'histoire de Chris Kyle est pleine d’ambiguïté et pour la traduire à l'écran il fallait un cinéaste qui a toujours provoqué ce genre de sentiment. L'intéressé lui-même avait déclarer que le seul réalisateur qu'il envisageait pour mettre en scène un film sur sa vie était d'ailleurs Clint Eastwood. Ce n'est toutefois pas ce dernier qui était envisager au départ puisque David O'Russell ("Les rois du désert", "Happiness therapy") se voyait bien le faire mais il parvint pas à conclure un deal avec la Warner, passant la main à Steven Spielberg. Là encore, le projet capota car ce dernier fût rattrapé par ses différents projets. Le scénario du film traînait pourtant sur la fameuse Black List qui recense tous les meilleurs scénarios qui n'ont pas encore trouver de financement. Partenaire au long cours avec la Warner, Clint Eastwood venait alors de finir le tournage de "Jersey boys" quand il signa pour ce film et ça lui donnait l'occasion de travailler pour la première fois avec Bradley Cooper, déjà attaché au projet à l'époque où Spielberg devait le faire, et qui s'était lancé dans une longue et intense préparation physique afin de coller au plus près au personnage. Cooper s'était d'ailleurs pris de passion pour Kyle vu qu'ils font la même taille, la même pointure et ils ont également le même age. L'identification fût renforcée par une poignée de rencontre entre les deux hommes mais aussi par une totale implication de l'acteur en prise directe avec la fameuse méthode de l'Actor's studio.

Si par exemple Robert De Niro avait demandé à porter les vrais caleçons de Al Capone pour les besoins de son rôle dans "Les incorruptibles" de Brian DePalma, Bradley Cooper va s'entraîner en écoutant la même playlist que Chris Kyle et il va suivre un régime spécial afin de prendre 20 kilos et ainsi retrouver la même présence physique que le vrai Chris Kyle. A la fin de son entraînement, Cooper pouvait soulever des barres de plus de 210 kilos soit le double de son poids ! Son corps fût surtout grossit par cette culture physique mais il ne fût pas sculpté afin de plaire aux midinettes, contrairement à ce qu'il avait fait pour les besoins de "L'agence tous risques" de Joe Carnahan en 2010. Non, là, il est devenu très massif, avec une charpente solide et des bras impressionnants. Si on ajoute sa barbe fournie, on obtient un acteur presque méconnaissable, au charisme incroyable et à la présence indéniable.

Au niveau de l'entraînement militaire, Cooper subira une intense préparation là encore et c'est l'instructeur militaire de Kyle qui s'occupera de sa formation au maniement du fusil. Le cinéma étant ce qu'il est, l'acteur n'aura pas besoin d'égaler les authentiques prouesses du militaire puisque si ce dernier pouvait faire mouche à 1 900 mètres, Cooper n'y arrivera qu'à hauteur de 600 mètres (ce qui reste assez impressionnant pour un amateur). Il regardera aussi quelques vidéos d'archives du soldat, apprendra à intégrer son phrasé et son accent et plein d'autres détails du genre afin de construire son rôle et composer ainsi une des performances les plus saisissantes de l'année, décrochant sa 3ème nomination consécutive aux Oscars, devenant ainsi le 10ème acteur de l'histoire à réussir cette prouesse.

American sniper (2014) de Clint Eastwood

Du côté de Clint Eastwood, sa carrière semble connaître un fort ralentissement depuis la sortie triomphante de "Gran Torino". D'un point de vue français, son image a connu une nette amélioration depuis la sortie de ce chef d'oeuvre instantané et "Invictus" fut lui aussi couronné de succès dans la foulée, contrairement à sa sortie américaine en demi-teinte. Comme je le disais dans mon article sur "J. Edgar", j'ai volontairement fait l'impasse sur ce film relatant l'organisation de la Coupe du Monde de rugby en Afrique du Sud et son suivant, "Au-delà" qui connu lui aussi un gros échec à sa sortie. Son biopic sur le dirigeant du FBI connut le même sort et l'extraordinaire performance de Leonardo DiCaprio dans le rôle titre fut honteusement boudée à l'époque. Papy Clint entrepris alors de relater l'histoire d'un groupe de musique des 50's avec "Jersey Boys", renouant ainsi avec sa longue lignée de films musicaux comme "Bronco Billy", "Honkytonk Man", "Bird" ou encore son documentaire sur le blues dans le cadre du projet initié par Martin Scorsese (il avait signé le segment intitulé "Piano blues"). Sortit durant l'été 2014 au milieu d'une flopée de blockbusters, ce projet ne rencontra pas un large succès sans être pour autant un bide et de toute façon, il avait terminé le tournage de "American sniper" à ce moment là et il en peaufinait le montage.

American sniper (2014) de Clint Eastwood

Clint Eastwood a toujours eu cette image ambigu, celle d'un réactionnaire qui jouait les redresseurs de tort, un raciste notoire, un républicain convaincu. C'est aussi se méprendre sur les véritables intentions d'un film comme "L'inspecteur Harry" qui a été fait dans un tout autre but à l'époque, c'est oublié qu'il a régulièrement signé des films foncièrement humanistes, c'est fermé les yeux sur le fait que sa musique favorite, le jazz, est une musique d'inspiration afro-américaine et si ce dernier est bien un Républicain (après tout, il s'agit là d'opinions politiques et pas forcément d'un mode de vie, ce dernier étant plutôt un libertin hédoniste doublé d'un franc-tireur qui aime vivre à la marge d'Hollywood et qui a su dompté le système), il abhorre la politique menée par Georges W. Bush et il était clair qu'il n'allait pas signer un film militariste qui glorifie les actions des soldats engagés en Irak. Clint Eastwood est aussi un pur américain dans le sens où il reste un vrai patriote mais qui n'a jamais hésité, tout au long de sa longue filmographie, à questionner les mythes fondateurs de ce pays qu'il aime tant. Un peu à la manière d'un John Ford, dont il reste l'un des derniers descendants, quand bien même ses modèles restent Don Siegel et Sergio Leone. Là où il est très proche de Ford, c'est dans son travail avec les comédiens, la composition de ses cadres, son approche des mythes fondateurs et des héros, son économie de prises sur les tournages et surtout dans sa capacité à résumer une idée grâce à une image. En cela, la mise en scène d'Eastwood nécessite une grande attention ainsi qu'une solide connaissance de la grammaire cinématographique. Grâce à une économie de moyens, le réalisateur arrivera à dire beaucoup plus que tous les dialogues du film.

American sniper (2014) de Clint Eastwood

D'abord, il faut dire que si le film représente bien le point de vue de Chris Kyle, il n'est pas pour autant une caution morale aux actes de ce dernier. Ainsi, Kyle est présenté comme un patriote, élevé au sein d'une famille très conservatrice et pour nous apprendre ceci, une poignée de scènes suffiront là où d'autres s’appesantissent durant une demi-heure, à grands renforts de scènes redondantes et de voix-off qui ne laisse aucune place au mystère ou au jugement. Car c'est aussi ça le cinéma de Eastwood, c'est un cinéma qui ne juge pas car il sait que la question est toujours plus intéressante que la réponse. Et son film pose beaucoup de questions. Est-il plus immoral de tuer un enfant qui fait la guerre ou bien d'envoyer des enfants faire la guerre et servir de cibles ? Peut-on faire la guerre sans en subir les conséquences ? Est-ce que si j'ai l'impression de faire le bien, mes actes sont-ils pour autant justes ? Certains regrettent que Eastwood ne soit pas trop intéressé au point de vue irakien comme il l'avait avec son diptyque sur la bataille de Iwo Jima. Mais ça serait alors se répéter et Eastwood n'a plus le temps pour ça, il l'a déjà fait avec brio et il n'a plus rien à prouver à ce niveau là et surtout, son film s'appelle "American sniper" et il relate la vie d'un homme et non le destin bouleversé de plusieurs au sein d'une grande bataille, ce qui fait toute la différence. Le réalisateur ne juge pas son personnage directement et il n'est sans doute pas d'accord avec tout, même s'il se justifie parfois en truquant un peu l'histoire (Kyle s'est engagé en 1999 et non après les attentats du 11 septembre). Comme dans n'importe quel biopic, il prend des libertés avec la réalité et l'adapte à une structure narrative plus cinématographique, comme en faisant apparaître un grand méchant au milieu de cette histoire.

American sniper (2014) de Clint Eastwood

Clint Eastwood l'a confirmé récemment, son film est bien anti-guerre mais il n'est pas pour autant un pamphlet du type "Full metal jacket" de Stanley Kubrick, "Jarehead" de Sam Mendes et bien d'autres. Il ne justifie pas pour autant l'action américaine en Irak et il n'essaye pas non plus de remettre en question le bien-fondé de cette intervention mais c'est avant tout un film qui veut rendre hommage aux vétérans. Le film est ambigu de ce point de vue là, surtout que "Démineurs" de Kathryn Bigelow est passé par là, avant de se révéler plus direct dans sa dernière partie avec le retour de Kyle chez lui, montrant ses différentes failles psychologiques via des séquences saisissantes mais aussi en montrant ce dernier allant voir les mutilés de guerre. Il y a aussi cette scène très forte avec son frère sur un tarmac, une scène très courte mais qui veut dire beaucoup de choses, laissant entrevoir un personnage un peu négligé par le scénario mais qui prend une épaisseur inattendue en quelques mots et à travers un regard inoubliable. Kyle est un fou de guerre qui s'est fixé un but et qui ne reviendra pas sans l'avoir atteint. Sa philosophie peut choquer mais elle n'est pas pour autant présentée comme juste et c'est là toute la nuance du cinéma eastwoodien. Le héros n'a pas forcément raison et il faut bien regarder autour de lui pour en saisir le sens. Kyle vit pour Dieu, son pays et sa famille (dans cet ordre) et Eastwood ne cachera rien de ses actes de guerres, en rajoutant même un peu (officiellement, Kyle n'a jamais tué aucun enfant) mais il ne les glorifiera jamais : quand le sniper abat un enfant, il n'hésite pas à montrer le plan du cadavre 3 fois, afin de bien nous faire saisir l'horreur du moment, là où d'autres ne l'auraient jamais montré ou bien très rapidement pour éviter de nous choquer. Le film est en cela très violent sans être putassier ou encore voyeuriste, ce n'est pas le genre de la maison.

La mise en scène d'un point de vue général va à l'encontre des canons du genre, avec son découpage très fluide et toujours cette lumière magnifique, très contrastée (là aussi un héritage du cinéma fordien), qui met en valeur les paysages, et une retenue dans les horreurs que l'ont peut montrées et celles que l'on suggère. Son montage est également splendide, avec des séquences d'une grande intensité sans pour autant abusé de coupes sèches ou bien de séquences en mode shaky cam. Par contre, Eastwood fera étalage de toute sa science du récit et de l'image en montrant la dernière mission de Kyle, qu'il finira pas fuir en abandonnant derrière lui son fusil, sa Bible et son casque, symboles évidents de sa famille (c'est son père qui lui appris à se servir du fusil), de Dieu et de son pays. C'est en renonçant ses principes que Kyle aura la vie sauve et retrouvera sa femme et ses enfants pour une parenthèse enchantée de courte durée.

American sniper (2014) de Clint Eastwood

Se pose après la question de savoir si le film est patriotique ou non. Clairement, pour moi, il ne l'est pas. Déjà parce que Clint Eastwood n'en fais pas des caisses au niveau mise en scène. Quand Kyle tue un homme, il n'est pas filmer en contre-plongée sur fond de soleil couchant avec la bannière étoilée qui flotte en arrière-plan. Il est filmé comme un homme. Kyle ne représente pas l'idéal d'homme que vénère Eastwood, c'est un personnage au destin hors-norme qui permet au réalisateur de poser des questions sur les mythes de son pays. En le faisant s'engager suite au 11 septembre (entorse à la réalité comme déjà évoquée plus haut), Kyle devient par là une métaphore de l'Amérique. Est-il un tueur ou un héros ou bien les deux ? Le réalisateur et son scénariste ont bien évidemment une idée sur la question et si la scène finale durant le générique de fin peut-être interprétée comme un hommage à la personnalité de Kyle (par ailleurs, lors de sa sortie, j'ai vu le film dans une salle bien remplie et on pouvait entendre les mouches voler lors de ce moment), on peut interpréter ça comme un hommage appuyé. Mais on peut aussi regarder ça d'un autre œil et se dire que Eastwood questionne par cette séquence le bien-fondé de cet hommage. Voilà un américain présenté comme un héros et qui a eu droit à des funérailles digne de ce statut. Toutefois, le film se présentant comme une remise en question de ce statut, ces funérailles sont-elles justifiées. Est-ce vraiment un héros ? Et si un tueur d'enfant est présenté comme un héros, alors est-on vraiment sûr, en tant qu'américain, de vouloir ériger ce type de personne en héros (c'est d'ailleurs à mettre en perspective avec le prochain film de Mel Gibson, "Tu ne tueras point" qui raconte l'histoire vraie d'un soldat qui est devenu un héros décoré de la Purple Heart sans jamais avoir tué un seul homme au cours de son service durant la 2nde Guerre Mondiale et qui est, lui, présenté comme un authentique héros) ? L’ambiguïté, toujours. Eastwood ne livre jamais de film avec un message limpide, livré clé en main avec une idéologie pré-mâchée pour une digestion rapide et flattant notre ego ou des consensus mou. C'est ce qui rend, à mon sens, son cinéma aussi intéressant.

American sniper (2014) de Clint Eastwood

Comme je l'ai déjà dit, Bradley Cooper signe une performance remarquable, d'une intensité rare et il est presque méconnaissable une fois nanti de sa grosse barbe et de son regard habité. Son rôle s'avère assez complexe et il arrivera à faire passer de multiples émotions en étant de presque tous les plans, portant le film sur ses épaules d'un bout à l'autre. Sienna Miller, qui joue sa femme, signe elle aussi une très belle performance, dans un rôle peu évident et souvent cantonné au rôle de spectatrice impuissante mais son émotion touche vraiment le spectateur et apparaît même comme la voix de la raison. Comme toujours avec les femmes me direz-vous...

Le film sortit sur un circuit limité aux USA et fracassa quelques records : en effet, durant les 3 semaines et sur 4 salles seulement, il collecta plus de 2 millions de $, sa moyenne par copies trustant 3 places dans le Top 20 du genre et restant parmi les meilleures pour un film live. Sa sortie nationale le 14 janvier 2014 fût un triomphe et il s'octroya la place de leader 3 weekends consécutifs. Le film obtint six nominations aux Oscars dont celles du Meilleur film, du Meilleur acteur et du Meilleur scénario adapté mais seul son montage sonore fût récompensé. Son succès public constituera par contre le plus important pour son réalisateur, toutes époques confondues et il sera même le n°1 des films sortis en 2014, devançant "Hunger Games : l'embrasement" et "Les Gardiens de la Galaxie". A contre-courant, comme toujours avec Eastwood.

Note : 9/10

Budget : 58 800 000 $

BO US : 350 126 372 $ (plus gros succès de l'année)

BO Monde : 197 300 000 $

BO France : 3 102 636 spectateurs (13ème plus gros succès de l'année)

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