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This is my movies

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Critiques de films, dossiers, box-office.

American nightmare (2013) de James DeMonaco

American nightmare (2013) de James DeMonaco

Résumé : USA, 2022. Depuis plusieurs années, le gouvernement fédéral, aux mains des Nouveaux Pères Fondateurs, a décidé de lutter contre le crime, la pauvreté et le chômage. Dans ce but, il a été ordonné que tous les ans, une nuit serait l'occasion pour ceux qui le souhaite, de commettre n'importe quel délit ou crime et que ce dernier resterait impuni. James Sandin fait partie des nantis et vit dans une résidence surveillée avec sa femme et ses 2 enfants. Une belle propriété achetée grâce aux équipements de sécurité qu'il vend à tour de bras et notamment à ses voisins. Ce soir, c'est la Purge et comme chaque année, il se barricade dans sa belle demeure, se croyant à l'abri. Jusqu'à ce que son fils décide de recueillir un homme pourchassé par des individus violents, bien décidés à profiter pleinement de cette nuit magique.

Critique : avant de parler du film, je pense qu'il est important de parler du producteur, Jason Blum, qui est devenu en quelques années une véritable sommité dans le cinéma de genre US. D'ailleurs, si vous suivez mes chroniques sur le box-office US, ce nom vous est familier car on le retrouve au générique d'au moins 10 films par an. Ancien producteur exécutif sur de petits films, il part en 2006 fonder sa propre compagnie, Blumhouse qui deviendra Blumhouse Productions. Les débuts sont difficiles et les premières productions se prennent de gros fours malgré les noms de Ralph Fiennes, Winona Ryder, Uma Thurman, David Arquette, Colin Firth ou encore Sam Shepard au générique. Mais en 2007, la chance tourne et "Paranormal activity" entre alors en jeu. Le film a été produit en 2007 pour 15 000 $ seulement mais il ne sort pas dans les salles. Grâce à son apport à "The reader" ou encore "Fée malgré lui", Jason Blum parvient à débloquer des fonds pour sortir le film en 2009. Une sortie couronnée de succès avec près de 110 M$ sur le territoire US et 85 M$ de plus dans le reste du monde. A ce moment-là, Blum tient une recette en or qui va le porter au sommet.

American nightmare (2013) de James DeMonaco

Le producteur se dit alors qu'il y a un truc à faire et la montagne de cash rapporté par le film va lui permettre d'obtenir une relative indépendance. Son credo : des petits budgets, rentabilisés dès le 1er weekend, quelques gros noms, des high concepts accrocheurs et surtout, il va faire main basse sur le cinéma d'horreur alors en manque de marques fortes suite aux plantages des revival 80's comme "Halloween", "Vendredi 13" ou encore "Freddy et les griffes de la nuit". Parallèlement à ça, le public était alors tombé sous le charme d'une façon de filmer qui permet d'oser n'importe quelle histoire incroyable mais forcément vraie vu que c'est du found footage. Je ne crois pas que quiconque soit assez idiot pour le croire mais ça avait fait ses preuves avec "Le projet Blair Witch" alors... Dès lors, en plus des autres "Paranormal activity", véritable machines à cash digne des "Saw", Blumhouse produit "Sinister" et "Insidious". Les films cartonnent et Blum étend peu à peu son empire. Et tant pis si les multiples copies en found footage font plonger le cinéma de genre d'un point de vue artistique avec abus de jump scares démodés et ses hordes de héros tous plus fades les uns que les autres qui défilent dans des pièces sous-éclairées et qui arpentent des couloirs vides (pas de budget on vous dit), surtout que le genre lui aussi succombe à la mode du PG-13, un comble. Blum produit aussi "Des hommes sans loi" ou plus récemment "Whiplash" histoire de bien signifier qu'il veut aussi faire de la qualité et ne pas se couper de l'Académie.

Un échantillon des productions Blumhouse depuis "Paranormal Activity".

Un échantillon des productions Blumhouse depuis "Paranormal Activity".

On retrouve donc tout ça dans "American nightmare", pour le meilleur et donc pour le pire. Le pitch est accrocheur et l'idée de base est franchement géniale. A vrai dire, il y avait là de quoi faire un film bien énervé, riche en sous-texte qui aurait dénoncé la monstruosité de notre société moderne, un film bien subversif et rentre-dedans. Oui, si seulement nous étions dans les années 70 et qu'un réalisateur talentueux avait pu transcender un tel matériau. Hélas, nous sommes en 2010 et ce genre de projet est généralement lissé lors des réunions de préparation et malgré sa relative indépendance, Jason Blum a surtout besoin de faire des entrées. James DeMonaco quant à lui est un ancien scénariste devenu réalisateur avec le polar "Little New York" qui s'était pris un beau gadin. Il reprend donc Ethan Hawke pour ce film et lui donne un rôle de père un brin yuppie qui va devoir protéger sa famille au prix de choix cornéliens. Hawke s'en sort avec les honneurs, malgré le côté un peu neuneu du rôle au début mais le talent de l'acteur permet de lui donner plusieurs nuances. A ses côtés, Lena Headey, découverte dans "Les frères Grimm" de Terry Gilliam puis révélée au monde entier avec "300" et désormais véritable star grâce à "Game of Thrones". Elle échange donc la perruque blonde de Cersei Lannister pour celle au carré de cette épouse aimante qui fera longtemps office de potiche dans le film malgré le talent évident de son interprète. Pour le reste, c'est à peu près tout vu que si certains visages sont connus, ce sont pour la plupart des 2ème voire des 3ème couteaux de séries TV sans parler des jeunes. Tout ce petit monde va donc passer une nuit difficile, bien à l'abri des murs de cette propriété de banlieue.

American nightmare (2013) de James DeMonaco

Si le film n'est pas désagréable à suivre, il faut reconnaître que son manque de budget se fait cruellement sentir. Déjà, je me demande si certains techniciens sont bel et bien payés au vu de ce dernier car il y a tout de même quelques moyens déployés (après quelques recherches, on se rend compte que beaucoup jure de ne jamais refaire un film Blumhouse par la suite). Le manque de personnages joue en sa défaveur car chaque rebondissement devient prévisible et s'adresse surtout à un public qui n'a jamais vu de film d'horreur de sa vie (tout en étant interdit aux moins de 17 ans aux USA). Pas trop de surprises donc et surtout de longues plages où nos héros vont déambuler dans des couloirs vides à chercher l'un ou l'autre des membres de la famille (chacun d'entre eux est appelé au moins 15 fois dans le film). Du coup, on s'ennuie ferme et on a plus l'impression d'être devant un DtV ou un téléfilm un peu tuné que devant un film de cinéma. C'est d'ailleurs presque honteux que ce film sorte en salles car les éclairages ne sont pas franchement géniaux, la mise en scène n'a aucune ampleur et l'histoire a du mal à tenir sur 1h20. Et pourtant, quelle géniale idée de base encore une fois.

American nightmare (2013) de James DeMonaco

A de très rares occasions, le scénariste explore l'incroyable potentiel subversif de son point de départ, au début et à la fin surtout, avec cette succession de voix off des journaux TV ou de la radio. Il développe une imagerie parfois inquiétante et il laisse entrevoir toutes les possibilités de son pitch mais il est régulièrement plombé par son manque de moyens mais aussi d'ambitions. Le mauvais choix narratif, c'est aussi d'avoir pris comme assaillants des quidams alors qu'en faisant des voisins les agresseurs, tension palpable dès les premières images, le film aurait atteint une dimension toute autre. La tension monte durant plus d'une heure, diluant tous ses enjeux avant une explosion de violence courte mais pas très intense. Est-ce que je suis assoiffé de sang ? Non, c'est juste que le contexte s'y prêtait mais surtout à une plus grande violence psychologique pour en tirer un film dérangeant, qui nous pousse à nous interroger sur la condition humaine, c'est-à-dire la base du cinéma de genre. Là, rien de tout ça. Le film reste dans son optique de thriller type home invasion mais n'arrive jamais à transcender les codes ou son sujet. On sait qui va mourir dans la famille en fonction des choix de chacun et on a aucune surprise au final. Le film se termine sans qu'on est été vraiment dérangé ou secoué. C'est propre, un peu sanglant, avec une morale expédiée à la va-vite alors qu'à intervalles réguliers, le film soulève des débats ou des questions intéressantes : critique de la jeunesse dorée qui se complaît dans ce spectacle de mort, nécessité de l'homme d'assouvir ses pulsions meurtrières, traitement des pauvres et des exclus, violence légalisé par un gouvernement bref, des questions vraiment pertinentes et actuelles mais qui sont à peine effleurées.

American nightmare (2013) de James DeMonaco

Le film sera tout de même un gros carton à sa sortie, signant un gros démarrage mais le public, déçu de n'assister qu'à un simple thriller, sanctionnera le film. Et c'est là aussi où la cinéphilie fout le camp. La plupart des spectateurs sont déçus certes mais surtout du fait que le film n'exploite pas à fond son pitch pour montrer... plus de massacres. De quoi ? Vous n'avez donc pas compris le sujet ? Le but n'est pas de dire que c'est bien mais, qu'au contraire, c'est ce qui ne va pas dans notre société. Alors quoi, on veut plus de sang, plus de gore mais on oublie tout le sous-texte. Ça m'a fait un peu le même effet quand j'ai appris que les fans des romans "Hunger Games" n'aimaient pas trop le 3ème roman car il n'y avait aucune scène d'arène dedans. Mais bon sang, c'est justement ce contre quoi lutte le roman : l'exploitation en spectacle télévisé de la mise à mort des jeunes gens. Alors on en est là, avec une demande toujours plus forte du public pour plus de sang, plus de massacres sans jamais réfléchir sur le contexte, les conséquences, les implications des instances gouvernementales. Du pain et des jeux, on en revient toujours là.

American nightmare (2013) de James DeMonaco

Blum et le réalisateur entendront le public avec une suite qui laisse plus de place à un pur survival urbain bien plus violent et énergique qui aura plus de succès mais est-ce vraiment une bonne chose ? En conséquence, un 3ème volet a, bien sûr, été mis en chantier et sortira bientôt en prenant pour cadre l'élection présidentielle (encore une bonne idée). La marque Blum subissant de son côté quelques accrocs ces derniers temps, même sur sa franchise star "Paranormal activity", une marque aussi forte que "American nightmare", traduction de "The Purge" en VO pour des raisons évidentes, est une bonne chose pour l'avenir de sa compagnie. Pour celui du cinéma de genre par contre...

Note : 4/10

Budget : 3 000 000 $

BO US : 64 473 115 $ (55ème plus gros succès de l'année).

BO Monde : 24 855 512 $

BO France : 367 136 spectateurs (117ème plus gros succès de l'année).

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