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This is my movies

This is my movies

Critiques de films, dossiers, box-office.

Scarface (1983) de Brian De Palma

Il semble difficile de s'attaquer à un film comme "Scarface", remake homonyme d'un film de Howard Hawks sur un scénario de la légende Ben Hecht et qui avait déjà, à son époque, défrayé la chronique et bien emmerdé les censeurs. Si en 1932 le film était une évocation en direct d'une époque bien plus violente (la Prohibition était toujours en vigueur et les meurtres s'enchaînaient, le film de Hawks servant alors à réveiller les consciences et à interpeller le gouvernement pour qu'il agisse). A la genèse de ce film, il y a un autre scénario, plus proche de l'original, signé par David Rabe, mais il sera vite abandonné par le producteur Martin Bregman au profit d'un nom plus prestigieux : Oliver Stone. A l'époque, ce dernier est déjà bien réputé dans le milieu après avoir signé, entre autres, ceux de "Midnight express" (Oscar du meilleur scénario adapté) et de "Conan le Barbare". Et le film trouve un écho particulier pour Stone qui se bat alors contre sa propre addiction à la cocaïne. Il écrivit la majeure partie du script à Paris, loin des tentations californiennes. Son influence sur le script est majeure et se ressent dans de nombreuses séquences, notamment celle dans le restaurant où Elvira rompt avec Tony et que ce dernier, défoncé et bourré, prend à partie les autres clients du resto et dresse un portrait du monde loin du politiquement correct. Le script est d'ailleurs très subversif et sulfureux, avec une critique très appuyée de la société américaine (ce qui explique sans doute son succès en demi-teinte). Et puis Tony se nomme Montana car Stone rend ainsi hommage à son joueur de foot US préféré, à savoir Joe Montana.

Toutefois, l'un des apports majeurs du scénario vient d'une autre personne qui n'est pas crédité au générique à savoir Sidney Lumet qui était envisagé au début pour diriger le film. C'est lui qui eu l'idée de faire de Tony un immigré cubain qui venait de Mariel Harbor, cette enclave de Miami qui servait de filtres aux autorités suite à l'afflux massif de réfugiés cubains, virés par Castro. Au final, c'est donc Brian De Palma qui hérita de ce projet commercial puisque ce dernier sortait de l'échec de "Blow out" et qu'il était sur le point de faire "Flashdance" avant de lire le scénario d'Oliver Stone. A quoi ça tient une carrière... Pour l'acteur principal, le choix du studio était Robert De Niro mais ce dernier refusa et c'est donc Al Pacino qui hérita du rôle. Ce dernier s'impliqua à fond comme d'habitude et afin d'apprivoiser l'accent cubain sur le tournage, il demandait au directeur photo de lui parlait uniquement en espagnol entre les prises. Le tournage eut d'ailleurs lieu en grande partie à Los Angeles, les dirigeants de Miami voyant d'un mauvais œil la peinture de la ville des retraités faite par le film.

Le film d'ailleurs est en soi un petit bijou, un film criminel d'une grande intensité et qui sait traiter son sujet avec force. Loin d'être complaisant avec son perso principal à qui il prête bien sûr force punchlines mais qui sont, si on y regarde de plus près, en majeure partie des phrases sacerdotales et sans aucune idée directrice si ce n'est celle de faire du fric. Un type dangereux donc et que l'on peut assimiler au plus cannibale des capitalistes, comme le sera plus tard Gordon Gekko dans "Wall street" de... Oliver Stone. Derrière la caméra, De Palma est dans la forme de sa vie et son inspiration est au zénith, puisqu'il savait à l'époque enrobé un bon gros produit commercial de toute sa maestria formelle que l'on retrouve dans de nombreux plans virtuoses à la grue, maîtrisant son découpage comme peu d'autres et nous troussant plusieurs séquences d'action ou de tension dans lesquelles son art du suspense, hérité de son grand modèle Alfred Hitchcock, s'exprime avec beaucoup de liberté. Grand scénario, grande mise en scène et donc acteurs au top, avec un Al Pacino habité, parfois un poil cabotin mais qui tient le film sur ses épaules.

Par rapport au fait que le long-métrage soit devenu la référence de toutes nos générations de banlieusards et des rappeurs (US ou autres), on est en droit de se demander si ces derniers ont bien vu le film et son final puisque Montana, gangster incestueux et décrit comme limite impuissant par Elvira dans la scène, pivot, du restaurant (on ne le voit jamais faire l'amour à Elvira ou une autre femme par ailleurs), finira par tuer son meilleur ami, rendra sa sœur folle, et mourra seul dans sa grande maison (décorée avec un mauvais goût exquis) à cause de la seule bonne action qu'il aura entrepris durant tout le film. Un modèle vraiment ? Et il faut avoir encore plus peur de la nouvelle adaptation prévue pour l'instant pour 2014 même si pour moi il y a peu de chances qu'on le voit avant 2015 vu qu'aucun réalisateur, et encore moins un acteur principal, n'est encore attaché au projet.

Le remake est très différent de l'original de Hawks, même s'il garde quelques références et péripéties du script de Hecht, mais il est forcément plus violent graphiquement, moins rythmé et expéditif (1h20 de plus qu'en 1932 !!). En bref, un remake malin puisqu'il a su dépasser son modèle et lui donner un ton contemporain et être plus qu'une simple transposition 50 ans plus tard, un film qui mérite bien sa place au Panthéon du cinéma et à l'aura culte indépassable, qui ne remporta pas un très gros succès à sa sortie mais qui acquis ce statut au fil du temps et des passages télé ou des ventes VHS.

La scène finale, morceau de bravoure dantesque sur lequel Steven Spielberg, de visite sur le plateau de son pote, a tourné un plan. A noter que les armes étaient trafiquées électroniquement afin de faire feu quand elles détectaient l'obturateur de la caméra, d'où cet effet de flamme quasi-unique dans l'histoire du cinéma.

Note : 9/10

Budget : 25 000 000 soit l'équivalent d'un peu plus de 60 000 000 $ en 2014

BO US : 45 408 703 $ soit l'équivalent de 112 337 300 $ en 2014 (16ème plus gros succès de l'année)

BO Monde : 20 476 000 $ soit l'équivalent de 50 575 720 $ en 2014

BO France : 770 544 entrées (68ème plus gros succès de l'année)

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Loïck 27/10/2013 09:10

Effectivement, j'ai besoin de plusieurs relectures pour en enlever un maximum. Merci de ta lecture attentive, je vais faire très attention.

toto 26/10/2013 12:25

Sérieux relis-toi y'a des fautes absolument affreuses ! "avait d'apprivoiser l'accent cubain et sur le tournage, il demandait au directeur photo de lui parlait uniquement espagnol " !