Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Le bon plaisir (1984) de Francis Girod

Le bon plaisir (1984) de Francis Girod

Résumé : Claire reçoit un coup de fil, tard le soir, d'un homme mystérieux qui veut la faire revenir sur une décision. Elle raccroche puis débranche son téléphone tout en rangeant une lettre venant de Tokyo, sans doute envoyée par cet homme mystère. 10 ans plus tard, alors qu'elle marche dans la rue, elle se fait agressée et son sac est dérobé. A l'intérieur de ce sac, cette fameuse lettre, planquée dans un porte-monnaie rouge. Elle fait alors appel au Ministre de l'Intérieur pour retrouver cette lettre, écrite par celui qui n'était alors pas encore Président de la République et qui le compromet dans une affaire privée qui pourrait bien contrariée ses rêves de réélection. Le Ministre de l'Intérieur passe alors une petite annonce dans les journaux pour essayer de régler cette affaire en douceur. Le voleur, quand à lui, est l'ami d'un journaliste qu'il rencontre alors dans un bistrot. Le journaliste reconnaît alors le porte-feuille rouge signalée dans les petites annonces et s'intéresse à la lettre. Il décide alors d'utiliser son contenu et son ami pour jouer à un petit jeu avec le Président. Un petit jeu dangereux.

Critique : le cinéma français a toujours su accoucher de films sur la politique, un sujet qui passionne à la fois les citoyens et les intellectuels. Quand une personne aussi importante que Françoise Giroud, qui a longtemps côtoyée ce milieu et qui fait figure de référence dans le genre, se prend de nous raconter une histoire aussi brûlante, réaliste et documentée sur une histoire crédible (l'histoire nous l'apprendra), alors forcément, voilà un film digne d'intérêt. Le cinéaste Francis Girod adapte donc le roman éponyme de Mme Giroud et s'adjoint même ses services pour s'occuper de l'adaptation du scénario ainsi que des dialogues. Devant la caméra, il réunit un trio absolument magnifique et il leur offre des rôles consistants. Attention, c'est parti pour une sombre plongée dans les arcanes du pouvoir, le vrai, celui qui permet tout.

Le bon plaisir (1984) de Francis Girod

Commençons par le rôle de Catherine Deneuve. Elle est parfaitement à sa place avec ce personnage de femme très éduquée, indépendante, attirée par le pouvoir certes mais suffisamment forte pour dire non à l'homme qu'elle aime et qui deviendra Président de la République.

Cette fonction a rarement été incarnée à l'écran dans les films français et à chaque fois, il convient de choisir un acteur qui puisse endosser la fonction avec suffisamment de crédibilité pour qu'on ne se demande pas tout le long comment on a pu élire un type pareil. Jean-Louis Trintignant est évidemment un choix qui fait consensus. Immense acteur de cinéma, il est parfaitement crédible dans le rôle de cet homme ivre de pouvoir, à la fois parano et insensé. Pour lui, tous les moyens sont bons pour protéger son secret, au nom de la raison d'Etat. Une motivation qui l'emporte sur la raison tout court et qui finira par le consumer.

Tandis qu'au nom de cette raison cet homme devient déraisonnable, il peut toujours compter sur l'appui de son ami le Ministre de l'Intérieur, campé avec là encore beaucoup de crédibilité par un Michel Serrault au sommet. Lui, incarne la voie de la raison. Il apparaît comme le plus sensé de ce monde, louvoyant en sous main, manipulant certes mais toujours dans l'intérêt collectif. La voix calme et posée, un comportement serein malgré la tornade ambiante, il reste solide comme un roc de bout en bout, parfois bousculée par Claire mais il arrive presque toujours à trouver une solution.

Le bon plaisir (1984) de Francis Girod

Le scénario est très intéressant du fait qu'il nous plonge dans les rouages de l'appareil d'Etat, pas celui qui exerce son droit (voir pour cela l'excellent "L'exercice de l'Etat" de Pierre Schoeller, un des meilleurs films sur la politique telle qu'on la pratique actuellement) mais plutôt celui qui traque les dissidents. Ainsi, la police est totalement au service des secrets tandis que les gendarmes sont mobilisés par 50 pour trouver un chat dans les jardins de l'Elysée ou occuper un enfant qui veut jouer au ballon. Cet usage démesuré des moyens de l'Etat peut paraître insensé mais on sent toutefois le vécu. Au sommet du pouvoir, la notion de ridicule n'est pas la même qu'en bas de cette même échelle. Tout est bon pour satisfaire les caprices des puissants.

De même, on déploie des trésors d'investigation pour protéger un secret sous couvert de la raison d'Etat alors qu'en fait, on protège le secret d'un homme. Un secret somme toute assez banal mais qui à partir d'un certain degré de responsabilité, devient un enjeu qui vaut la vie de quiconque tenterai de le révéler. Castor, le Président, ne tente pas de sauver l'Etat, il veut avant tout se sauver lui et personne d'autre. Peu importe les moyens, peu importe la vie des autres, seul compte son bon plaisir.

Le bon plaisir (1984) de Francis Girod
Le bon plaisir (1984) de Francis Girod

On découvre ainsi avec un certain effroi la puissance de l’implacable machine du pouvoir, exercée par des hommes cultivés mais pas très intelligents car ils vont prendre tout un tas de mauvaises décisions, les menant ainsi vers le drame final, quand bien même aucun d'entre eux n'en subira les conséquences... tout du moins en apparence, Castor en premier lieu. Lui qui quémande l'amour de ce fils qui ne veut pas de lui parce qu'il ne le connaît pas souffre terriblement de ce rejet, lui à qui rien ne résiste, ni la Nation ni les femmes. Sa femme d'ailleurs, qui finira par se détourner de lui au cours d'une scène d'une rare violence. Un échange très tendu, sans fleurets mouchetés et qui permettra de mieux appréhender la difficulté d'une épouse d'homme politique. Au delà des humiliations d'être trompée, de le savoir et d'être narguée par ses maîtresses, il y a les innombrables déjeuners imposés, les fêtes de villages, les dîners mondains, les déplacements à l'étranger, tout ça finira par épuiser Mme La Présidente.

Les dialogues sont très beaux, avec un vocabulaire très riche et très littéraire et c'est ce qui m'a le plus choqué en fait, de voir toutes ces personnes propres sur elles complotées dans leur propre intérêt, comme si le fait d'avoir lu les plus grands philosophes ne les avait pas empêcher de devenir des êtres abjects, oubliant tout respect de la condition humaine quand ils voient le pouvoir être menacé. Les secrets d'alcôve qui hantent les couloirs feutrés de l'Elysée sont ainsi plus destructeurs que n'importe où ailleurs.

Le bon plaisir (1984) de Francis Girod
Le bon plaisir (1984) de Francis Girod

Je finirai toutefois par évoquer quelques petits bémols dans ce film plaisant, bien réalisé et mené avec beaucoup de savoir-faire, s'apparentant parfois à un thriller assez tendu. Ainsi, je trouve quand même que la façon dont le journaliste tombe sur la lettre est un peu grossière et n'a pas beaucoup été travaillée pour être crédible. Pour tout dire, j'ai un peu décroché à ce moment là mais heureusement que le film est bien construit, ménageant plusieurs rebondissements et révélant peu à peu l'ampleur de ses enjeux. Mis à part ce petit détail, il évolue sur une trame assez réaliste, quand bien même que je trouve que Hippolyte Girardot, qui joue le jeune voleur, est assez peu crédible dans ce rôle. Quand au journaliste joué par un Michel Auclair tout bonnement incroyable, son rôle demeure assez troublant mais mal exploité je trouve. Ainsi, je pense que le personnage du voleur aurait mieux fait de céder sa place à celui-là pour un résultat sans doute plus efficace et plus intéressant. Là, le film décolle un peu sur le tard avec une dernière partie plus tournée vers la révélation du scandale.

Quand au contexte du film, il reste plus que crédible car, comme je le disais plus haut, il s'avère plus ou moins inspiré de l'histoire de la fille cachée de François Mitterand. Les milieux parisiens étaient au courant depuis au moins 1982 puisque Jean-Edern Hallier comptait rendre cette information publique cette année là avant d'y renoncer. Quand à certains théoriciens du complot, ils proclament que Coluche aurait été assassiné par Mitterand car il comptait dévoilé l'existence de Mazarine Pingeot lors de son prochain spectacle. De son côté, Françoise Giroud a déclarée ne pas être au courant de cette histoire. On peut toutefois douter de cette version au vu de l'intertitre final qui se dédouane mollement ou bien du fait que son roman a été publiée par les éditions Mazarine. Sacré hasard ou bien message caché ?

Le film sera toutefois un très bon succès, aussi bien à Paris qu'en province, preuve que le public sait s'intéresser à ce genre de sujet, qui ont depuis disparu du paysage cinématographique alors que l'époque y est plus propice que jamais. On peut légitimement le regretter.

Note : 8/10

BO France : 1 220 980 spectateurs (36ème plus gros succès de l'année)

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article